La leçon du passage est, en partie, certainement fausse
2. On connaît la lettre (Epp. XI, 54) adressée à Désidérius, évêque de la Gaule, dans laquelle saint Grégoire gourmande le destinataire de ce qu'il enseigne la grammaire à quelques personnes. « Quia in uno se ore cum Jovis laudibus Christi laudes non capiunt. » Mais la phrase qui suit, et qu’on cite peu souvent, est encore plus importante : « Et quam grave nefandumque sit episcopis canere quod nec laico religioso conveniat, ipse congsidera. » Saint Grégoire revient donc ici au point de vue de Tertulhen (v. plus haut, p. 58) : les exemples de saint Augustin et de saint Jérôme étaient oubliés. Il dit encore, vers la fin de la lettre, qu'il remerciera Dieu si cette nouvelle est fausse « Nec vos nugis et saecularibus litteris studere constiterit. » Bien d’autres passages, moins remarqués que les précédents, sont en complète harmonie avec eux, par ex., la manière dont il exalte saint Benoît, pour avoir abandonné les études libérales : « Recessit igitur scienter nescius et sapienter indoctus. » (Dial. II, init.)
3. La meilleure preuve est que le contemporain de saint Grégoire, Grégoire de Tours, lequel possédait sur lui des renseignements directs et oraux, de même que ses biographes du vin® et du 1x° siècles, vante précisément saint Grégoire de ses connaissances dans les sciences profanes ; ces mêmes biographes disent en outre qu'il fut le protecteur de ces sciences.
[526.] MORALIA 089
Francs, le recommandent aux ecclésiastiques comme la règle de leurs devoirs professionnels. Cet opuscule est adressé à Jean, évêque de Ravenne. Celui-ci avait fait à l'auteur le reproche d’avoir voulu se dérober à la dignité de pontife suprême; ce fut l’occasion de Ja composition de l'ouvrage. Saint Grégoire veut lui montrer que ce qui le guidait dans son
refus c'était seulement la conscience qu'il avait de la difficulté
de la profession de pasteur. Le livre comprend quatre parties, d'inégale grandeur, et où sont traitées les questions suivantes : Comment on doit arriver à cette charge, quelle doit être la vie du pasteur (saint Grégoire emploie l'expression Rector), comment il doit instruire ou prècher, et, enfin, comment il doit chaque jour rentrer en lui-même et considérer ses propres faiblesses, afin de pouvoir conserver l'humilité après avoir rempli tous les devoirs que saint Grégoire lui a indiqués. La seconde et la troisième parties sont plus variées que les deux autres et forment le noyau principal du livre; le contenu en est indiqué avec détails par l’auteur, dans l'introduction respective de chacune d'elles. C'est ainsi que, dans le premier chapitre de la seconde partie, saint Grégoire esquisse l'idéal du pasteur, et que, dans les chapitres suivants, il en développe les traits particuliers (1). La troisième partie occupe un espace double de celui des autres ensemble et la quatrième ne comprend qu'un seul chapitre. Dans la troisième, l’auteur montre avant tout comment les exhortations et les sermons doivent s'adapter, chaque fois, aux diverses classes des auditeurs ; il en distingue un certain nombre de catégories d’après le sexe, l’âge, l’état, l'éducation et le caractère. Il fait donc voir, en autant de chapitres particuliers, comment il faut reprendre les jeunes et les vieillards, les pauvres et les riches, les serviteurs et les maîtres, les chastes et les impudiques, les charitables et les envieux, etc. Il appelle souvent la Bible à son secours
1. « Sit ergo necesse est cogitatione mundus, actione praecipuus, discretus in silentio, utilis in verbo, singulis compassione proximus, prae cunctis contemplatione suspensus, bene agentibus per humilitatem socius, contra delinquentium vitia per zelum justitiae erectus, internorum curam in exteriorum occupatione non minuens, exteriorum providentiam in internorum sollicitudine non relinquens. »
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