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•'•lait bien la première en date 1 1 . Cette correspondance poétique est doublemenl intéressante en ce qu'elle noua met d'un côté devanl les yeux le contraste el Le rapprochement de la poésie chrétienne ri païenne à cette époque, el que, d'autre pari, elle marque l'apogée de la poésie de Paulin et d'Au- Bone. L'un h l'autre s'3 montrent vrais portes et. en plusieurs passages du moins, ils atteignent m\ tel degré de poésie, qu'il sérail difficile de retrouver des exemples semblables dans leurs autres ouvrages. Voilà le pouvoir de L'amitié, tel que le consacre ee beau monument.
En écrivant La première de ces lettres, Ausone devait ressentir en quelque sorte ce que Goethe exprime m bien eu disant :,
Quand vient a poindre une foi nouvelle, elle arrache souvent l'amitié et la fidélité, comme on arrache une mauvaise herbe. Cette lettre débute en ces termes: Discutimus, Pauline, jiigwn. Il entend par là le joug de L'amitié; ce joug si Légère! si doux qui les avait unis L'un a L'autre et que n'avaient pu faire secouer ni les commérages, ni les plaintes, ni la colère et l'erreur: ce joug enfin qui avait autrefois uni leurs pères. La faute en est à Paulin seul: Ausone sera fidèle jusqu'à la mort. Là-dessus il fait l'éloge de leur rare affection et rappelle à son ami les charmes de la patrie en lui faisant la peinture des joies qu'il éprouve dans sa propre campagne, joies qui, à la vérité, n'ont plus d'attrait pour lui en L'absence de Paulin. Mais il espère que Dieu le Père el Dieu le Fils exauceront ses prières en lui ramenant son ami. Dans son esprit, il le voit déjà venir, el il développe ce tableau avec des mouvements pleins de poésie. Il dit en terminant : « Dois-je le croire, ou bien n'est-ce qu'un de ces rêves, comme en font ceux qui s'aiment?» Quel que soit l'étalage de la rhétorique dans plusieurs passages de ce poème, on y sent néanmoins une chaleur de sentiments vrais qui sont très rares dans la poésie païenne de cette époque, et qui impriment presque au poème un caractère de sentimentalité moderne. A cette lettre écrite en vers he.xa-
\. Peipéf approuve aussi ce classement des lettres dans un article intitulé : Die handscriftliche Ueberliefciung des Ausons [Supplementband XI der neuen Jahrb. Philologie, p. 326 ,
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mètres, Paulin répond par une épître de quarante-huit hexamètres et de vingt ïambes (trimètre et dimètre alternant), dans laquelle il esquisse un louchant tableau de l'amour plein de piété filiale qu'il a toujours témoigné à Ausone. Il l'assure, en termes remplis d'enthousiasme, que la séparation des corps n'amènera jamais pour lui la séparation de l'esprit, et qu'il l'aimera toujours, même par delà le tombeau. Ce poème,, complètement animé par l'esprit chrétien, laisse voir une tendresse de cœur telle, que tout doute devait se dissiper à sa lecture.
Celtre lettre était la deuxième de saint Paulin. Le contenu de la première la rend plus importante : des deux épîtres d'Ausone auxquelles il répond et dans lesquelles Ausone se plaint du silence de l'ami, l'une, la plus courte, laisse encore entendre la note de la plaisanterie. Ausone suppose que c'est la crainte de Thérasia qui empêche Paulin d'écrire, et il lui fait part en conséquence d'un procédé de correspondance à l'aide d'une écriture chiffrée. L'autre épître d'Ausone est, par contre, en grande partie une œuvre de véritable poésie. Le barbare lui-même rend le salut qu'on lui donne, dit le poète en débutant, et au milieu du cliquetis des armes, on entend le Salve. Les rochers, eux aussi, répondent à l'homme. La nature entière parle; et il développe ces idées dans des vers pleins de charme. Toi seul, tu gardes le silence quand deux lignes suffiraient. Les montagnes boisées du pays basque et la maison de neige des Pyrénées ont-elles donc changé tes habitudes? Mieux vaudrait encore que le Carthaginois dévastât de nouveau l'Ibérie. Qu'il n'entende jamais plus les douces chansons du chantre ; qu'il ne trouve plus de plaisir aux voix de la nature, celui qui t'a conseillé de garder le silence; qu'il perde lui-même la voix. En terminant, Ausone conjure les Muses de lui ramener leur poète. C'est à cette finale que Paulin rattache sa réponse, qui débute par une introduction en neuf distiques, suivis de quatre-vingt-quatre iambes (trimètre et dimètre alternant) et de deux cent vingt-neuf hexamètres. Paulin déclare qu'il a dit adieu à la muse païenne. Le cœur consacré au Christ, s'écrie-t-il, se refuse aux Muses et demeure fermé pour Apollon. Une autre force, un Dieu plus grand,