‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 5)Chapitre 295 sur 353 · SAINT GRÉGOIRE LE GRAND · texte numérisé non relu

SAINT GRÉGOIRE LE GRAND

dans la mesure de ses forces et avec la plus grande énergie, sur la conduite du haut et du bas clergé; mais encore il prit soin du bien-être matériel de la ville; il la préserva d'une famine en y faisant pénétrer une immense quantité de blé, et de l'invasion des Lombards par l'habileté de sa politique et l'emploi du trésor de l'Eglise romaine, qu'il administrait d'une manière admirable. Il sut également parvenir « à se faire reconnaître en silence comme le chef de la Rome politique ellemême (1); » et, en fondant ainsi la puissance temporelle de la papauté, il sut aussi préparer l'indépendance de Rome vis-àvis de Byzance. Il affermissait et fortifiait par là d'une manière extraordinaire la hiérarchie de la papauté elle-même, qu'il aspirait du reste à répandre et à consolider par sa modération et par son influence morale, et les résultats qu'il obtint furent plus salutaires à cette époque qu'ils ne l'auraient été plus tard, notamment au point de vue de la culture. Nous en avons déjà un exemple dans la conversion de l'Angleterre, qui fut l'œuvre des missionnaires envoyés par saint Grégoire. Dans ces temps de désorganisation et de décadence de la culture intellectuelle et morale, il fallait, dans l'Église, une centralisation puissante et une grande autorité morale. Mais ce qui devait aussi être de la plus haute importance au point de vue de la culture scientifique, et ce qui le fut en effet, ce fut l'alliance plus étroite et durable de l'Ouest occupé par les Germains, avec la patrie et le siège de l'antique culture, je veux dire, l'alliance avec l'Italie et avec Rome.

Etant donnés le développement et la force que reçut le prestige de la papauté par le ministère de saint Grégoire, il est facile de comprendre la grandeur de ses efforts pour améliorer et étendre la liturgie. Ces efforts portèrent principalement sur la messe, aux cérémonies de laquelle il donna le premier leur complet développement, ainsi que sur le chant ecclésiastique, spécialement sur celui qui a rapport aux cérémonies de la messe. Mais ce qu'on peut dire avec certitude, c'est seulement que saint Grégoire ne fit qu'organiser, et n'introduisit pas comme une chose toute nouvelle, ce genre de chant « simple

i. Gregorovius, op. c , p. 58.

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et ferme, » qu'on appela, de Bon nom, chant grégorien , et qui s<> distingue du chanl ambrosien en ce que toutes 1rs cotes sont chantées d'une manière égale, sans aucun égard pour I«' i\ thme, ni pour le mètre. Ce n'étaii donc pas une nouveauté, car il va sans dire que la psalmodie traditionnelle «lu judaïsme avait dû, dès le début, servir de base pour le chant des

lignes en prose de la Bible. <m ne doil pas supposer plus

que saint Grégoire ait fait disparaître de l'Église le chanl ambrosien, ni même qu'il en ail eu L'intention : n'a-l-il pas composé lui-même des hymnes métriques dans le nenre de celles île sainl Amhroise, et ces hymnes n'ont-elles pas élé chaulées do la même manière que des hymnes ambrosiennes? .Nous montrerons, en temps et lieu, que l'organisation et l'inlroduction affermies du chant grégorien dans l'office divin, el notamment dans la messe, ont eu la plus grande importance au point de vue de la poésie populaire. De plus, non seulement il rédigea de nouveau le Sacramenlaire (Sacramentarium) de l'Eglise romaine, c'est-à-dire les préfaces e1 les prières de la messe, mais il composa en ou Ire un Antiphonaire [Antiphonariiini) ou recueil d'antiennes chantées pendant la messe (1). 11 n'entre pas dans leVadre de notre travail de faire une étude détaillée des efforts de saint Grégoire pour rehausser la liturgie; mais, comme conséquence de ces efforts, il faut citer un institut important, qui lui dut sa création; c'est une école de chant, dans laquelle étaient formés, sous la coopération spéciale de sainl (irégoirc lui-même, des chantres pour l'église« Cette école était destinée, en première ligne, à de jeunes garçons orphelins ; aussi prit-elle le nom de Orphanotrophium. Cet établissement, richement dolé par lui, resta très florissant et devint un modèle et une pépinière pour les écoles de chant de l'Occident. C'est ainsi que saint Grégoire, qui mourut en 601, a une grande portée, même par son activité sacerdotale si multiple, pour la culture du moyen Age et indirectement aussi pour sa littérature.

De même que saint Grégoire, par cette activité de son pontificat, par la marche de son développement et par maints

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