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traits du caractère, nous rappelle immédiatement saint Ambfoise; de même on peut comparer ensemble ces deux grands hommes, dans leurs productions littéraires. Ici également c'est le seul but pratique à atteindre qui fait écrire saint Grégoire. Et ce but est, en parti«;, le même quo celui que poursuit saint Ambroise, et saint Grégoire marche, dans quelques-uns de ses ouvrages, sur ses traces. Voilà pourquoi lé contraste qui se dessine, malgré cela, dans les écrits de ces deux princes de l'Eglise n'en est que plus frappant. C'est le résultat d'une différence non seulement des talents intellectuels, plus élevés il est vrai dans saint Ambroise; mais encore et plutôt, le résultat d'une différence dans la culture, laquelle était moins l'œuvre des personnes elles-mêmes que celle du siècle où elles vécurent. Dans saint Ambroise, nous trouvons encore, malgré une éducation et des idées sévèrement chrétiennes, un reflet esthétique des modèles classiques de l'antiquité, surtout de Cicéron et de Virgile ; lui aussi était avant tout un homme de pratique; et pourtant, il nous fait voir une tout autre culture intellectuelle au point de vue théorique; plus élevée, elle est jointe à une connaissance parfaite du grec; saint Grégoire ne savait pas cette langue, quoiqu'il eût Séjourné longtemps à Constantinople.
Cette différence, résultat de la décadence de la littérature générale en Occident, se montre aussitôt sous tout son jour dans un ouvrage en prose de saint Grégoire, qui appartient complètement au domaine de la littérature générale et qui a exercé l'influence la plus grande et la plus immédiate sur la culture du moyen âge et sur ses littératures. Il est en même temps le plus original de tous ceux qu'il a composés. Ce sont ses Dialogues (Dialogi), en quatre livres. Dans la plupart des manuscrits, on trouve ce titre suivi de l'addition suivante qui en détermine le sujet : De vita et miraculis patrum Italicorum et de aeternitate animarum. C'est donc un recueil de légendes. L'introduction nous fournit des renseignements sur la forme, }a naissance, la tendance et les sources de l'ouvrage, qui fut écrit en 593-94. Saint Grégoire nous y raconte comment un jour , pendant son pontiiicat, accablé par les affaires temporelles, il se retira plein de tristesse dans la solitude. Là vient le trou-
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ver un ami de jeunesse, son diacre Pierre. Il lui ouvre son cœur : combien il ;i perdu, bu renonçant forcément ;ï la vi«' du cloître, à ta \ ie contemplative ! El ce qui augmente sa douleur, c'est de voir le degré de ]ierfection au<|iiel sont arrivés quelques-uns (le ceux qui se sont coinjdeleineiil retirés du monde.
Pierre donne la réplique au pontife, et ici commence le dialogue. C'est à peine, dit le diacre, s'il connaît, en Italie, des hommes tels que ceui dont parle saint Grégoire, et dont la vie ait brillé par l'éclat des vertus, c'est-à-dire par les miracles. — Saint Grégoire pourrait lui en nommer un grand nombre, soit d'après le récit de témoins sérieux et amis de la vérité, soit d'après sa connaissance personnelle. — Pierre le supplie de le faire ; ce ne sera pas du temps perdu que de surseoir un peu à l'élude de la Bible, car de tels récits édifient, et saisissent même certaines personnes plus que ne le font des sermons. — Saint Grégoire fait encore remarquer que, s'il ne se fait pas scrupule de rapporter plusieurs traits d'après le témoignage d'autrui, il ne fait que suivre en cela l'exemple de saint Marc et de saint Luc; néanmoins, pour couper court à tout doute, il nommera ses autorités, ce qu'il fait elfectivenient en plusieurs cas particuliers; toutefois, dans une partie de ces témoignages, il n'a fait que reproduire le sens et non les paroles des témoins, à cause de la « rusticité » des expressions (I). On voit par là que saint Grégoire tient, en partie du moins, ses récits de la bouclie du peuple. Il entre donc aussitôt en matière, et la conversation avec ce diacre tout à fait inconnu prend de plus en plus un rôle secondaire : ello sert, en partie, à faire des applications pratiques et morales du récit, en partie à fournir simplement un moyen de transition d'une histoire à l'autre.
Quant à la division de l'ouvrage, il faut remarquer que le deuxième livre est entièrement consacré aux miracles de saint Benoît de Nursie, tandis que le premier et le troisième sont occupés par le récit de quelques miracles de différentes personnes pieuses qui toutes, à l'exception de saint Paulin de Noie
1. « Quia si de personis omnibus ipsa specialiter verba tenere voluissem, haec rusticano usu prolata Stylus scribentis non apte susciperet. »