‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 5)Chapitre 196 sur 353 · DEPUIS LÀ MORT DE SAINT IUGUSTIN JUSQU'A [/ÉPOQUE · texte numérisé non relu

DEPUIS LÀ MORT DE SAINT IUGUSTIN JUSQU'A [/ÉPOQUE

DE I il Mil ,EM IGNE.

Nous avons vu, dans la période précédente, que la lit i «'• — rature chrétienne-latine développa en prose el en poésie des formes spéciales pour exprimer ies pensées el les sentiments chrétiens : c'est que le christianisme s'était assimilé la culture esthétique de L'antiquité. Développées aussi, il est vrai, nous l'influence de la littérature chrétienne grecque, ces formes servirent de modèle aux temps à venir. L'histoire biblique, racontée en hexamètres, vint se dresser en face de l'épopée nationale romaine, de l'épopée mythologique et historique d'un Virgile et d'un Lucain, et devint l'épopée chrétienne; la poésie didactique de Prudence aborda les questions dogmatiques les plus importantes et lit un pendant à la poésie philo- Bophique de Lucrèce. Les œuvres de saint Paulin en l'honneur de saint Félix sont un produit de la poésie narrative et descriptive. On s'adonne à l'épigramme, sous toutes ses formes ; l'épître n'est pas non plus délaissée; la satire même est cultivée el quitte sa forme apologétique. La poésie lyrique chrétienne apparaît, avec un caractère varié, dans la poésie des hymnes, soit qu'elle revête la forme populaire de la chanson, soit qu'elle s'élève à la forme de l'ode horatienne et emprunte les ornements d'un mètre artistique; on la voit même marier l'élément lyrique à l'élément épique el Fournir ainsi le modèle de la romance nouvelle. Cette époque ollre donc à notre admi-

380 WTRODUCTIOS [341-2.]

ration une grande richesse de genres, en poésie. Parmi eux, plusieurs ont même un haut degré d'originalité ; tel est le genre épico-lyrique, et telle est encore L'allégorie didactique, arrivée, dans la Psychomachie de Prudence, à son plus haut développement. Dans la prose elle-même, où s'affirmèrent assurément de plus nombreux ouvriers, nous avons vu tous les domaines cultivés avec plus ou moins de succès. L'éloquence de la chaire, qui remplace ici l'éloquence du forum, se développa sous les formes les plus diverses : elle expliqua la Bible, le dogme, la morale et s'empara de l'enseignement général ; l'oraison funèbre entra dans ses attributions, et, avec elle, le sermon comminatoire, ou mercuriale, qui empiète sur le terrain politique. Nous y trouvons, de plus, les recherches spéculatives sous forme de traité ou de dialogue, ainsi que les écrits didactiques consacrés à exposer la morale et la philosophie populaire ; la polémique appliquée à la défense comme à l'accusation; le genre épistolaire sous tous ses aspects; la chronique et l'histoire universelle, l'histoire ecclésiastique, l'histoire littéraire, la biographie et l'autobiographie, auxquels confine la légende qui grandit dans le domaine de la poésie. Les considérations les plus importantes sur la philosophie de l'histoire y trouvèrent elles-mêmes place.

C'est seulement sous l'influence de la culture gréco-romaine et de l'Orient que la littérature chrétienne-latine avait pu parvenir à cet apogée de grandeur : l'Empire romain les embrassait toutes deux ; elles contribuèrent à développer dans la société chrétienne une foule d'idées nouvelles. Et, en même temps, le combat qui avait lieu entre des éléments incompatibles dans l'éducation, et le danger moral qui résultait de cette lutte, avaient amené un rehaussement extraordinaire dans la vie de l'âme. Il faut signaler une autre cause de cet essor littéraire ; c'était le souvenir, si vivace encore et si puissant dans les esprits, de l'antiquité, dont la forme littéraire s'imposa non seulement à la reconnaissance, mais encore à l'imitation des chrétiens. Toutefois, après la mort de saint Augustin, ces éléments qui avaient fait la grandeur des lettres chrétiennes, disparurent peu à peu. Aussi, pouvons-nous distinguer deux époques dans la littérature de cette période. Dans

[342-3. | \i 1 1\ m; thoisiimi :\H\

la première, qui embrasse environ an siècle, 8e manifeste encore un assez grand mouvement littéraire. Nous ne voyons pas, il esl vrai, se produire des idées nouvelles importantes (d'autant moins que la forer de L'autorité et la tendance hiérarchique deviennenl de plus en plus paissantes dans L'Église), mais les idées de l'époque précédente, relies de suint Augustin surtout, < ] 11 î pénètrent maintenant la société chrétienne aux prises avec le pélagianisme, continuent à alimenter ce siècle des Epigoneset à Lui donner une impulsion vers des créations nouvelles. On voit en même temps la dispute sur les deux natures du Christ, qui a révolutionné l'Orient, faire sentir jusqu'en Occident ses contre-coups; le sentiment romanom tique lui-même, dont la forme esthétique de la culture grecque était devenue une partie intégrante, se maintient toujours encore dans un certain degré, quels que soient les coups qu'on lui porte ; mais les cercles de la société dans Lesquels il se trouva se resserrent de plus en plus. Déjà les Germains inondeut l'Empire tout entier; ils s'y établissent, soit d'une manière paisible et conforme aux traités, comme les Goths, soit d'une manière violente et en conquérants, comme les Vandales. Ces derniers portent un coup mortel à la culture romaine, en Afrique; ses représentants en effet, le clergé et la noblesse romaine , se voient atteints par une persécution cruelle; dépouillés de leurs richesses, ils sont décimés par Le supplice, la fuite ou l'exil. Dans les contrées soumises aux Goths, une guerre sourde continue à régner entre la population germaine et la population romane, et cet état de choses non seulement l'œuvre de la barbarie, mais aussi celui de l'arianisme qui avait creusé, entre les deux populations, un abîme infranchissable.

Ce manque de sécurité dans les rapports de la vie publique, la pression matérielle et morale qu'exerçait déjà toute seule la présence de cet élément étranger de population, devait forcément entraver les progrès de la culture et ceux surtout de la littérature des populations romanes. Mais, d'autre part, môme après la déposition du dernier Auguste de L'Empire romain d'Occident, L'idée de l'Empire romain universel était toujours vivace en Italie, en Gaule et en Espagne : rien ne paraissait

382 INTRODUCTION [343-4/j

changé, si ce n'est qu'on s'imaginait maintenant le pouvoir concentré entre les mains des empereurs byzantins. Le peuple roman se regardait toujours comme le peuple dominateur. L'idée de l'éternelle domination de Rome, jusqu'au retour du Christ, avait été adoptée et consacrée par l'Église et par ses docteurs. La fierté des Romans des classes élevées était encore complète en face des Barbares hérétiques et plus ou moins étrangers à la civilisation ; dans le domaine social du moins, c'étaient les vaincus qui étaient les vainqueurs. Les Germains le reconnaissaient sans peine, et c'était là un signe de leur propre civilisation : ils montraient (les Goths notamment) le plus grand respect pour la culture antique dont l'Etat romain en décrépitude était le représentant; et celui-ci, malgré tout, leur en imposait encore autant que cette culture. C'est ainsi que les Goths laissèrent, autant que possible, subsister dans leurs royaume la constitution romaine : les Romans conservèrent leurs droits et, à peu de changements près, leur constitution et leur administration municipales. Le même royaume réunissait en même temps deux Etats et deux peuples, les Goths et les Romans, et le seul vrai souverain de ce royaume était le roi allemand, tandis que longtemps encore l'empereur romain en fut uniquement le souverain idéal. Les lois, la langue, la foi et les mœurs des Germains formaient comme une barrière entre eux et les Romans ; ces derniers trouvaient même, dans leur coutume et dans leur loi, une défense encore expresse de contracter avec eux des unions matrimoniales. Parmi les conseillers les plus influents du roi lui-même, on voyait des Romans. Dans cette première époque de notre période, laquelle s'étend jusqu'à l'an o30 environ, les antiques écoles traditionnelles subsistaient toujours; on les trouvait dans l'empire des Ostrogoths et dans celui des Yisigoths, c'est-à-dire en Italie, dans le midi de la Gaule et en Espagne, et, par conséquent, dans ces contrées de l'Occident où, abstraction faite de l'Afrique, la culture antique avait trouvé son meilleur asile et où la nouvelle littérature chrétienne-latine était en même temps cultivée; bien plus, elles avaient encore, du moins en Italie, la protection de l'Etat. Les rois goths, qui se romanisèrent plus ou moins, professé-

m livre ntuiMi mi: :\h:\

rcnt une grande estime pour l'éloquence romaine : rhéteurs el grammairiens furent encore L'objel déplus d'une faveur; aussi ne dédaignèrent-ils pas non plus de flatter tous les souverains, même quand ils étaient barbares.

.Mais, au commencemenl de La deuxième époque, cel étal des choses changea complètemenl «!<• face el cette modification devint funeste à la culture antique. Des Alpes à la Sicile, L'Italie, qui étail sa patrie en Occident, est bientôt désolée par une guerre pleine de \ icissiludes qui dura pies d'un quarl de siècle (535-554) et qui éclata, peu après la morl de Théodoric Le Grand, outre la Rome orientale (Byzance) et les Goths. L'Italie eut d'autant plus à souffrir que la population romane avait, soit en secret, soit publiquement, pris parti pour Byzance et provoqué ainsi la vengeance desGoths; d'autre paît, Byzance soumit même celte contrée, arrachée auxGoths, à des impôts plus écrasants que ne L'avaient fait ces derniers. L'Italie descendit au rang d'une simple province de l'Empire romain d'Orient pour devenir en grande partie, quinze ans plus tard, la proie d'une autre tribu germaine plus inculte encore, celle des Langobards. C'est à cette heure seulement que les anciens dominateurs du monde deviennent les esclaves dvs Barbares; ceux-ci traitèrent ce pays comme des conquérants impitoyables, quoique Home elle-même, Ravenne et les villes maritimes les plus importantes restassent encore sous L'autorité de Byzance. Les pertes matérielles qui affligèrent ce pays furent d'autant plus grandes, que la guerre entre les Langobards et Byzance était continuelle. La papauté seule lit survivre le souvenir de l'antique grandeur de l'Italie el de Rome ! 1).

Depuis 535, la Gaule se trouvait presque tout entière entre les mains des Francs; après avoir déjà, en i86, mis lin à la domination romaine au nord de la Loire, ils avaient, depuis les dix premières années du vi siècle, arraché le pays du sud

1. Déjà, en 430, saint Prosper d'Aquitaine annonce ce changement des choses dans les vers remarquables de son poème De ingratis (v. 51 sq.) : - les Roma Pétri, quae pasloralis honoris Facta caput mundo, quidquid non possidet armis Religions lenet.

384 INTRODUCTION [345-6 j

de la Loire aux Visigoths et celui du sud-est aux Burgondes : en 534, ils réunirent au leur ces empires, et/ deux ans plus tard, Byzance elle-même reconnut leur souveraineté sur la Gaule. Quoique ce changement de la domination germaine dans le sud de la Gaule atteignit peu les institutions politiques et les laissât subsister telles qu'elles étaient auparavant; quoique les Romains n'en éprouvassent aucun dommage matériel, cependant, le sentiment antique et romain devait enfin complètement disparaître et chercher un asile dans l'Eglise catholique. Les rapports de ces conquérants Francs, en effet, étaient tout autres vis-à-vis des Romans que ne l'avaient été ceux des Visigoths; ces derniers ne s'étaient emparés du pays qu'à titre d'alliés de Rome, et il leur avait été même cédé par elle en partie volontairement. Ce fut avec le plus grand succès que l'Eglise catholique accorda sa protection à la nationalité romane ; c'était elle qui avait facilité la victoire des Francs; dès le début, ceux-ci étaient devenus ses fils; elle avait, depuis longtemps déjà, fait avec eux une alliance secrète contre les Visigoths et les Burgondes,, qui étaient ariens; les Francs jouaient donc, vis-à-vis des autres nations germaines de la Gaule, presque le même rôle que Byzance avait joué pour l'Italie et l'Afrique. Au point de vue religieux et chrétien, ils furent salués comme des libérateurs par les Romans du sud de la Gaule, tandis qu'au point de vue national, ils ne faisaient que consolider la domination des Barbares, en la rendant même plus humiliante et plus manifeste. Sur le terrain neutre de l'Eglise catholique, qui s'élevait au-dessus des contrastes nationaux, mais qui, en fait, appartenait tout spécialement au romanisme par suite de l'assimilation des éléments de la culture gréco-romaine, la nation romane put conserver la suprématie et exercer même sur la vie politique la plus grande influence. Et c'est ainsi que nous voyons, comme à l'époque de la domination des Visigoths en Gaule, des Romans de qualité quitter la vie politique pour occuper des sièges épiscopaux, qui, sous les Francs, deviennent en partie l'apanage de certaines familles sénatoriales. — En Espagne, les rapports de l'époque précédente subsistent encore, et quoique le catholicisme y éprouve de violentes persécutions passagères, comme

.'{il)-7. \i LIVRE TBOISli mi :{H.'»

-..ms [e roi Léovigilde, !<• romanisme trouve poartanl en lui son principal appui; bien plus, avec la conversion (586) de Reccarède, fils de Léovigilde, à l'Église orthodoxe (exemple qui fut suivi par les Goths . L'influence du clergé catholique Bur l'Etal dr\ lui 1res considérable, de sorte que la romanisation des Visigoths s'accomplit bien plus rapidement que celle des autres peuplades germaines.

Sims l'influence de l'Eglise catholique, la fusion des nationalités d'où devaient sortir les nouveaux peuples de l'Occident, achève de faire disparaître l'antique sentiment de la nationalité romaine; les Germains l'avaient déjà brisé, au point de vue politique, et le christianisme, qui pénètre toujours plus profondément les peuples, le déduisit de fond en comble, au point de vue moral. Politique et morale marchent donc de pair et leur action est réciproque, Alois s'élèvent et s'ouvrent les écoles ecclésiastiques, surtout les écoles des monastères ; (dies prennent de plus en plus la place des anciennes écoles profanes, lesquelles disparaissent, àquelques rares exceptions près, dans cette deuxième époque. La culture antique est obligée de se retirer complètement sous l'aile de l'Eglise, qui lui accorde un asile protecteur et parvient à la sauver notamment dans plusieurs cloîtres. C'est là aussi que la littérature de l'antiquité se réfugie, en grande partie; les œuvres s'y multiplient même, au moyen de copies nouvelles; mais la science antique ne pénètre toutefois dans de plus grands cercles, que sous une forme modifiée par L'Église, soit à l'aide de L'école, soit au moyen d'ouvrages encyclopédiques. Sous cette forme seulement, elle était alors compréhensible pour ces cercles et leur offrait quelque attrait; et c'est seulement ainsi qu'elle fut conservée aux siècles à venir. Ainsi segardenl les fruits, à l'aide seulement d'une mixture hétérogène, qui, à la vérité, en change essentiellement le goût.

La littérature n'a, dans cette époque, et spécialement à partir du vue siècle, que très peu de représentants. Il est possible que nombre de ses produits se soient perdus : mais, il n'en es| pas moins certain qu'ils méritaient ce sort. .Non seulement L'éducation nationale avait en général baissé considérablement dans les pays qui jusque-là avaient cultivé la littérature chré-

."W(i INTRODUCTION [347-8.1

tienne-latine, mais il n'y avait plus los influences favorables du dehors; bien plus, celles qui se faisaient sentir étaient toutes pernicieuses. Au point de vue dogmatique, l'Eglise catholique était parvenue à son but; il n'y avait plus que Les intérêts pratiques qui la poussaient à maintenir sa position extérieure en face des puissances ennemies, — comme l'arianisme des Visigoths, celui dcsLongobards et enfin Byzance, — ou bien à étendre sa domination sur les Barbares encore païens. Sous le rapport politique, il y avait les combats et les luttes intérieures qui ne prenaient jamais lin en Italie et en Gaule; à cela vint s'ajouter, pour l'Espagne, au commencement du vme siècle, l'invasion des Arabes, qui arracha presque entièrement ce pays au christianisme. La littérature de cette époque serait encore plus pauvre, et la continuité de son développement même aurait semblé interrompue, si le christianisme n'avait conquis de nouveaux territoires, d'où surgirent bientôt des apôtres inspirés, qui, emportés par an enthousiasme plein de fraîcheur et de jeunesse, s'emparèrent de la culture antique transmise par l'Eglise et se sentirent entraînés à la remanier et à la répandre à leur tour : je parle des Irlandais et des Anglo-Saxons. Après que saint Patrice eut, vers 430, introduit le christianisme en Irlande, le pays se couvrit rapidement de cloîtres où les plus hautes classes, la noblesse et les Druides, se livrèrent en même temps avec enthousiasme à l'ascétisme et à la sagesse de la nouvelle religion : la vocation des Druides embrassait aussi la culture de la science nationale et celle du culte. Ces moines irlandais rapportèrent alors, surtout à partir de la fin du vic siècle, l'amour de l'ascétisme et la culture littéraire sur le continent, en Gaule, en Germanie et même dans l'Italie supérieure. Ils y fondèrent des cloîtres comme Luxeuil, Saint-Galles, Bobbio, etc., qui devinrent, pour les siècles suivants, les sanctuaires les plus importants de la culture intellectuelle. Vers la même époque, des Bénédictins de l'Italie, envoyés directement par le Pape, commencèrent la conversion des Anglo-Saxons : les Irlandais y participèrent, et leur transmirent, à eux aussi, leur amour de l'ascétisme et de la science. La jeune Eglise anglo-saxonne resta en relation suivie avec l'Italie ; c'est

[348. | m i.i\ m. i ii,,isii \n :IH7

ce qui la protégea contre la partialité «I«' l'Église irlandaise. \insi. a partir des trente dernières années du vut siècle, Les moines anglo-saxons, suivant l'exemple de leurs maîtres, les moines irlandais, se consacrèrenl comme eux aux missi >ns et dépassèrent bientôt la gloire do ces maîtres. La science ecclésiastique elle-même, qu'ils, avaient reçue d'eus en grande partie, produisit chez les Ajiglo-Saxons des (Yuiis bien plus riches : ce sont les A.nglo-Saxons <|iii, dans les temps les plus sombres, continuenl d'une manière remarquable la littérature chrétienne-latine el lui conservent la vie pour la transmettre plus tard au siècle «les Carlovingiens ; ce sont eux en même temps qui, les premiers parmi les nouveaux peuples de l'Occident romano-germain, héritiers et représentants de la culture universelle, produisent une littérature nationale.

On peut voir clairement par là comment cette période de la littérature chrétienne-latine est une période de transition dans l'histoire de la littérature universelle; considérée à ce point de vue, la deuxième époque surtout offre un grand intérêt historique. Un trait nouveau et qui lui est particulier, un trait qui se rattache immédiatement à son caractère général et se manifeste déjà vers la fin de la première époque de cette période, consiste dans l'influence qu'exerce sur la Littérature chrétienne-latine l'élément populaire germanique et celtique: celle influence doit être attribuée soil aux matières de certains ouvrages, soit aux auteurs qui appartiennent à ces nationalités ou qui, du moins, écrivent sous leur inspiration. Par là cette littérature des Kpigones acquit les éléments d'une vie nouvelle et pleine de fraîcheur. Il y a dans cette deuxième époque de notre période, une particularité qui ne se rattache pas moins à son caractère général, c'est, pour m'exprimer brièvement, la Vulgarisation de la littérature chrétienne-latine, c'est-à-dire de certaines de ses branches qui seules pouvaient être popularisées en se prêtant à la transmission orale, comme l'hymne, le sermon et la légende (1).

I. Ozanam, La civilisation an cinquième siècle. — La civilisation chrétienne chez les Francs. Œuvres, 2" éd., Paris, 1855. Tom. 1 et II, IV, — Dalin, Die Könige der Germanen. Vol. I-Vl. Munich, 1861, sq.

388 SAINT PBOSPEB 349.]

Page 1