TA MARCELLINUS COMES
c'est aux deux États voisins, la Gaule et l'Afrique, que l'auteur consacre le plus de soins. Quoique un prince de l’Église catholique, lequel avait fait de si longs voyages, dût, plus que tout autre, avoir des intérêts universels, et quoique, en effet, cet intérêt ne manque pas à Idacius, il est vrai de dire néanmoins que, dans toute sa marche, la continuation de cette chronique universelle laisse voir combien un intérêt national particulier se faisait jour dans les provinces, à mesure que l'empire tombait. La chronique d'Idacius classe les événements d’après l’ordre des empereurs. Faisons remarquer encore que l’auteur a consacré un soin tout particulier aux phénomènes de la nature, éclipses de soleil et de lune, mirages el apparitions de comètes, et que parfois il les décrit avec une rare exactitude (1).
Nous trouvons encore plus tard, dans ce siècle, une autre continuation de la chronique d’Eusèbe saint Jérôme ; dans ce travail, l’auteur s'étudie à restreindre et presque à faire disparaît le caractère d’universalité : c'est la chronique de l'Illyrien Mancezzinus Comes. Favori de Justinien, il continua d'abord la chronique de saint Jérôme jusqu’à l'an 518 et la mena, dans une deuxième édition, à ce qu'il paraît (2), jusqu'à l'année 534. Dans la préface, l’auteur déclare qu'il « ne s’est occupé que de l'empire d'Orient (3). » Cette déclaration ne doit pas néanmoins être prise à la lettre, car, à cette époque, l'Occident avait de trop grandes relations avec l'Orient pour rester en dehors de son cadre ; il est vrai de dire seulement que, à part les événements où la Rome de l'Orient influait sur l'Occident, ou réciproquement, Marcellinus n’a accordé qu'une attention très secondaire et quelquefois tout à fait arbitraire
1. Par exemple, à l'année 451, dans Roesler p. 323, Ronc. p. 34. C'est à tort qu’on lui attribue des fastes consulaires.
2. On ne saurait, à mon avis, comprendre autrement le passage de la préface où Marcellinus dit : « CXL annos a consulatu Ausonii et Olybriü… enumerans, et usque in consulatum Magni colligens eorumque auctorum (Euseb. et Hieron.) operi subrogavi ; itemque alios XVI annos, etc. suffeci. » Il avait donc repris le travail qu'il avait terminé avec l’année 518. Et ce travail, il ne l’aura pas laissé dormir dans son secrétaire ; s’il ne l'a pas publié, à quoi bon cette déclaration ? Plus tard un autre auteur a continué l'ouvrage . jusqu'à l'année 548.