‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 5)Chapitre 228 sur 353 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

ORIENTIUS

A côté de la poésie épique, qui, par le nombre comme par la valeur de ses ouvrages, se place au premier plan dans la poésie purement chrétienne de cette époque, nous voyons apparaître, au deuxième plan, la poésie didactique; le chemin qu'elles suivent se croise plus d'une fois, car, à cette époque, la poésie chrétienne en général n'a qu'un but, celui d'instruire. Ace domaine appartient encore un ouvrage, écrit également par un Gaulois et qui ne manque pas d'offrir un certain intérêt historique général. C'est le Commonitorium d'OaiENTius ( 1) : tel est en effet le nom que l'auteur se donne lui-même à la fin de son ouvrage, lequel est écrit en distiques et comprend deux livres (six cent dix-huit, et quatre cent dix-huit vers). Qu'il fût de la Gaule, et qu'il ait vu personnellement dans ce pays les conquêtes dévastatrices des Goths, dont il ne fait mention qu'en frissonnant, c'est ce qui ressort du poème lui-même. A n'en pas douter, il a eu sous les yeux, pendant qu'il composait, le poème De Providentia, et il l'a eu justement pour le passage où il décrit ces ravages; ainsi donc, c'est après les vingt premières années de ce siècle que l'auteur a écrit son poème (2). Toutes ces dates, de même que le caractère de ce poème, conviennent à cetOrien-

i. Dans le Thesaurus novus anecdotorum, tome V, stud. et opéra M;irtène et Durand. Paris, 1717, in-fol.

2. V. plus haut, p. 340. j'incline à placer le Commonitorium entre 330 et 340. L'auteur produit tout à fait l'impression d'un vieillard.

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tius, évêque d'Auch, dont une ancienne Vie (1) nous apprend que, dans un âge avancé, il entreprit pour Théodoric Ier, roi des Goths, une mission auprès des généraux romains, Aëtius et Litorius, lesquels le serraient de près (437-439) (2). Cette Vie est en complète harmonie avec le poème, lorsqu'elle nous informe que Orientius,« après avoir secoué les chaînes de la luhricité (lubriciias), se consacra, avec un sens chaste, tout entier à Dieu. » L'auteur du poème, en effet, confesse avoir senti lui-même les attaques de la chair, contre lesquelles il cherche à prémunir d'une manière très circonstanciée (3).

Voici quel est le contenu de ce poème. L'auteur veut nous enseigner le chemin qui conduit aux récompenses de la vie éternelle. Dans ce but, il prie Dieu et Jésus-Christ de vouloir l'assister. Pour l'homme, il y a un double chemin; parcourir une vie terrestre et une vie future, tout comme il aune double nature, un corps animal attaché à la terre et une âme vivifiée par le souffle de Dieu. Nous naissons pour chercher Dieu; nous le cherchons pour le connaître ; nous le connaissons pour l'adorer. Mais comment devons-nous l'adorer? Il suffit de croire en lui avec un cœur pur. De là, découle l'amour de Dieu et du prochain : ce n'est que de cette manière que nous pouvons remercier Dieu de ses nombreux bienfaits. Le poète nous fait ensuite une description détaillée de ces bienfaits de Dieu, ainsi que de l'amour du prochain. Agissez de manière, continue-t-il en montrant le but du droit chemin, agissez de manière à mériter d'être reçu, après la mort, dans les demeures éternelles. L'homme ressuscitera avec son corps. Ici le poète donne les preuves connues de l'immortalité, surtout celles qui sont tirées de l'ordre naturel. Si donc, après la mort,

1. La première, dans les Acta SS. (Maii, t. I), v. § 3. D'après cette Vie, Orentius se distingua, comme évêque, par la conversion des païens ce qui démontre apparemment ses travaux apostoliques au commencement du siècle, et ce qui cadre avec le grand âge qu'il avait, vers l'an 40 du ve siècle.

2. La date ordinaire est 439 ; Dahn (l. cit.) semble adopter 437.

3. V. p. 28, B. — Il n'y a qu'une critique sans fondement, facilitée souvent par une vanité nationale ridicule, qui ait pu voir dans Orentius, un Espagnol, évêque d'Illibéri ; n'avait-elle pas procédé ainsi à l'égard de Dracontius? On trouve des appréciations de cette force dans Y Histoire critique de la littérature espagnole, par Amador de los Bios !

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il existe une vie éternelle; s'il 3 a une récompense pour les justes el un châtiment pour les méchants; faites fous vos efforts pourne pas dévier du droil chemin. Évitez les plaisirs sensuels, voilà la première condition. Fuyes avant ton! les beaux visages, car les yeux prennent t'en et enfantenl le péché. N'est-ce pas la femme < | ni est la cause première de toui le mal ? C'est par elle que l'homme a perdu le paradis et mérité la mort. Que de peuples ont été précipités dans le malheur par le visage d'une femme ! C'est ce que le poète ne croit pas devoir redire en détail (1). Il se contente de rappeler le souvenir des exemples de l'Ancien Testament, exemples qui nous montrent l'amour honteux conduisant à la ruine. La croix doit servir de bouclier et de glaive contre Ac telles tentations : le poète les a également éprouvées. Que chacun pense que ces jouissances terrestres, dont Orientius fait ici la peinture, sont passagères, tandis que les peines de l'enfer ne uniront jamais. Que si, chaste do corps, « vous avez foulé aux pieds » les jouissances sensuelles, il vous reste encore à secouer l'autre partie du fardeau qui pèse sur votre cœur. Cette transition amène le poète à parler des autres vices qu'il faut éviter : il met d'abord en garde contre l'envie, « la mère de tant de crimes, » et il s'arrête davantage encore dans la peinture qu'il nous fait de l'avarice (avaritia) (2) : méprisez les trésors du monde que vous ne possédez pas en vérité, puisqu'il vous faudra, en mourant, les laisser après vous; songez plutôt à en amasser pour l'éternité.

Dans le livre deuxième, Orientius cherche encore à prémunir contre la vanité, le mensonge, la débauche, l'ivrognerie ; il nous fait même, de ce dernier vice, une peinture effrayante dans ses détails, en nous plaçant sous les yeux le portrait d'un

1. Il fait allusion à Sémiramis, d'une manière qui nous rappelle Dante:

Cum pentes nulla Domini sub lege, nec ullis

Sanetorum ad vitam perdomitas monitis, Qua t'uror impulerat, lascivus daceret error,

Esset et hoc licitum quod fuerat libitum. P. 27, B.

2. Les nombreux détails qui, en dehors de la luxure, sont consacrés à ce vice, montrent suffisamment par eux-mêmes ce qu'on avait à souffrir de l'avarice, à cette époque. .Maints poèmes nous en ont déjà offert la preuve.

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