IPOTHÉOSE 2ÎM
même directemenl aTertullien, dans quelques ouvrages spéciaux de ce dernier. Parmi les poèmes de ce genre, le premier, dans les manuscrits, esl l'Apothéose ipotheosù . qui comprend mille quatre-vingt-quatre vers et se rapporte à la divinité de Jésus-Christ. Le premierpoème a deux introductions donl la première exprime m substance, dans douze hexamètres, le dogme de la Trinité et Berl ainsi dès le début à expo? ser la foi du poète ; la deuxième, intitulée Praefatio, en cinquante-six vers iambiques, le Lriraèlre et le dimètre alternant, motive ru quelque sorte le poème lui-même. « fila foi est-elle vraie? » dit le poète, dès ledébuf de la préface el il rattache ainsi celle introduction à la précédente). Il esl difficile de rester dans l'étroil sentier du saint et de ne pas se fourvoyer dans les détours de l'hérésie. La sophistique est habile à tendre des pièges cachés; le démon ne se lassr pas de semer l'ivraie su milieu du bon grain. — Le poète veut réfuter les principales erreurs concernant la sainte Trinité et spécialement la divinité de Jésus-Christ. Le poème «'st donc une apologie de celte divinité.
Tout d'abord, Prudence, appuyé sur l'écrit de Terlullien contre Praxéas, combat les Patripassiens (v. .'5 à I 17), hérétiques qui prétendaient que le Père lui-même a souffert la mort de la croix et niaient par conséquent la personnalité particulière du Christ. Son argument principal, qu'il fait reposer sur l'évangile de saint Jean, est L'invisibilité de Dieu. Le Fils seul apparut aux hommes, déjà même dans l'Ancienne- Alliance. C'est ce que le poète développe par plusieurs exemples. II s'appuie notamment sur le récit des quatre jeunes gens dans la fournaise et fait à cette occasion un brillant et captivant tableau (v. 140 sq.: — Au vers cent soixante-dixhuitième, la poésie se retourne contre le chef d'une autre secte monarchiste, Sabellius, pour qui le Ghrisl n'est qu'une forme visible de Dieu, tout comme le Père. Aussi Prudence l'appelle-t-il dès le début « dépossesseur du Père et dénégateur du Fils. » C'est donc avec raison qu'il met sur une même ligne ces hérétiques et les païens lettrés qui croyaient aussi à un Dieu suprême. Ce rapprochement est juste en tant que la nature paternelle de Dieu forme la notion particulièrement
chrétienne do Dieu. Le Père, dit Prudence dans son expositioiij, ne peut pas être tantôt le père et tantôt le fils, tantôt le non-engendré et tantôt l'engendré. S'appuyanl enfin suides passages de l'Ancien Testament qui font mention des deux personnes de la divinité (1), il dirige sa polémique (v. 321-o51) contre les Juifs, et affirme que s'ils avaient bien compris les passages de l'Ecriture, ils auraient écouté le Rédempteur, dette partie du poème est sans contredit celle où la poésie offre le plus de richesses. On y trouve des passages magnifiques et pleins d'élévation.
Dans le récit, on voit apparaître d'une manière saisissante l'opposition capitale qui existe enire le christianisme plein de jeunesse, de fraîcheur et de puissance moralisatrice, et le judaïsme courbé sous le poids de la loi (2), lié, anéanti dans sa splendeur nationale, sans patrie, si profondément déchu enfin de sa grandeur passée (3) : la narration repose toute entière sur ce contraste. Le poète, dans une inspiration lyrique, montre comment s'est réalisée à la lettre l'inscription que Pilate avait fait mettre sur la croix ; comment la Judée, la Grèce et Rome chantent, clans leurs langues, la gloire du Christ : dans ce concert de louanges, on voit rivaliser ensemble la tuba, la chelys et l'orgue (v. 376 sq.). La peinture qu'il fait de l'influence moralisatrice du christianisme sur les nations sauvages est d'une incomparable beauté (v. 430 sq.) ; on les voit, elles aussi, se courber devant la croix, tout comme les empereurs couverts de pourpre. Un seul parmi ces derniers a fait exception : c'est Julien. Et ici (v. 449 sq.) se trouve le jugement célèbre que Prudence porte sur l'Apostat; ce jugement, où le poète apprécie a leur juste valeur les qualités militaires et politiques de Julien, nous fournit un beau témoignage de la liberté intellectuelle et du patriotisme romain de Prudence. Vient ensuite un épisode remarquable, raconté dans un style vivant et dramatique : cet empereur offre un
1. Par ex., v. 316 : « Domino (Dieu le père), Dominus (le fils), fiammam pluit in Sodomitas, » d'après la Gen., c. XIX, v. 24.