‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 34 sur 382 · V. plus haut, page 68, remarque · texte numérisé non relu

V. plus haut, page 68, remarque

et émaille de textes ses travaux : mais, moins il est créateur dans la pensée, plus la composition, qui souvent chez nous est la chose principale, devait lui être facile.

Parmiles écrits de saintCyprien qui nousintéressent le plus, il faut citcr le premier en date : Ad Donatum, intitulé aussi De gratia Dei, et composé probablefnent peu après sa conversion au christianisme, dans l'intention de la justifier et de gagner d'autres âmes à la religion chrétienne. C'est un monologue adressé à son ami, nouveau converti, avec lequel il est assis sous la tonnelle d’un jardin. L'auteur décrit ct exalte la nouvelle naissance que le baptême a accomplie en lui, le renouvellement entier du cœur qu'il avait auparavant regardé comme impossible, et il explique comment, après avoir brisé les liens de l'erreur, il a quitté le chemin du vice pour s'engager dans celui de la vertu. Pour faire ressortir davantage le prix de la grâce divine, il exhorte son ami (c. 6) à jeter un coup d’œilavec lui sur le monde païen, enseveli dans les ténèbres, absolument comme s'ils étaient au sommet d'une montagne et qu’ils contemplassent ce même monde étendu à leurs pieds. Quel tableau se déroule! Sur toutes les routes de la terre ferme et de la mer, des voleurs: ou bien, partout la guerre. Et dans les villes! — Une agitation plus triste encore que toute solitude. Les jeux des gladiateurs font couler le sang qui récrée la volupté de regards pleins de cruauté. Voilà donc pourquoi l’on engraisse des hommes! L'homme est tué pour le plaisir de l'homme, et, dans ce but, on emploie même un art particulier, de sorte qu'on enseigne le crime comme on enseignerait une science. Quoi de plus inhumain ? Voici ensuite les combats d'animaux; puis les théâtres, avec leurs tragédies pleines des horreurs du parricide et de l'inceste, avec leurs mimes immoraux, qui enseignent l’adultère. Tel est le tableau de la vie publique. Mais si le regard pouvait pénétrer dans l'intérieur des maisons, quelle impudicité! Ce qu'ils blâment publiquement, ils le commettent là en cachette. — Ïl promène sonregard surle Forum; il examine la rage des procès, la torture, la corruption des juges. Enfin pour ne pas être partial, 1l considère encore ce que l'ignorance du monde fait tenir pour des biens (c. 11). Il faut les fuir aussi, les vains

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titres acquis au prix de quelles bassesses, achetés au prix de quelles pertes; la richesse, avec l’avarice et les soucis à sa suite; la puissance, qui fait que ceux mêmes qui la possèdent craignent jusqu'à ceux qu'ils protègent ! — Celui-là seul, qui se détourne du monde pour aller à Dieu, acquiert la tranquillité intérieure, une süreté certaine et durable; il peut se vanter de posséder dans sa conscience tout ce qui, dans les choses humaines, semble aux autres grand et élevé (c. 14). En terminant, saint Cyprien exhorte son ami, qui déjà a été enrôlé dans le camp spirituel de la milice céleste, d’observer une discipline sévère.

Écrit avec âme, mais cependant dans un style maniéré qui rappelle encore l’ancien rhéteur (1), ce petit ouvrage montre bien le contraste entre la vie fraîche et intérieure du christianisme plein de jeunesse, et la vie tout à fait extérieure et corrompue du paganisme qui tombe en décrépitude.

Le livre De mortalhtate offre un intérêt plus général et a un caractère plus indépendant. Saint Cyprien l’adressa à ses ouailles, à l’époque de la grande peste, pour les fortifier et les consoler. Les soldats de Dieu, dit-il au début, ne doivent pas trembler devant les orages du monde qui ne peuvent occasionner que ce que Dieu a prédit. La fin du monde approche. Et ces souffrances, si elles ont lieu, sont un gage de l’accomplissement des promesses. Celui-là seul est inquiet et triste qui n’a n1 foi ni espérance. Et qu'offre-t-elle donc la vie d’icibas ? Elle est un combat continuel contre le démon.

L'esprit de l’homme, assiégé par lui, doit combattre tantôt un vice et tantôt un autre. La cupidité vaincue, la volupté se lève; après sa défaite, vient le tour de l’ambition, etc. (2). Une mort rapide, qui nous conduit au Christ, n’en est que meilleure. Mais trop souvent nous manquons de foi aux promesses divines. C'est là précisément un temps d’épreuve. Et

1. C’est le jugement de S. Augustin lui-même, De doctrina christ., IV, c. 14.

2. « Obsessa mens hominis et undique diaboli infestatione vallata vix occurrit singulis (sc. vitiis), vix resistit : si avaritia prostrata est, exsurgit libido, » etc., c. 4. Cette image se retrouve souvent dans la poésie du moyen âge avec de plus amples développements. On la rencontre même dramatisée.

c’est justement en cela que, nous chrétiens, nous nous distinguons des païens : tandis que ces derniers se plaignent et murmurent dans le malheur, nous restons, nous, attachés à la vertu et à la foi; bien plus, la douleur est pour nous une épreuve (c. 13). — Il fait alors une vive peinture des terribles accès de la peste, qui sévissait alors (c. 14), puis 1l s'écrie : Quelle grandeur d’âme que d'affronter avec courage toutes les attaques de la destruction et de la mort! Quelle sublimité que de se tenir debout sous les ruines de l'humanité, au lieu de rester étendu sur le sol avec ceux qui n’espèrent point en Dieu! Il n'y

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