‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 5)Chapitre 297 sur 353 · SAINT GRÉGOIRE LE GRAND · texte numérisé non relu

SAINT GRÉGOIRE LE GRAND

(1. III, c. 4), sont peu connues ou pas du tout, ainsi que cela résulte déjà de la précédente remarque de Pierre. Ce sont généralement des histoires triviales et même futiles (1), qui ne servent qu'à montrer jusqu'à quel point les ténèbres de l'ignorance commençaient déjà à se répandre sur le monde, vu surtout qu'un homme comme saint Grégoire les enregistre comme dignes de foi et de louanges. Le quatrième livre a, par contre» un caractère tout particulier. C'est le dernier récit du troisième livre qui donne lieu au livre quatrième, ou qui, du moins, le rattache aux précédents. Dans ce récit, saint Grégoire nous dit qu'un évêque s'était couché auprès du tombeau du martyr Eutychius, pour y attendre le sommeil. Le saint martyr lui apparut pour lui prédire la fin du monde; des signes terribles s'étaient déjà manifestés dans le ciel; des lances et des glaives de feu s'étaient montrés vers le nord. Peu après, parurent les Lombards, ravageant tout sur leur passage et réduisant le pays en un désert (2). On doit donc, dit saint Grégoire, assurer son salut avec d'autant plus d'empressement que les choses de la terre sont plus fugitives. Pierre se permet ici une demande : puisque parmi ceux qui ont été reçus dans le giron de l'Eglise, il y en a beaucoup qui doutent de la vie de l'âme après la mort, saint Grégoire devrait raconter, pour l'édification de beaucoup de personnes, soit ce que la raison nous apprend à ce sujet, soit quelques exemples de l'apparition dos âmes, tels qu'ils lui reviennent à la mémoire (3). C'est ainsi que le sujet du dernier livre se compose principalement de visions, car, de la raison, il en appelle peu après à la foi. Ces visions sont, en grande partie, celles qu'ont les mourants relative-

1. Quelques-unes ont cependant un intérêt historique spécial, celles surtout où les Oslrogoths et les Lombards jouent un rôle. Par rapport au paganisme des derniers, v. 1. III, c. 27. Faisons remarquer ici, par anticipation, le récit contenu dans le c. 30 ; l'auteur nous y montre l'âme de Théodoric plongée dans le volcan de Liparis. Le c. 31 du 1. III est aussi important par rapport à la conversion des Visigoths au catholicisme.

2. La courte description de ces ravages est pleine de vie et assurément d'une réalité effrayante.

3. Ce passage est également un exemple de l'obscurité d'expression, telle qu'on la rencontre, ici assez fréquemment ; le voici : « Vel quae ex ratione suppetunt, vel si qua animarum exempla animo occurrunt, pro multorum aedificatione dicere. »

[ö22-:L] dulogum S88

mont à leur fin ou à la béatitude céleste; quelques-unea sont aussi attribuées a des personnes donl les ftmes onl été transportées dans L'autre monde, dans L'enfor même, el qui après avoir vu, pour leur avantage, les tourments qu'on y souffre, soni revenues à la vie e1 onl repris possession de leur corps. Ce sont précisément ces visions qui ont exercé une influence toute spéciale sur la poésie du moyen âge, et cette influence s'étend jusqu'à l'ouvrage de Dante; ce sont elles, en eilet, qui saisissaient le plus fortement l'imagination.

Sain! Grégoire rapporte (l. IV, c. 3G) trois de ces histoires, mais seule la dernière est traitée avec de longs détails, comme ayant eu lieu même de son temps. Le héros en est un soldat, mort de la grande peste. Revenu à la vie, il racontait avoir vu un pont sur un fleuve noir et dégoûtant, c'est-à-dire, apparemment, l'enfer. De l'autre côté «lu pont, il vit des prairies splendides et ornées de Heurs dont le parfum seul rassassiait Tarne; dans ses prairies allaient el venaient une multitude de personnes habillées de blanc. Là, il y avait différentes demeures resplendissantes; il y vit justement bâtir une maison de briques d'or. Mais les justes seuls pouvaient traverser le pont; les méchants étaient tous précipités dans le tleuve. Dans ce noir marais, il y avait aussi une de ses connaissances; c'est un pécheur, lequel y a été précipité la tète la première. Sur le pont lui-même, il a vu les bons et les mauvais esprits se disputer une Arno. Il ne put pas voir l'issue du combat. — Il n'y a presque pas, dans ce, récit, d'éléments que nous ne retrouvions mis à profil plus tard par la poésie didactico-satirique du moyen âge, et notamment par les fabliaux français. Ce quatrième livre des dialogues a encore cela de remarquable que nous y voyons saint Grégoire développer et affirmer, auxcb. 37 et 57, la doctrine sur le purgatoire, qu'il formula le premier.

Malgré la tendance morale, annoncée dès le début et poursuivie par l'auteur dans les conversations qui se rattachent au récit, ce recueil d'anecdotes empruntées aux saints ne produit pas une impression sérieuse et grave ; d'une part, en effet, les personnages qui, pour la plupart du temps, ne nous sont connus que par une seule de ces histoires, excepté le deuxième livre,

Page 1