De vir ill., c
3. Une comparaison de cet écrit avec le livre correspondant de Tertullien est fort instructive ; elle montre très bien la différence des deux auteurs. Dans S. Cyprien l'on voit d’un côté la disette de pensées personnelles ; de l’autre, pourtant, une composition plus simple et plus lucide, car il modifia celle de Tertullien ; on y remarque aussi une narration plus claire et plus unie.
mème- caractère : il diffère toutefois en ce qu'il n’y a que la dernière partie qui soit prise de l’Apologeticum ; tout le reste est extrait presque mot à mot de lOctavius de Minucius Félix. La grande différence entre saint Cyprien et son maître, c’est qu’il n’était ni un esprit original, ni un génie; il lui manquait la passion; sa natdre n'était pas portée vers la spéculation; il avait plutôt une grande puissance d'autorité; aussi devint-il une des colonnes de l’orthodoxie; enfin il possédait une modération rare pour une époque si fiévreuse et si agitée. Il ÿ avait aussi dans son esprit et son talent une remarquable clarté. Il montre, dans la vie pratique comme dans ses écrits, une grande habileté à mettre partout à profit son éducation et ses dispositions heureuses; ce qui ne l’empèche pas de se révéler à nous comme un homme doué à la fois d’un cœur tendre, d'uneimagination mobile, et aussi d'un caractère ferme. Ces qualités très précieuses se manifestent dans ceux de ses écrits où il a plus d'mdépendance et qui sont bien du domaine de notre étude; elles éclatent partout dans son style qui n’est nullement formé sur celui de Tertullien, et qui accuse, au contraire, sa propre originalité. Ce n'est pas chez lui qu'on trouve quelque chose de cette obseurité pénible ou de cette concision énergique de son maître; point de combat avec la langue; point de hâte dans la composition ; au contraire, un discours clair, courant et ample qui charme sans avoir la précipitation de celui de Tertullien, mais aussi sans nous accabler de tous ses jeux de mots. Il le pare volontiers ; il l'anime par la chaleur du sentiment; il aime à développer une comparaison avec détails (1) : là s’accuse aussi une particularité de l'imagination chrétienne, dans des allégories qui plus tard servirent en partie de modèle. Ses écrits se distinguent encore de ceux de son prédécesseur par une meilleure ordonnance du sujet et une disposition plus claire (2). Il emprunte très souvent ses pensées à Tertullien; il les emprunte souvent aussi à la Bible
4. Les auteurs chrétiens du siècle suivant tenaient en haute estime l’éloquence de S. Cyprien, ainsi que nous l'apprennent les jugements aussi élogieux que justes d’un S. Jérôme, Epist. 58, ad Paulin. , et d'un Prudence, 1. 4, v. 11 et s. ; cf. aussi Lactance, Div. Inst., V, ec. 1.