DE VITA ET MIRACULIS S. CUTHBERTI
d'après leurs indications et il le soumit encore à la critique d'une assemblée de vieillards et de maîtres du monastère de Lindisfarn, qui n’y trouvèrent rien à changer. L’écrit en prose se distingue de l'écrit en vers, au point de vue du fond, en ce que le dernier ne rapporte que les miracles (1), tandis que le premier comprend de plus la biographie complète du saint; cette différence est du reste parfaitement indiquée dans le titre des deux ouvrages. Dans la préface du poème, Bède avait déjà promis ce supplément. Il suffit donc, au point de vue du fond, d'étudier la prose seule; nous examinerons plus tard la forme de la poésie. La principale source où Bède ait puisé sa matière était une vie du saint, conservée encore, et écrite par un moine de Lindisfarn.
Malgré toutes les précautions de l’auteur pour atteindre à la vérité historique ; malgré la citation de ses autorités, il faut dire que la Vie de Cuthbert se distingue de la Vie des abbés, comme un roman historique se distingue de l’histoire. Les miracles du saint qui, ici comme dans le poème de Bède, jouent le rôle principal, forment, pour ainsi parler, l’élément romantique du travail; non seulement les faits naturels sont convertis en miracles, mais toutes les extases du saint, qui comme saint Martin, se croyait tenté par le démon et par les anges, sont acceptées comme de pures vérités, sans parler des guérisons qu'il opérait par sympathie (2). Mais, d'autre part, ce livre renferme aussi des faits historiques réels, qui lui donnent une grande valeur : nous y apprenons, par exemple, les efforts que fit Cuthbert, en qualité de supérieur du monastère de Melrose, pour empêcher le peuple, pendant une épidémie, de retomber dans la superstition païcnne; il parcourut le pays, durant des mois entiers et tout seul (c. 9 sq.), en prêchant la parole de Dieu. Ce livre nous raconte encore que Cuthbert, envoyé à Lindisfarn, introduisit une règle plus sévère dans ce monastère si célèbre dans la suite, ou bien encore il nous
4. C'est à peine s'il y fait allusion à l'admission de Cuthbert dans le monastère.
2. Cuthbert causait volonliers des miracles qu’il opérait, tout comme saint Martin, dans sa vieillesse, et souvent même il en exagérait la réalité (v. c. 7) en ne disant les choses qu'à demi.
Sr : D. .