‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 210 sur 382 · DE SPIRITALIS HISTORIAE GESTIS · texte numérisé non relu

DE SPIRITALIS HISTORIAE GESTIS

la bouche, avant de la goûter. C’est là jouer avec le péché et ce jeu précède bien souvent la chute. Par contre, le poète justifie mal la promptitude d'Adam à saisir le fruit. Il y a ensuite deux longs épisodes, dont le deuxième assurément n’est là que pour faire nombre. Le poète y raconte (v: 326-407) le sort de la femme de Loth, qui, elle aussi, fut séduite par le désir de savoir, mais qui ne put vaincre la résistance de son mari. Saint Avite pouvait ici amplement satisfaire son talent et son faible pour la description ; le subit engourdissement par le froid de la femme est notamment dépeint de main de maître (1). L'autre de ces deux épisodes, le premier (v.277- 325) renferme contre l'astrologie et la magie (2) une diatribe peu poétique. Le livre se termine enfin par un discours ironique à grand effet, dans lequel Satan victorieux annonce au couple infortuné que dorénavant il a, lui Satan, autant de droits sur eux que Dieu lui-même : Dieu les a créés, Satan les a instruits, et leur maître mérite encore plus leur reconnaissance que leur créateur.

Le troisième livre enfin (quatre cent vingt-cinq vers), « la sentence de Dieu, » nous fait le récit de l'expulsion du Paradis. La pudeur, qui détourne les regards de « la chair marquée du stigmate du péché, » excite nos premiers parents à couvrir leur nudité. Pleins d'angoisse de ne pouvoir se cacher au regard de Dieu, ils eussent préféré chercher la mort elle-même : c’est là exactement l’état du pécheur au jugement dernier dont le poète enclave dans le récit une courte description sous forme d’épisode (v. 42 sq.). Leur angoisse est ainsi prédite. Adam doit se justifier à Dieu : il n'implore pas son pardon avec des

1. Vix primo in visu restrictis motibus haesit, Cernere desistens cum coeperat : inde gelato Sanguine marmoreus perfudit viscera torpor, Deriguere genae, pallor novus inficit ora.

Lumine non clausit, non saltem concidit illo Pondere quo pulsant demissa cadavera terram ; Sed stetit horrendo perlucens massa nitore, V. 387 sq. 2. Il est digne de remarque de voir cette polémique revenir si fréquemment dans la littérature de cette époque. V. plus haut, p. 394 et 395 et cf. ce qui suit.

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larmes dans les yeux et en promettant de mieux f nir; mais, plein de fierté, il se plaint que Dieu k la femme pour compagne : c'est elle qui est la sou c'est d'elle que vient le crime (4). Que n'est-il re liens de l’hymen ? (v. 98 sq.) Après la sentence sentence qui forme le centre du livre et qui est des discours détaillés, — Adam et Éve sont Paradis; la terre où ils sont maintenant est bien le toute sa beauté, en comparaison de l'Éden; i l'étroit; le jour est si sombre, et le ciel enfin ave est si éloigné ! Pour la première fois, ils ressenter et laissent couler des larmes qu'ils n'avaient pas € que-là. Ainsi, après la mort, l'esprit déplore-t-i Etici le poète encadre, dans un long épisode (v. parabole, si souvent traitée, ainsi que nous l'av mauvais riche et de Lazare. Vient ensuite la des calamités qui fondent sur la terre après le péct qu'ont à endurer les descendants d'Adam. Il ve dernier tableau, nous retracer à coup sùr les épre siècle; les villes les plus célèbres, dit-il, sont c désert, les maîtres prennent la place des serviter viteurs celles des maîtres, et la terre, déchirée par se dépeuple chaque jour. Le Christ, ce potier (2 restaurer ce qui a été brisé. Le poète le supplie, er de vouloir bien rendre à ses serviteurs ce qu’Ada « Puissent ceux que la jalousie de l'ennemi chasse être rétablis dans leur ancienne demeure par ta puissante encore que la colère de Satan (3)! »

Les vers qui terminent ce livre confirment qui règne entre les trois premiers qui composent lequel a pour sujet la perte du Paradis; nous som éloignés d'une sèche versification ou d’une parar

4. « Ista mali caput est, crimen surrexit ab ista. » V, 102. 2. « Figulus » v. 368. Le poèle encadre ensuile dans son f ble de l'enfant prodigue.

Livida quos hostis paradiso depulit ira, Fortior antiquae reddat tua gralia sedi.

Ces vers terminent le livre.

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Bible. Le poète domine, avec une liberté entière, la mat biblique, et il ne craint pas d'agrandir le cadre des disc de Dieu. D’autres, comme Victor par exemple, montrè une égale liberté; mais ce qui distingue surtout saint A1 c'est la composition poétique qui trahit une idée sui laquelle domine partout le sujet. L'analyse laisse fac ment reconnaître que la matière est heureusement div dans les trois livres et que le récit des détails a les din sions voulues. Le deuxième livre, le plus important dan: composition, nous fait le tableau de la catastrophe qui se pare dans le premier et dont le troisième nous révèle suites.

Cette première partie de l'ouvrage est bien autrement portante que la deuxième qui comprend le quatrième e cinquième livres. Ces deux livres ont sans doute des intimes qui les rattachent l'un à l’autre, mais ils ne form point un tout organique. Ces liens, ce n’est pas seulemer matière (la destruction de l’homme par l'eau), qui nous fournit; ils consistent plutôt dans l'idée : le déluge, t comme le passage des Juifs à travers la mer Rouge, ne : être considéré que comme un type du baptême; c'est mi ce lien qui rattache ensemble les deux parties de l'ouvre ainsi que le dit le poète à la fin du cinquième livre (1). N avons eu, du reste, l'occasion de faire remarquer qu’en ] sieurs endroits il nous révèle un sentiment très prono pour l'explication typologique de la Bible.

Le livre quatrième (six cent cinquante-huit vers) n offre d’ailleurs plus d'un détail intéressant et plein d’attr C’est ainsi que le début nous montre, avec des couleurs t tranchées, la dépravation morale du monde; l'homme jusqu’à dévorer son semblable. Le poète nous dépeint début et l’envahissement rapide de cette dépravation d

4. Les derniers vers de ce livre montrent que les cinq forment un ouvrage :

.. Quae pius explicuit per quinque volumina vates, Nosque tubam stipula sequimur, numerumque tenentes Ponimus hoc tenui cymbae nunc littore portum,

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deux comparaisons longuement développées : l'une est empruntée à un champ laissé à l'état sauvage et qui, avec le temps, se couvre de broussailles impénétrables ; l’autre, à une source toute petite qui finit par devenir un fleuve rapide. Parmiles passages qui suivent, jeciterai encore, comme remarquables, les passages qu'on va lire : dans Moïse, c’est Dieu luimême qui ordonne à Noé de construire l’arche ; ici c'est « le plus élevé des archanges » (v. 213), c'est-à-dire saint Gabriel, dans la pensée du poète (v. le v. 206), qui porte l'ordre de Dieu. Saint Avite avait déjà dit auparavant que les anges sont les médiateurs ou les messagers des prières, des vœux et mème des bienfaits des justes, tout comme ils sont leurs protecteurs (v. 190 sq.). Noé implore donc le secours de l'archange Gabriel (v. 291). Et l'ange ferme l'arche (v. 422 et sq; cf. Genes. 7, v. 16), lorsque le déluge menace la terre. Le tableau que fait le poète de cette catastrophe ne manque point d'art et l'intérêt toujours croissant finit par attacher. Les divers genres de mort que les hommes trouvent dans les flots sont décrits aussi avec des couleurs pleines de vie (v. 477 sq.). Ce livre nous offre, en outre, des détails d’une nature typologique : l'arche qui défie le choc des vagues est une figure de l'Église (v. 493 sq.); et ce qu'il y a de plus étrange, c’est que les corbeaux qui s’attardent auprès des cadavres des noyés et qui oublient de rentrer, signifient les Juifs (Jwdaea), qui, aimant la chair, ne savent plus être fidèles à leur maître (869 sq.). L’arc-en-ciel est indiqué comme le symbole du Christ (v. 640 sq.). Disons enfin que l’histoire de Jonas se trouve racontée dans un long épisode de ce livre (v. 357 sq.).

Le dernier livre, le plus long (sept cent neuf vers), offre des détails curieux et dignes d'attention. Contentons-nous de faire remarquer que le poète ne se borne pas à faire la description. du passage des Juifs à travers la mer Rouge; en voulant motiver ce passage, il fait plutôt le récit détaillé des souffrances des Juifs, des efforts de Moïse pour les délivrer, des plaies que Dieu fait fondre sur l'Égypte, et enfin de l'institution de la Pâque, en sorte que c’est l’Exode (c. 5,14) qui forme le fond de ce dernier livre. Ici également se trouvent maintssymboles :

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