CL. MARIUS VICTOR [356-7.J
Eve provoque Adam à le tuer, lui qui a introduit la mort dans le monde. Ils lui lancent des pierres et le serpent cherche à se cacher entre des rochers ; il réussit à s'échapper ; mais un coup de pierre ayant atteint un silex, une étincelle jaillit aussitôt, et la forêt est bientôt en flammes. C'est pleins d'effroi et d'étonnement que nos premiers parents voient d'abord le feu et contemplent sa puissance. L'incendie, qui s'attaque même à la racine des arbres, ouvre le sein de la terre et leur découvre les trésors de ses métaux; puis, tombe une pluie bienfaisante qui fertilise le sol et lui fait produire les premières moissons. — A elle seule, cette partie prouve que l'auteur était capable de conceptions poétiques et qu'il savait leur donner, suivant les modèles classiques, une expression convenable, soit dans la langue, soit dans le vers, qu'il manie avec facilité. La rhétorique, il est vrai, qui, depuis l'âge d'or, domine la poésie romaine et surtout l'épopée, ne s'en montre que mieux dans les œuvres des Epigones postérieurs; en face de la naïveté si simple du récit biblique, celle pompe extérieure de langage, telle qu'elle se trouve ici, nous apparaît sous un jour d'autant plus défavorable; mais les Romains contemporains y trouvaient leur plaisir. Par ce moyen encore le poète parvenait à élargir la matière (1).
On attribue encore au même auteur un autre poème intitulé : Epistola de perversis sitae aetatis moribus ad Salmonem abbatem. Cet opuscule de cent cinq hexamètres ne saurait, à proprement parler, être désigné sous le nom d'«Épitre, » car, quoique présentée sous la forme d'une conversation entre le poète et l'abbé, c'est une parfaite satire, dans le style des épîtres d'Horace : le premier, il est vrai, a presque seul la parole. De retour dans sa patrie, après une longue absence, le poète veut faire une visite au moine Thesbon, son ami, qui lui a donné l'hospitalité : c'est ce que nous apprend l'allocution de l'abbé au début du poème : il indique au poète le chemin, et celui-ci en profite pour s'entretenir avec lui du déplorable état dans lequel
t. C'est ainsi qu'à l'occasion de la délivrance de Loth par Abraham (Gen., c. 14), le poète nous fait la description d'une bataille en prenant, comme toujours du reste, Virgile pour guide, III, v. 387 sq.