PRÉFACE
Au moyen âge, il existait déjà une littérature universelle, telle que Gæthe l’attendait de l'avenir. De même que.la culture intellectuelle de cette époque, en Occident, est le résultat d’une action commune des nations germaniques et romaines, action qui a pour base la culture antique tant classique et gréco-romaine, que gréco-orientale ou spécialement chrétienne; ainsi, la littérature, résultat et expression de cette culture intellectuelle, est aussi un produit commun, un orgauisme marqué par l'unité. Je me suis imposé la täche de raconter son histoire depuis ses origines : c’est l’Æistoire générale de la littérature du moyen âge. Ce travail ne sera point un assemblage d'histoires littéraires nationales : d’autre part, il n’a pas plus pour but de les remplacer, que l’histoire universelle n’a pour but de remplacer les histoires particulières des divers pays et des différents États. Les causes nationales qui, tout en déterminant la manière spéciale dont chaque peuple a pris part à ce grand mouvement littéraire, produisent encore des créations particulières en dehors du cercle de ce mouvement, ne seront pas mises sans
( PRÉFACE [v, vi] (‘) doute entièrement de côté; mais elles n’y occuperont qu'une place secondaire. On considérera plutôt ici la littérature de chaque nation comme un membre d'un tout organique, ou, pour employer une autre comparaison, comine un des rameaux d'un seul et même arbre : ce sont en effet les mêmes idées qui, en vivifiant ces littératures particulières, leur donnent des formes identiques ou à peu près semblables.
Avant l'époque de la formation de ces membres, c’està-dire avant que les langues germaniques et romaines ne se fussent développées jusqu’à l'usage littéraire, la langue latine, langue de la littérature du moyen âge, en Occident, était celle de tous les peuples : elle le resta longtemps encore dans différents domaines httéraires ; mais il vint un jour où peu à peu (ici un peu plus tôt, là un peu plus tard), elle fut remplacée par les idiomes nationaux. C’est ainsi qu'une littérature latine, commune à tous, au moyeu âge, après avoir précédé les littératures des peuples de l'Occident, marche encore longtemps à côté d'elles. La langue de cette littérature n'était pas une langue morte ; c'était à la fois une langue écrite et une langue parlée ; c'était encore, outre la langue de la science et du culte, celle de l’État, sous beaucoup de rapports. On la trouvait dans les chansons à boire comme dans les complaintes de carrefour ; longtemps en rapport avec la langue du peuple, elle dut contribuer à en former le style ; ct, tandis qu’elle augmentait le lexique de cette