‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 5)Chapitre 119 sur 353 · i ni- DR du i '2'M · texte numérisé non relu

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tercession des Saints, etc. — Enfin I»' dernier livre traite de la félicité de la cité de Dieu, félicité qui i si Ba fin dernière el qui lui a été promise par Dieu lui-même. Saint Augustin commence ici par défendre chaleureusement la doctrine de la ré" Burrection des morts. Il renvoie les païens à la résurrection el à l'ascension du Ghrisl : elle est attestée par 1rs Apôtres, témoins oculaires, donl les miracles sont les Lettres de créance. Si les païens refu sent d'y croire, c'esl encore un assez grand miracle que le monde ail pu nuire à la résurrection du Chris! Bans aucune espèce de miracle (c. 5). Pour prévenir l'objection, que de lels miracles n'oni plus lieu à L'époque actuelle, saint Augustin raconte les guérisons merveilleuses qui on | eu lieu de son lemps el même sous ses yeux(c. 8). Après avoir abordé la question du corps des ressuscites, traité de son importunée au point de vue de la béatitude et dit, à celle occasion, que tous ressusciteront avec l'âge qu'avait le Christ à sa mort (c. 15), il parle, en terminant, de l'étal des bienheureux et surtout de la vision de Dieu, terme dernier delà béatitude.

Tel est, en ses traits principaux, le sujet de ce remarquable travail : autant la marche des parties, même des livres, semble indécise et inégalement conduite (nous l'avons fait remarquer plus haut), autant la composition de L'ensemble est-elle sûre el bien menée. Mais cette particularité, qui fait que certaines parties, voire des chapitres, ont le caractère d'articles indépendants, devait efficacement contribuer elle-même àladillusion de l'ouvrage, attendu qu'on pouvait également bien le lire dans sa totalité ou fragment par fragment. Huant à la cause de cette particularité, il est assez clair qu'il faut la voir dans le long espace du temps, pendant lequel l'auteur a travaillé son ouvrage pièce par pièce. Le nombre de ceux qui auraient su embrasser ce travail dans son entier et qui le méditaient du commencement à la fin devait être bien peu considérable; au contraire, le nombre des lecteurs qui s'édiliaieni à la lecture de chapitres spéciaux et qui y prenaient plaisir n'en était que plus grand : il trouvaient, ici, une nourriture abondante pour la pensée etpour l'imagination; là. les émotions les plus vives. 11 ne serait pas possible de dire combien fut i 17

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grande l'influence qu'exerça ce livre sur le moyen âge, tant par la richesse des idées, que par L'abondance et la variété de la matière. Toutes les branches de la littérature médiévale en témoignent. Pendant longtemps surtout il servit de règle pour juger l'antiquité classique et ses rapports avec le christianisme, et, en général, pour l'étude de toute l'histoire universelle des temps passés. Et, d'autre part, un ouvrage où l'auteur excellait à enflammer les imaginations et à captiver les intelligences, ne contribuait pas moins à préciser les idées sur les choses futures.

Sous le rapport du style en général , il mérite d'être placé audessus des Confessions ; la narration en est plus claire ; et l'allure du récit, plus simple, est plus légère et plus libre. L'auteur n'y a pas renoncé, il est vrai, à divers artifices de la rhétorique, tels que l'antithèse et les jeux de mots; mais il en fait, il faul l'avouer, urf usage plus approprié et plus spirituel. L'ironie que saint Augustin manie avec finesse communique au style plus de charme. Là où le sujet l'exige, le sentiment se fait jour aussi dans toute sa vivacité ; l'on y trouve des passages d'une éloquence élevée où se révèle une véritable inspiration, et d'autres où le récit est tout pénétré de la chaleur de la vie de Târne chrétienne : témoin la peinture en l'honneur de la Paix (1. XIX, c. 12) où l'auteur nous représente les natures les plus sauvages et les plus grossières avides de cette paix et soupirant après elle. A tout prendre, les premiers livres et les derniers sont ceux dont la narration est la meilleure.

Les deux ouvrages que nous venons d'étudier méritent, parmi les travaux de saint Augustin, une place à part, non seulement vu leur haute importance au point de vue de l'histoire de la littérature générale, mais aussi vu la parli- . cularité de leur forme qui ne permet de les ranger complètement dans aucune classe déterminée de ses écrits. Cette dernière remarque s'applique également à un troisième ouvrage, qui offre aussi un réel intérêt historique et littéraire, et qui sert de complément à une grande partie de ses œuvres. Ce sont les deux livres des Rétractations (Retractationes), qu'il composa en 427 , époque où il avai t atteint, par l'achèvement de la Cité de Dieu, le plus haut degré de son activité littéraire.

2'M.} RÉTRACTATIONS 2"i0

Dans cel ouvrage, L'auteur nous donne le catalogue rie tous ses écrits, par ordre chronologique, depuis sa conversion au christianisme ; il énumère, dans le^premier livre, ceux qu'il a composés jusqu'à smii épiscopat, et, dans le deuxième, ceux qu'il écrivil ensuite.' Le but que l'auteur se propose, en parcourant ainsi ses productions littéraires, est d'abord d'exercer une sévère critique contre lui-même, de relever toutes les inexactitudes qu'il remarquait dans ses livres, d'en faire disparaltre les contradictions qui avaient du lui échapper, dans un si long intervalle età une époque de sa vie si fertile en productions littéraires : la formule de ses idées sur le dogme était en effet devenue peu à peu plus complète et était arrivée alors à sa plus haute expression. Du même coup, saint Augustin nous y ouvre assez fréquemment de très précieux aperçus sur la cause rie ses ouvrages, leur tendance, leur idée mère cl leur composition : c'esl -race à ces aperçus que souvent nous en pénétrons l'intelligence.

On peut répartir les autres écrits de saint Augustin dans les classes suivantes :

Ecrits polémico-dogmatiçues. — C'est sous cette rubrique qu'il convient d'en ranger la majeure partie; mais ils s'éloignent tellement du but de notre étude, que nous nous bornerons à quelques courtes remarques. Ils sont écrits, en partie, contre les manichéens, et, en partie, contre les donatistes, les pélagiens et les ariens. Quelques-uns d'entre eux, polémiques par l'origine, ont pourtant un développement indépendant : tel est le plus important de cette classe, le livre sur la Trinité (De Trinitate), entrepris pour combattre l'arianisme; ou bien encore le Traité de la vraie religion (De vera religione), contre les manichéens.

Écrits philosophiques. — A cette classe se rattachent les plus anciens ouvrages qui nous aient été conservés de saint Augustin: les plus importants de cel ordre furent même composés à Cassiciac, pendant l'hiver de 386 à 387, avant son baptême. Ce sont d'abord les trois suivants : trois livres contre les Académiciens (Contra Academicos); un livre sur la Vie bienheureuse (Dr Vit a. beat a) ; deux enfin sur l'Ordre (Dr Or dîne). Ils sont, tous trois, le résultat des causeries philoso-

phiques de saint Augustin avec le cercle d'élèves et d'amis qui l'entouraient et dont nous avons parlé plus haut : les deux derniers toutefois ont vu complètement le jour pendant la composition du premier, lequel est bien plus considérable. Si nous en considérons l'origine, ils ont été composés tous trois sous forme de dialogue et ils ont réellement pour base des conversations qui, ainsi qu'ils nous l'apprennent, furent esquissées sur-le-champ (1). — C'est avec raison que saint Augustin aborda ces conversations philosophiques par le premier sujet : il chercha à établir la possibilité d'arriver à la connaissance de la vérité, en réfutant le scepticisme, représenté par l'école des Académiciens. C'est en effet, pense saint Augustin, la possession de la vérité et non pas sa recherche seule qui procure le bonheur de la vie. Cette phrase, qui établit pour l'homme la nécessité de connaître la vérité et qui forme le sujet du premier livre contre les Académiciens, lui donna l'idée du deuxième écrit, ou tout au moins, dans le principe, du dialogue philosophique qui lui sert de base. L'auteur y démontre que le bonheur de la vie consiste dans la connaissance parfaite de Dieu. Cette connaissance nous donne, pour la première fois, une jouissance complète et sans fin. — Le troisième des écrits ci-dessus mentionnés a pour sujet l'ordre divin du monde « l'ordre des choses, » en tant surtout que cet ordre embrasse le bien et le mal. Mais la difficulté que cette dernière question présentait encore pour l'intelligence de ses élèves engagea saint Augustin à ne pas poursuivre ce sujet (1. II, §, 24) et à leur montrer par contre l'ordre des études à faire, la voie à suivre pour atteindre aux plus hauts sommets de la science. Il expose donc le système des sciences, en expliquant avec brièveté l'idée et l'essence de chaque science : tantôt il approfondit la matière; tantôt il glisse discrètement; mais c'est ainsi qu'il aborde tour à tour la grammaire, la dialectique, la rhétorique,, la musique (c'est-à-dire la rythmique en général, et la métrique en par-

1. V. au reste l'analyse rapide, mais aussi exacte que pleine du goût de ces écrits philosophiques et de ceux qui suivent, par Bindemann. Vol. I, p. 295 sq.

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