‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 5)Chapitre 291 sur 353 · Exigens nuper nova me movere · texte numérisé non relu

Exigens nuper nova me movere

Metra quae Sappho cecinit decenter

Cur mihi injungis lyricas melodas Voce qui raucamodovix susurro, Eloqui chordis mea dextra nescit Pollice dulei (I. IX, c. 7).

2.. L. II, c. h sq., deux en hexamètres, un en distiques ; ils offrent peutêtre quelque intérêt au point de vue archéologique. A cela il faut ajouter encore une autre pièce de ce genre (1. V, c, A), qu'il explique lui-même, dans une lettre qu'il envoya à l'évêque, en même temps que les vers.

3. C'est ainsi qu'on trouve l'épanalepse et, une fois même(l. V, c. 15), ce pentamètre : « Culmen honore tuo, lumen amore meo. » L'allitération, qui a une tout autre valeur, n'y est pas rare ; dès le début du premier poème, v. 3, par exemple, où elle devient, il est vrai, un véritable jeu : « Cum te Vitalem voluit vocitare vetustas; » elle a un tout autre mérite dans lev. 3 de l'hymne de la Passion : « Quo carne carnis conditor. »

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de Sulpicc Sévère jusqu'à la lin du eh. 1K; le livre II (quatre cenl quatre-^ ingt-onze vers) contienl la fin deeettevie de Sulpice. Le premier dialogue de Sévère, en tout ce qui a trait à saini Martin, fournit la matière «lu livre IE cinq cent vingt-neul vers) de Fortunat, tandis que le livre IV (sept cent douze vers) a pour base le deuxième dialogue. Une préface en distiques, adressée a Agiles et à Radeg onde, noua apprend que ce n'est qu'à la suite d'un vœu que le poète a eu le courage de tenter celle difficile entreprise; il s'y compare à un pilote Inexpérimenté sur une mer orageuse, image qu'il ne perd point de vue cl qu'il sait aussi mettre a profit au début des livres suivants. Il n'apporta pas néanmoins une attention bien soutenue dans l'accomplissement de son vom, puisqu'il termina son ouvrage en deux mois, ainsi qu'il le dit lui-même dans une lettre qu'il adresse à saint Grégoire en même temps que son poème. Dans cette même lettre, il dit que Sulpice Sévère est l'auteur où il a puisé, tandis qu'il n'y dit rien des vers de Paulin de Périgueux. El pourtant il les a mis à profit, en lui empruntant parfois soit la pensée, soit l'expression (1). Son procédé est tout autre, il est vrai, vis-à-vis de Sulpice Sévère. Paulin conserve soigneusement la marche du récit, et enchaîne même parfois les anecdotes pieuses, ce qui n'a pas lieu toujours dans Sulpice Sévère; saint Fortunat, par contre, met de côté les membres intermédiaires, qui relient le récit de Sulpice, pour ne raconter que les actions merveilleuses de saint Martin, l'une à la suite de l'autre et sans liaison qui les rattache; il procède exactement comme Sédulius et Arator, dans leurs poésies, et comme il l'avait fait lui-même dans ses panégyriques en l'honneur des Saints (2), ainsi que dans ses légendes en prose.

Ce qui lui importe avant tout, ce n'est pas tant de donner

1. Cf. par exemple, Fortunat, I. 1. v. 66, et Paulin, 1. 1, v. 100 ; Fortunat, 1. I, v. 68 <'t Paulin, 1. I, v. 139; ou bien Fortunat, 1. I. v. '.O : Ne timeam timidum sir) timor est Deus arma timentum », et Paulin, 1. I, v. J2i : <- Metuens Dominum contemno periclum. Ni- timeam timor ille facit. » On ne trouve pas cette pensée, dans la vie de saint Martin par Sulpice. L'image même «le la mer, dont nous avons parlé, est empruntée à Paulin.

■J Cf. plus haut, page 557.

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une biographie, que de consigner dans ses vers les actes de piété et les miracles de son héros; aussi est-ce par là qu'il débute, sans se soucier du reste, et prend-il plutôt pour modèle les Dialogues, que la Vie de Sévère. Que dis-je ! Fortunal suppose très souvent que le lecteur est au fait de l'œuvre de Sévère, tout comme Sédulius l'a supposé au courant de l'Evangile, attendu que, sans cette connaissance, bien des passages de son poème restent incompréhensibles ou sont du moins bien peu clairs. C'est là le motif qui explique pourquoi Fortunataune tendance à abréger son modèle tandis que Paulin, nous l'avons vu plus haut (p. 429) incline à le développer: aussi son poème comprend-il, pour le même sujet, trois fois moins de matière que les cinq premiers livres de Paulin, qui lui correspondent.

Dans ce poème de Fortunat, il y a deux parties originales qui offrent un intérêt tout particulier : le début du premier livre, où le poète parle de ses prédécesseurs dans ce domaine de la poésie chrétienne, de Juvencus, de Sédulius, d'Orientius, de Prudence, ce chantre des martyrs, de Paulin de Périgueux, d'Arator, d'Avitus et enfin de lui-même, de ses talents et de ses études. Ce qu'il dit de lui-même est d'une modestie passablement exagérée. La fin de son poème nous fournit un complément à ces dates de sa biographie. Après un éloge détaillé des vertus de saint Martin et une prière pour implorer son intercession, Fortunat apostrophe ici son livre lui-même (1. IV, v. 269 sq.) ; il lui indique le chemin qu'il doit prendre pour parvenir, dans sa patrie, entre les mains de ses amis, auxquels il l'envoie. C'est apparemment le même que celui que lui, Fortunat, a pris en se rendant autrefois de l'Italie à Poitiers, vu surtout que la route concorde en tout point, dans son tracé principal, avec les indications générales qu'il en donna à saint Grégoire dans l'écrit cité plus haut (p. 2, r. 554). Le poète n'oublie pas, à cette occasion de parler de la guérison de ses yeux à Ravenne (v. 694 sq.). Il est possible que le poème lui-même soit une œuvre de reconnaissance. La conclusion nous informe qu'il doit en même temps fournir aux amis une ample matière pour célébrer saint Martin, dont la gloire, il est vrai, n'a plus besoin de vers. Fortunat avait néanmoins

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rintentioo de faire appel à sa muse et même d'élargir, comme Pavait fait son prédécesseur, le cadre de son ouvrage, * ' 1 1 niellant aussi en vers » ce que Grégoire avait écrit sur 1rs vertus de saint .Martin; » voilà pourquoi, dans une lettre qu'il écrite saint Grégoire pour lui annoncer l'envoi de son poème, il le prie de lui faire tenir son ouvrage.

Quant à la diction el au stj le, le poème de Fortunat se distingue essentiellement de celui de Paulin : le récil du dernier est aussi simple que celui du premier es! prétentieux. Pour faire plus d'honneur à son patron, Fortunat a fait ici appel à tous les art i tiers de sa rhétorique, métaphores, images, comparaisons poussées jusqu'au pathos, antithèses et jeux de mots de toute sorte, renforcés souvent par l'allitération, etc. : tout cela devait fortement en imposer à son siècle. La rime léonine vient elle aussi parfois se mêler à ce concert (1). Ces artiliees, dans leur accumulation surtout, ne sauraient sans doute trouver grâce devant un goût un peu pur; niais il est au moins vrai de dire qu'ils donnent à la narration de l'auteur une vie et un charme si piquant (pie cette matière, toute connue qu'elle est, en reçoit un attrait tout nouveau.

Si nous jetons ici un coup d'œil général sur les productions poétiques de Fortunat, nous devrons avouer, n'y eût-il d'autre preuve que celle qui est fournie par tous ces artifices oratoires, que cet auteur possédait un grand talent pour la forme et qu'il avait par conséquent une véritable aspiration à trouver l'expression poétique. Mais ce bon vivant n'avait, même après avoir revêtu l'habit ecclésiastique, ni le sérieux de la pensée ni la profondeur de l'esprit; il ne les trouvait du moins que par exception, sous l'influence de sainte Radegonde. L'absence d'un entourage plus lettré, dont il se plaint lui-même, porta Fortunat. ce poète admiré de tout le monde, à employer d'autant plus légèrement à son propre avantage le talent qu'il avait pour la forme. Mais, par le grand nombre de ses poèmes,

t. Cf. plusbaut, page 573, rem. 1. Quelques autres exemples d'artiBc

oratoires, I. 1, v. 81 : « Atque suas praedo Martini praeda fil ultro ; » ou bien, 1. I, v. 103 : «... Sic umbra rugit, quam Christus ohumbrat ; » ou encore, 1. I. v. loi, où il dit de l'ascète : « Ht mente viru iutrase sua mortua mors est, » etc.

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lesquels se répandaient dans loulc la Gaule, à titre i\r poésies d'occasion et d'épîtres, il a réveillé, en ce temps d'arrière-saison de la culture antique et littéraire, le goût de la poésie, lequel s'était perdu. Son action se fait sentir non seulement sur les poètes Anglo-Saxons, mais même jusque sur ceux de l'époque carlovingienne. La prépondérance que le distique eut chez ces derniers remonte à l'influence de Fortunat.

Notre poète composa également des Vies de saints, en prose. Toutefois parmi celles qui nous sont parvenues sous son nom, il n'y en a que quelques-unes qui puissent lui être attribuées avec certitude. Si la vie que nous possédons de l'évèque d'Anjou, Albinus(c'est celle qui, au dire de Grégoire de Tours (1), fut composée par Fortunat) est vraiment son œuvre, il faut dire que c'est là son premier essai dans ce genre de littérature en prose. Or, quelque prudente que doive être, en ses recherches sur ce domaine, la critique littéraire et historique, je n'ai pas de motif sérieux d'en douter : aussi, vais-je plus loin et prétends-je que c'est là son premier essai dans la prose en général, ainsi que nous l'apprend le prologue (2) adressé à un « homme apostolique », lequel avait engagé l'auteur à entreprendre cette Vie. C'est également dans ce prologue que nous trouvons exposée la tendance que doivent avoir ces Vies : elles doivent être écrites « pour l'édification du peuple, » afin que celui-ci vénère ce qu'il y a de vénérable dans les saints et qu'il reconnaisse ses propres fautes en comparant sa vie à celle des saints. Mais, dans sa narration, Fortunat attache plus d'importance à l'édification du peuple qu'au côté moral.

Albinus était déjà mort (vers le milieu du VIe siècle) avant l'arrivée de Fortunat en Gaule; aussi fut-ce d'une autre personne, lettrée elle aussi, que l'auteur reçut les matériaux pour écrire la vie de cet évèque. C'est également sur destémoignagnes écrits que repose la vie (2) de Marcellus, évèque de Paris

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