APOTHÉOSE
sacrifice qui est troublé par le signe de la croix gravé sur l'arme d'un garde du corps à blonde chevelure — probablement un Germain. Ce rapprochement <ln germanisme el du christianisme donne un attrail particulier à cette scène, laquelle ou\ pe en 1 1 1 < • u 1 < - temps à la pensée une large perspective historique.
La secte des ébionites qu'attaque ensuito le poète (v. '.>:\-2- 781) lui semble avoir <\r< liens de parenté avec le judaïsme. Os hérétiques voyaient aussi dans Jésus-Christ un simple homme, tout en lui reconnaissant une grande vertu. C'est pour eux que Prudence expose les miracles qui accompagnèrent sa naissance ainsi que ceux qu'il opéra lui-même. Il est beau de le voir appeler Lazare du fond de la tombe pour venir rendre témoignage de la divinité du Christ et enfin la mort elle-même, qui, sourde auparavant, suit maintenant son maître avec douceur. Il n'y a plus que les dénégateurs du Christ qui aient à la redouter, eux qui deviennent la proie de la nuit éternelle. Ici, Prudence, dans une longue digression sur la nature de l'Ame (v. 782-901), aborde la question de savoir si l'âme de l'homme, qui n'est qu'un souffle de Dieu, peut souffrir les peines de l'enfer; elle est bien semblable à Dieu, mais elle ne lui est pas égale ; elle a pu succomber à la tentation et, de fait, tdle a succombé avec la ebair, et avec elle elle doit donc souffrir les peines de l'enfer. Le Christ nous en délivre vu que « Jésus a pris une nature exposée seulement à la punition et non au contact des vices : » la mort qui ne se nourrit que de fautes ne trouva rien à prendre sur lui ; elle est morte d'inanition dans son corps. Après cela, l'auteur arrive logiquement, dans un dernier chapitre, à livrer l'assaut au docélisme des Manichéens : d'après eux, le Christ n'aurait eu qu'un corps apparent. Accepter une telle doctrine, c'eût été détruire l'œuvre de la rédemption. Le poète fait donc appel à la véracité de Dieu et à l'arbre généalogique traditionnel du ('.brist. Ce n'est que pour avoir été véritablement homme, que le Christ est véritablement Dieu (v. 1033 S.). Prudence termine en nous faisant connaître sa foi en la résurrection dans un langage plein de grandeur.
Le poème Hamartigenia, de la même famille que l'Apo-
théose, lui est bien supérieur comme poésie ; Bayic lui-même déclare que c'est la meilleure production poétique de Prudence. La disposition en est la même ; mais, ici, la question de l'origine du mal esl traitée dans la polémique contre une seule hérésie, le dualisme gnostique de Marcion. Celui-ci (d'après Prudence) admettait, pour expliquer l'origine dumaîdans le monde, deux dieux, l'un pour l'Ancien et l'autre pour le Nouveau Testament ; et c'était celui-là, le démiurge, qui est la cause du mal. — Ici également le poète a commencé par une préface, Praefatio (soixante-trois trimètres iambiques), dans laquelle il esquisse le dualisme de Marcion et donne Gain comme son type. Dès le début de l'ouvrage lui-môme, qui comprend neuf cent soixante-dix hexamètres, le poète attaque violemment Marcion : « Où te pousse ta fureur, lui dit-il, perfide Gain, pour partager Dieu d'une manière blasphématoire? » La scission morale dans le monde terrestre ne permet pas encore de conclure à une scission pareille dans l'ordre divin. L'idée de la divinité répugne déjà au dualisme : [porro) nihil summum, nisi plenis viribus unum (v. 22). La Trinité ne répugne pas à la divinité, ainsi que le développe le poète. Dieu, prévoyant cette hérésie, nous en a' donné une image visible dans le soleil qui est un et triple à la fois, puisqu'il est lumière, chaleur et force fécondante. Mais s'il y a deux dieux, dit Prudence dans son argumentation, pourquoi n'y en aurait-il pas des milliers ? — Après avoir ensuite décrit le démiurge de Marcion (v. 111 s.), le poète ajoute : Nous aussi, nous connaissons un père des crimes, mais ce n'est pas un Dieu; c'est plutôt un esclave de l'enfer. C'est un ange déchu qui, comme toutes choses, fut créé de rien par Dieu. Il était autrefois la plus belle des créatures ; il avaitreçu en partage une grande puissance ; mais l'orgueil et la jalousie le firent se séparer de Dieu. Prudence fait ensuite de Satan un tableau aux riches couleurs (1) ; ce tableau est même le pre-