CHAPITRE V
ALCIMUS ECDIDIUS AVITUS.
l'n contemporain immédiat de Dracontius, qui prit aussi diverses parties du premier livre de Moïse pour sujet <!<• Bea vera, fui le gaulois Alcimos Ecdidius A\uis(l). Issu d'une famille sénatoriale de l'Auvergne, il occupa, en WO, I«' siège épiscopal de Vienne, que son père, et peut-être même son grand-père, avaient déjà occupé avant lui. Il était une des plus fermes colonnes de l'Eglise catholique, dans l'empire bourguignon : non seulemenl il la défendit contre les hérésies, avec un zèle tout orthodoxe; mais il lit, en sa faveur, une propa-
nde couronnée de succès, même en employant des moyens qui jettent surson caractère une lumière douteuse. Il fut un de ceux qui, indirectement du moins, facilitèrent à Clovis la conquête du sud de la Gaule. Il lui adressa, pour célébrer son baptême, une lettre Qatteuse, dans laquelle il ne craint pas d'avancer que la divine Providence l'a envoyé pour être, à celte époque, le juge qui doit décider où se trouve la vraie foi chrétienne, et que le catholicisme est redevable, au choix qu'il a fait, de triompher des sectes (2). Sain! A vite survécut au roi bourguignon Sigismond, lequel mourut en 523 ; il parait qu'il était encore en vie en 52o (3).
Parmi les œuvres poétiques de saint Avite, deux seulement
1. Âviti opéra cura etstudio J. Sirmondi, Paris, 1643. — Parizel, S. Avite, sa vie et ses écrits, Louvain, 1859. — Cucheval, De S. Aviti operibus commenta)- ins. Paris, 1863 . — Guizot, Histoire de la civilisation en France, 18e leçon. — Ampère, op. cit., tom. II, p. 178 sq. — Binding, Geschichte des burgundischen Königreiches, Leipzig, 18G8, p. 1<>8 sq. — Charaux, Saint Avite, étéque de Vienne, sä vie, ses œuvres (Thèse). Pans, 1876.
~. a Invenit quippe tempori nostro arbitrant quemdam divina provisio. Dumvobis eligitis, (.minibus judiealis : vestra ûdes, nostra Victoria est. » Ep. 41,
3. V. Binding, p. 2G0; il traite en détail la vie, le caractère et la signification politique de saint Avite.
420 SAINT AVITB [377-8.]
sont parvenues jusqu'à nous; il est même probable que ce sont les seules qu'il ait éditées (1). La plus remarquable, comme la première en date, est un poème en hexamètres et en cinq livres, auquel saint Avite, dans une lettre, donne le titre général de De spiritalis historiac gestis(2), tandis que, d'après saint Isidore (3), chaque livre avait le titre suivant : lib. I. De origine mundi; — lib. II. De originali peccato ; — lib. III. De sententia Dei; — lib. IV. De diluvio mundi; — lib. V. De transita maris ruôri. Les trois premiers livres, ainsi que le montrent ces titres, ont entre eux un intime rapport; il en est de même des deux derniers, de sorte qu'on peut distinguer deux divisions dans cet ouvrage et que la première offre le caractère d'une œuvre poétique complète. Elle est, en outre, quant à la disposition du moins, l'œuvre poétique la plus considérable entreprise sur la Bible par l'antique poésie chrétienne. Nous nous trouvons ici en face d'une véritable conception poétique et indépendante à laquelle la Bible ne fournit que la matière, laquelle est passée dans une composition marquée au coin de l'unité et très bien disposée. Le paradis perdu en est effectivement le sujet, le même que traitera, plusieurs siècles plus tard, un plus grand poète en y imprimant quelques traits qui n'avaient pas échappé à saint Avite (4).
1. C'est ce qui résulte de la lecture comparée de la préface des deux ouvrages. On voit par celle du premier que, jusque-là, il n'avait encore rien publié, quoiqu'il eût écrit maints petits poèmes ; ou bien il les avait perdus, ou bien il ne les destinait pas au public. La préface du second dit que cet ouvrage vint immédiatement après le premier et ne fut publié que pour un petit cercle de personnes en relation avec le poète. On y lit même, à la fin, que l'auteur abandonne définitivement la versification, qui, depuis longtemps déjà ne se concilie plus avec sa dignité et ne convient plus maintenant à son âge ; il faudrait unmotif très urgent pour le forcer à composer une épigramme, et une épigramme dans le vrai sens du mot.
2. Ep. 45 : « Scribebatis placuisse vobis libellos, quos .. de spiritalis historiae gestis etiam lege poematis lusi. » Cette épître est antérieure à 507 (cf. Binding, p. 296); le poème n'a donc pas été édité après cette date; il ne l'a pas été non plus longtemps auparavant, vu que l'édition du deuxième poème suivit immédiatement celle du premier, et que la préface de celui-ci (v. remarque précédente) nous indique l'âge de l'auteur. Il avait toutefois été compose longtemps auparavant (v. la préface), et par conséquent dans la dixième décade du ve siècle.