‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 5)Chapitre 156 sur 353 · Vocare vanis otio aut negotio · texte numérisé non relu

Vocare vanis otio aut negotio

Et fàbulosis litteris Vetat, suis ut pareamus legibus, Lucemque cemamus suam :

Quam vis sophorum callida arsque rhetoruin et Pigmenta vatum nubilant.

Qui corda lalsi» atque vains imbuunt Taniumquc lînguas instruunt. V. ;>;> sq.

324 saint paulin [290-1.]

Cotte épître, qui offre un grand intérêt au point de vue de l'histoire de la civilisation, est aussi vraiment poétique dans ses développements, surtout dans la partie écrite en vers iambiqueset que Scaliger no craint pas d'exalter, bien qu'il y mette une nuance d'exagération; mais cette poésie échappe à la brièveté de l'analyse que nous avons donnée. Elle renferme une hymne au Christ et de cette hymne déborde toute la puissance d'inspiration dont le christianisme remplissait alors le cœur des lettrés qui avaient soif de l'idéal et qui se donnaient à lui sans réserve. C'est là qu'ils trouvaient une source fraîche et riche de cet idéal, alors que toute autre était tarie ou troublée. Ce principe de pure humanité, dont l'hellénisme avait posé les bases et que le christianisme devait ennoblir plus tard, s'élève ici déjà en vainqueur au-dessus des contrastes hostiles des idées païennes et chrétiennes de cette époque; par là, cet écrit de saint Paulin reçoit encore une plus haute consécration que par l'urbanité pleine de tact qui distingue cette correspondance et qui montre pourtant déjà comment le midi de la Gaule était destiné à devenir un asile pour la formation delà vie sociale du moyen âge.

Donc, après avoir renoncé à la poésie profane, Paulin ne laissa pas de que s'essayer dans la poésie religieuse, attiré qu'il y était par son talent pour la forme et par une sensibilité aussi vive que mobile. Parmi ces poésies chrétiennes, il y en a une qui, par le nombre des vers et, en partie aussi, pour le fond, occupe sans conteste lapremière place : c'est un cycle de poèmes panégyriques en l'honneur de saint Félix. Il était son patron et il lui consacra un poème en hexamètres au moins pendant quatorze ans de suite (1), depuis l'an 394, où il faisait des préparatifs pour se rendre à Noie, au jour de sa fête, le 14 janvier. De ces Carmina natalitia — ainsi appelés parce que le

1. A moins d'en admettre quinze en se basant sur le passage du livre de Dungalus. De cultu imaginum (du ixe siècle) : « Paulinus, episcopus, vir eruditissimus et sanctissimus, sicut et multi de eo testati sunt, nobilem librum XV carminibus distinctum in honore et laude S. Felicis Martyris, edidit, » quoique Dungalus lui-même, ainsi que le montrent ses citations, ait compté pour deux le poème XIII. Tout dépend de savoir si l'on veut faire rapporter « Testat » aussi au nombre XV.

( li* M - 12 . | i WIMIN \ \\I\I.III\ DE S. IIM'I 'A'2'\

jour il"- la moii des saints esl considéré comme leur jour de naissance à la vie éternelle (1), — treize seulement onl été conservés en entier, ri l'un d'eux par fragments 2 . L'étendue, comme le contenu el le caractère en Boni tout différents; l;i tendance seule à glorifier I«' saint reste partout la même. Dans le premier poème (trente-neuf hexamètres), le poète demande au sain I de lui accorder un heureux vny.-i^f à Noie; dans le deuxième (trente-six hexamètres), il le remercie d'avoir exaucé sa prière; il songe, après avoir échappé aux tempêtes il«' la mer de la \ ie, à aller Be reposer pour toujours auprès <le son tombeau, comme dans un port tranquille. Dans |,. troisième (trente-cinq hexamètres), le poète décrit la fête du saint, le pèlerinage grandiose qu'on fail à Noir de toutes les parties de l'Italie, ainsi que l'église ornée de ûeurs el resplendissante de lumières. Les deux qui suivent [Carmina IV, trois cent soixante el un hexamètres, el Y. deux cent quatre-vingt dix-neuf hexamètres offrent un fond plus riche : nous y trouvons le récit de la vie du saint, récit qui ne manque pas de charme légendaire et poétique. C'est ainsi que nous v lisons par exemple (IV, v. 271 sq.) comment Félix, qui n'était alors que prêtre, sauva la vie à sonévêque, lequel avait fui pendant la persécution el se mourait d'inanition dans un bois : ce fui au moyen d'un raisin qui, par ordre de Dieu, poussa sur un buisson ; il le prit ensuite sur ses épaules el le porta dans sa maison. Il nous raconte encore comment Félix fut en outre protégé contre ses ennemis par une araignée qui tissa un filet devant L'entrée du lieu qui lui servait de retraite (V, v. 82 sq. . Malgré les développements oratoires et une certaine verbosité auxquels saint Paulin s'abandonne dans ces deux poèmes, on aime à suivre son récit facile, coulant, et exempt de l'enflure qui règne dans le style du panégyrique. Il en est de même dans le suivant, le sixième (quatre cent soixante-neuf

1. C'est ce que dit Paulin lui-même, Cann. natal., VIII, v. 1 \ sq. et XIII. v. 116 sq.

■J. \1-X1II furent d'abord retrouvés en entier par Muratori et publiés dans Anccdota ; auparavant, on n'avait que des fragments <l<s poésies XI et XIII dans 1rs citations de Dungalus. Celui que nous ne possédons qu'en partie sr trouvait aussi par fragments dans le livre de Dungalus.

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hexamètres), où le poète, après avoir fait le récit de la sépulture du saint, passe aux miracles qu'il opéra après sa mort et se contente d'en raconter un seul dans tous ses détails. On avait volé à un pauvre paysan une paire de bœufs qu'il aimait à l'égal de ses enfants. Il adresse à Félix une prière presque menaçante et le saint les lui fait retrouver. C'est là un portrait de mœurs des plus attrayants, peint avec de fraîches couleurs et qui nous montre avec quelle rapidité le culte des saints devinl populaire dans la basse Italie. Le septième (''innen (trois cent trente-cinq hexamètres) traite, lui aussi, des miracles du saint qui ont lieu surtout au jourde sa fête (1). Dans le huitième (quatre cent vingt-sept hexamètres), qui traite également le même sujet (2), le poète a peur des Goths qui ont pénétré en Italie et compte sur le secours de saint Félix. Les neuvième et dixième de ces poèmes (six cent quarante-sept et trois cent vingt-cinq hexamètres) ont encore un intérêt tout particulier, en ce qu'ils nous donnent une description approfondie de la reconstruction de l'église de Saint Félix, telle que Paulin la fit exécuter. L'ornementation picturale, dont ils traitent en détail (3), et qui était encore une rareté à cette époque, comme le poète lui-même le fait observer, est fort remarquable. Il en est de même (IX, v. 402, sq.) des reliques qui se trouvaient sous l'autel; le catalogue qu'il en dresse montre à quel degré d'exagération était déjà arrivé le culte qu'on leur rendait. Le onzième poème sur la naissance de saint Félix (sept cent trente hexamètres) a également, dans sa première partie, un intérêtplus général sous le rapport de l'histoire de la civilisation ; le récit lui-même ne manque pas d'élévation,

1. Le début seul de ce poème peu intéressant est digne de remarque; on se sent attiré par la peinture de l'approche du printemps et par celle du chant du rossignol, charmes que le poète souhaiterait à ses chants.

2. On y trouve le récit détaillé de l'histoire d'un possédé, v. 302 sq.

3. IX, v. 511 sq. Cf. X, v. 170 sq. Les tableaux étaient accompagnés de légendes (tituli) v. IX. v. 584; Paulin fit faire ces peintures, ainsi qu'il nous l'apprend, afin d'occuper les pèlerins de la campagne, qui, au jour de la fête du Saint, accouraient à son tombeau ; en considérant ces tableaux, ils avaient moins de temps à penser au boire et au manger. Par rapport aux sujets bibliques de ces peintures, v. Brockhaus, Prudence, p. 274. sq., et cf., sur l'architecture de l'église elle-même Ep. 32 et Buse, Paulin, II, p. 68 sq.

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