Criminosior enim culpa est, ubi honestior status
s'aiment mutuellement, tandis que les Romans se persécutent, les uns les autres (c. 4); les pauvres et les petits, traqués chez les Romans, cherchent, auprès des Barbares, un asile qu’ils ne leur refusent pas. Encore unc fois, l'auteur esquisse ici un tableau saisissant de l'oppression qui pesait alors sur les basses classes de la population romane (4), et cette peinture fait honneur à l'humanité de Salvien. On voit là, avec évidence, combien le monde romain, décrépit et caduc dans son égoïsme, avait besoin d’ètre rajeuni par les Germains.
Le livre sixième s'occupe principalement de l'immoralité des spectacles; ce n’est point chez les Barbares qu'on Îles trouve ; que dis-je ! ce sont eux qui les font disparaître des villes romaines. L'ordure des théâtres est telle qu'on ne saurait même formuler une accusation contre eux sans blesser Ja modestie (2). Et cependant que de milliers de chrétiens n'y rencontre-t-on pas tous les jours! Et ce sont de tels spectacles, comme les jeux du cirque ct les mimes, dans lesquels se perpétue même l'antique superstition {v. c. 11), ce sont de tels spectacles qu'on ose offrir au Christ lui-même, comme sacrifice (c. 4)! Si une longue prospérité nous a gâtés, on voit bien que l’adversité ne nous a pas rendus meilleurs. Loin de là; ila appris lui-même à Trèves que (c. 13), durant les calamités du malheur commun, plusieurs personnes de qualité se plongent dans le vice et s’y complaisent: il ne leur restait que peu de chose de leur fortune; de leur moralité, il ne leur restait plus rien. Si donc nous souffrons, ce n’est ‘point par suite de l’insouciance de Dieu, mais à cause de sa justice, de son jugement, et c'est encore là son châtiment le plus équitable (c. 16). A la fin de ce livre, Salvien, la mort dans l'âme. compare l’état actuel des Romains avec celui de leurs ancètres. De la paix et de l’ancienne opulence, s’écrie-t-il, 1} ne
4. L'auteur en arrive à parler aussi des Bagaudes, c. 6. 2. Il ne veut parler que du théâtre et du cirque et non de toutes les séductions, i{lecebrae, Ce passage est intéressant pour l'histoire du théâtre : « Equidem quia longum est dicere de omnibus, amphitheatris scilicet,odeis, lusoriis, pompis, athletis, petaminariis, pantomimis, ceterisque portentis, » etc. C. 3.
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nous reste plus rien que les crimes, lesquels détruisent le bienêtre.
C'est à cette conclusion que vient se rattacher le livre septième. On ne pourrait objecter, dit l’auteur, contre la conduite des événements humains par la Providence qu'autrefois les Romains, tout païens qu'ils fussent, étaient néanmoins victoricux et maîtres du monde, tandis que, maintenant qu'ils sont chréliens, ils sont vaincus et asservis. Cette objeclion, il la réfutera plus tard dans une section postérieure de son ouvrage : l'élévation de ceux-là élait tout aussi juste que l’abaissement de ceux-ci (4). Si seulement la punition servait à
quelque chose! si le châtiment guérissait! Le monde romain
tout entier est malheureux et corrompu en même temps. Pendant les heures d'angoisses, en face de la captivité qui nous menace, nous nous livrons au jeu et à la plaisanterie, et nous rions dans la crainte de la mort. Salvien reprend sa comparaison et l’applique maintenant à la concupiscence de la chair en général (c. 2), pour montrer combien les Romans sont gâtés sous ce rapport et combien, au contraire, les Goths et les Vandales sont verlueux (1); c’est par là que ces derniers ont mérité la victoire (c. 7). Parmi les provinces romaines, l'auteur examine principalement l’Aquitaine, l'Espagne et l'Afrique; il fait un tableau effrayant des lurpitudes qui s'y commettent, surtout en Afrique. Mais ces Barbares ariens témoignent aussi d'une plus grande confiance en Dieu; c’est de Dieu qu'ils espèrent la victoire, et nous, nous l’attendons de no-
tre bras, ou bien même d’une main sacrilège (c. 10): Salvien
fait allusion ici au sort du général Litorius, qui avait ajouté foi aux anciens Aruspicesetque les Goths firent prisonnier.Le huitièeme livre ne contient que cinq chapitres; à n'en pas douter, il est resté inachevé : l’auteur y continue la critique de l’immoralité des Africains, auxquels il reproche même de blasphémer. Les hautes classes sacrifient encore à la déesse céleste (Dea caelestis), et le peuple de Carthage lance ses sarcasmes contre les moines.
4. V. par rapport aux Goths en particulier, c. 6; par rapport aux Vandales, c 21; ces peuples sont obligés de sévir eux-mèmes contre l'immoralité des Romans.
cp ——