SULPICE SÉVÈRE
L'ascétisme avail prise sur l'imagination et sur les esprits. C'est cette force qui créa un nouveau cycle de Légendes chrétiennes et qui, chez les nations ronianisées, chassa la légende païenne ou se fondit avec elle. — Ce Livre de Sévère fut écrit du vivant de saint Martin et avant la Chronique (1), mais il ne fut livré au puhlic qu'après sa mort (400). Comme supplément à cet ouvrage, il faut compter trois lettres dont la deuxième et la troisième se rapportent à la mort du Saint. Celle de la fin, qui est adressée à la belle-mère de Sévère, fait un récit complet de cette mort.
Sévère composa dans la suite (2) un supplément plus considérable à la Vie de saint Martin : il est formé de deux dialogues (3) dont le dernier (je le démontrerai plus tard) n'a dû être publié que quelque temps après le premier. On remarque également ici les efforts que fait l'auteur pour attacher à l'aide de la forme. De même que, dans la Vie de saint Martin, pour éviter l'ennui (fastidium), Sévère n'a pas raconté toutes les guérisons merveilleuses du Saint (4), de même a-t-il, pour un motif semblable, choisi maintenant la forme du dialogue (5). Mais, en admet ttant ici ce qu'il a omis là avec préméditation, il tombe, malgré le charme de la forme, dans la faute qu'il voulait précisément éviter. Celte critique n'atteint pas néanmoins le livre tout entier ; elle ne concerne pas surtout la première partie du premier dialogue, à laquelle saint Martin reste étranger, ce qui explique la division déjà ancienne de ce dialogue en deux parties. Dès le début, Sévère raconte qu'il se trouvait danslasociétéd'unàutre moine, élève de saint Martin, un Celte, appelé par conséquent Gallus, lorsqu'il fut surpris par la visite inattendue d'un ami, Poslumianus, lequel, après trois ans
1. V. la préface de la Vie : « Et si quid ex his studiis olim (avant la conversion) fortasse libassem, totum id desuetudine tanli temporis perdidissem. »
2. La première lettre est aussi antérieure aux Dialogues; elle est en effet citée dans le premier; 1'), c. 9.
3. Dans les imprimés on a divisé en deux le premier dialogue, non seulement contre l'indication des meilleurs missels, mais contre la donnée précise de Gennade; Halm a conservé cette division en comptant les chapitres; je distinguerai donc les deux divisions du premier dialogue par Ia et l'\