‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 64 sur 382 · Hoc natura parens munus habere dedit » (v · texte numérisé non relu

Hoc natura parens munus habere dedit » (v

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religieux, de quelque façon qu'on le comprenne. Le poète raconte ensuite la légende (v. 59 et s.). Après mille ans, courbé par l’âge etdésireux de se rajeunir, l'oiseau abandonne son asile sacré; «il cherche cet univers où la mort a son empire » (4). Il gagne la « Phénicie, » et se choisit un haut palmier que les Grecs, en s'inspirant de son nom, appellent Phénix ; il y construit, avec les herbes les plus précieuses, « son nid ou son tombeau, car il meurt pour vivre » (v. 71 et s.). C'est là qu'il expire au milieu des parfums (2). Son cadavre, échauffé par sa propre chaleur, s'allume à l'aide de la lumière éthérée. De la cendre, sort et se développe un ver, blanc comme la neige, qui, après avoir considérablement grandi, se métamorphose en chrysalide et vit alors sculement de la rosée du ciel. Mais, de cette chrysalide, s'échappe, comme un papillon, le Phénix; avant de retourner dans sa patrie, il porte le reste de ses dépouilles au temple du soleil, en Égypte, et les y offre en sacrifice. Ici le poète dépeint son extérieur (3) : car dans son voyage aérien les Égyptiens l'aperçurent, et ils gravèrent son portrait sur le marbre sacré (v. 1453). Toute la famille des oiseaux se réunit autour de lui ; chacun oublie le butin et la crainte, pour l'accompagner; tous ne pensent qu'à se réjouir dans l’accomplissement de ce pieux devoir (4). Cela fait, chacun retourne dans sa patrie. Enfin le poète chante le bonheur du Phénix : l'amour ne le retient pas dans ses liens; « la mort est son seul amour; dans la mort seule est sa passion ; afin de pouvoir renaître, il soupire après la mort. C'est toujours à la vérité le Phénix lui-même, mais ce n'est pas le même Phénix qui obtient la vie immortelle par le bienfait de la mort. »

Quoique le Phénix apparaisse, dans la forme la plus

4. « Tum petit hunc orbem, mors ubi regna tenet » (v.64). 2. « Tunc inter varios animam commendat odores, Depositi tanti nec timet illa fidem » (v.93 et s.).

3. V. 125 ets. ; le nimbe n’y manque pas non plus { « Phæbi verticis alta decus. » V. la description de cet oiseau chez les autres anciens auteurs, dans l'extrait de Martini, p. 30 et s;

4. « Munere læta pio » (v. 158); le munus se rapporte, selon moi, à l'action du Phénix et non à celle des autres oiseaux.

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ancienne de la légende, comme un animal consacré au soleil ; quoiqu'’on lui attribue, au sens antique, le caractère de la piété, en lui faisant déposer dans le temple d'Hélios les dépouilles du père qu'il va porter si loin, les éléments de ce mythe ont cependant reçu, sous la plume de notre poète, un développement extraordinaire, qui distingue essentiellement son poème de celui de Claudien (1). Cette renaissance y apparaît de plus comme une conséquence de la piété. Cette nuance fortement religieuse, jointe à plusieurs autres traits isolés (2), laisse facilement soupçonner un poète chrétien, qui n’était point en hostilité ouverte avec la culture hellénique et païenne et qui ne se faisait pas scrupule de revêtir son récit du vêtement traditionnel et mythologique de la légende. Mais on pourrait aussi prendre l’auteur pour un adorateur de Mithra ou pour un néo-platonicien. Quoi qu'il en soit, cette poésie n’est pas un simple jeu de métrique, comme plusieurs ont été empressés à le prétendre, car la matière est développée d'une manière toute caractéristique et tout intime. Sa signification symbolique forme le nœud de l'intérêt poétique (3), ainsi que le montre très bien la fin du poème : tout cela du reste est pleinement dans l'es-

1. Idylle I. Mais les deux poèmes ont tant de ressemblance dans certains traits et certaines expressions, qu'il est difficile de ne pas croire que l’un a dû connaître l’ouvrage de- l’autre. Tout bien examiné, c’est, à mon avis, Claudien, car l’autre poème semble appartenir à une époque antérieure. S'il avait été composé sur celui de Claudien, il ne pourrait pas être de Lactance ; mais il faudrait en conclure avec plus de cerlitude que l'auteur était chrétien.

2. 11 suffit de rappeler la parlie du monde où la mort avait son empire, Ja glorification de la chasteté, la patrie de l'oiseau si semblable au paradis. Mais, sous ce rapport, les vers cités plus haut, p. 111, ren. 2, me semblent dignes d'observation : d’abord le « commandare animam » qui rappelle le . © in manus tuas commendo spiritum meum » (Luc, 23, v. 46), détail qu'on n'a pas fait, à ma connaissance, remarquer jusqu'ici; puis, surtout, le vers suivant, à cause de son contenu, Il n’est pas impossible que le Phénix soit ici le symbole du Christ. auquel Commodien l’a comparé, et qui se retrouve gore postérieurement dans l’art. Sous ce rapport, le vers 58 serait signiicatif.

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