‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 209 sur 382 · DE SPIRITALIS HISTORIAE GESTIS · texte numérisé non relu

DE SPIRITALIS HISTORIAE GESTIS

Le titre du premier livre (trois cent vingt-cinq vers) est mal choisi ; il devrait être: « De la création de l'homme. » Le poète débute en disant que la culpabilité de l’homme, malgré sa responsabilité personnelle, doit retomber sur Adam, notre premier père; là-dessus 1l raconte brièvement, dans trente vers, la création du monde, sans suivre servilement l’ordre de la Bible. Ce n'est là qu'une introduction. Il fait ensuite un tableau très détaillé de la création de l'homme : à quoi sert le monde, s’écrie Dieu, s’il n'y a personne pour le cultiver? « Afin qu’une longue oisiveté ne vienne pas rendre triste la terre nouvelle, » il veut façonner l’homme. Le poète nous dépeint, en effet, dans tous ses détails l’action de Dieu, qui, semblable à un statuaire, forme l'homme avec de l’argile pour le changer ensuite en chair et en sang. Ce n'est que dans la nuit du sixième au septième jour que suivit la création d'Éve. Le poète la donne comme le type del’Église : l’une prit naissance dans l’eau qui jaillit du côté ouvert du Christ, l’autre sort du côté d'Adam dont le sommeil signifie le sommeil de la mort du Christ (v. 1460 sq.) (1). Les anges chantent le chant de noces du premier couple, dont le paradis est le lit nuptial et qui a le monde entier pour dot, tandis que les étoiles éclairent la fête de leurs feux étincelants. Le poète passe ensuite à la description du paradis à laquelle il ajoute deux épisodes, en sorte qu’elle occupe presque tout le reste de l'ouvrage (v. 193-299). L'un de ces épisodes consiste en une description poétique et détaillée des inondations fertilisantes de l'Égypte : c’est le Nil qui les produit, et le Nil est un des quatre fleuves du paradis (v. 264 sq.); l’autre a pour sujet le Phénix, qui meurt pour se rajeunir (v. 239 sq.). Le premier commandement que Dieu donne à l’homme met fin à ce livre.

La violation de ce commandement et la chute des premiers parents, tel est le récit qui fait le sujet du deuxième livre (quatre cent vingt-trois vers).

* Dès le début, saint Avile fait le tableau de la vie fortunée

4. Bien plus, Dieu, dans la bénédiction qu'il donne au premier couple, consacre d'une manière figurée l'union de l'Église avec le Christ. V. 170 et suiv.

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de nos parents dans l’Éden, vie de bonheur que Satan vient détruire. Le poète esquisse aussitôt le portrait de Satan (v. 38 sq.). C’est l'orgueil qui l'a précipité dans l’abime : il s’imaginait s'être créé lui-même, et lui, le premier en dignité parmi les créatures, reçut le premier châtiment. Mais il ne perdit pas entièrement sa nature céleste : il conserva la qualité de <onnaître les choses cachées, ainsi que l'avenir. Il est en son pouvoir de prendre les formes les plus diverses, celle d'un oiseau (ales), comme celle d’une belle fille lubrique (1); il peut aussi prendre celle de l’or qui brille, et qui disparaît dès que la main de l’avare le touche. Témoin du bonheur d'Adam et d'Éve, la jalousie s'empare de son âme; la douleur d'avoir perdu le ciel le tourmente. Dans un discours magistralement développé, il exhale ces divers sentiments (v. 89 sq.). Ce qui le console du moins, c’est d’avoir encore le suprème pouvoir de nuire.

Il a juré la ruine de nos premiers parents et il veut leur montrer le chemin qui l'a conduit lui-même à la perditon, celui de l'orgueil (Jactantia). Si Dieu leur ferme le ciel, s'ils deviennent ses compagnons de malheur, ne sera-ce pas là une consolation pour lui ? Allons ! vite à l’ouvrage, tandis que leur première simplicité dure encore et qu'ils n’ont pas encore donné le jour à une race immortelle. C'est sous la « terrible beauté » d’un jeune serpent, peint avec des couleurs vivantes et poétiques, que Satan se met à leurrecherche; « peutêtre sont-ils à présent occupés à cueillir des pommes. » La flatterie à la bouche, il s'approche d’Éve et n'a pas de peine à vaincre ses objections : « À quoi sert-il de jouir de la vue du monde, s'écrie-t-il, si l'esprit aveugle est enfermé dans un misérable cachot » (v. 189 sq.) ? La « connaissance, » voilà ce qui distingue l'homme de l’animal; ce n’est que par là qu'il devient l'égal de Dieu. Le poète dépeint bien ensuite comment Éve joue d’abord avec la pomme, la flaire et la porte à

14. V. 62 sq. — Des tableaux du moyen âge nous le représentent aussi moitié femme, moitié oiseau (c'est-à-dire dragon ailé) et cela précisément dans la scène de la tentation d’Éve. V., par exemple, Heider, Beitraege sur christlichen Typologie aus Bilderhandschriften des Mittelalters. Vienne, 1861, tableau VIT.

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