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sont 1res insignifiants; de l'autre, nous n'y trouvons pas, comme dans la vie des Pères, de Hufin, cette Aspiration pour l'ascétisme, qui vivifie et rehausse l'ensemble de l'ouvrage. Il ne reste donc plus que l'intérêt qu'offre la matière elle-même, et quand l'auteur produit de l'effet, c'esl plutôt sur l'imagination que sur l'âme qu'il agit. Cette circonstance contribua à donner aux Dialogues une diffusion d'autant plus grande; ils furent traduitsen grec, en arabe et en anglo-saxon, c'est-à-dire dans la langue des peuples les plus éloignés les uns des autres. Le style dut contribuer beaucoup à celte propagation; il est incorrect et ordinaire, il est vrai, mais simple et sans cette enflure qui déparait la prose de l'époque.
Un autre ouvrage de saint Grégoire fut non moins célèbre et ne jouit pas au moyen âge d'une moindre considération ; d'une nature moins populaire, il fut pourtant traduit de bonne heure en plusieurs langues. C'est l'explication du livre de Job, appelée généralement Moralia, ouvrage très volumineux, comprenant trente-cinq livres, répartis en six Codices par saint Grégoire lui-même. Une lettre de l'auteur adressée à Léandre, évêque de Séville, pour lui annoncer l'envoi de l'ouvrage, nous donne des renseignements sur le point de départ de ce livre et sur son caractère. Saint Grégoire le composa àConstantinople, aux instances de ses « frères, » les moines de son couvent, qui, par amour pour lui, l'avaient accompagné jusque dans cette ville. Les premiers livres furent d'abord le sujet de discours improvisés qu'il fit à ces moines; mais le manque de temps lui fit dicter les derniers; ce ne fut que plus tard, qu'il rédigea le tout et le publia, en qualité de souverain Pontife (1). Il voulait, disait-il, ouvrir aux moines, le mieux qu'il lui serait possible, les « secrets » si profonds du livre de Job et non seulement en rechercher la signification allégorique, mais encore, ainsi qu'ils le désiraient, mettre tout de suite cette signification au service de la morale. Il cherche donc à justifier ses longues digressions sur la contemplation et sur la morale. Dans l'épître dédicatoire, il s'étend encore plus longuement sur les trois genres que comporte l'explication de la
t. Ainsi que le montre la fin de la lettre.
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Bible; aucune ne Baurail Buffire seule, ol parfois, cependant, il n'y en ;i qu'âne seule parmi elles qui puisse être suivie. Ces trois genres sont : l'explication littérale, qui pose les fondements; l'explication mystique, <|ui élève L'édifice; l'explication morale, qu'il compare au revêtement de cet édifice.
Après un prologue flans Lequel Job est présenté comme le type du rédempteur, tandis'que sa femme figure la vie charnelle, et ses amis, les hérétiques, saint Grégoire commence par le début du premier livre et explique Le récit biblique verset par verset, mot par mot, avec une telle profusion de détails que le premier livre (cinquante-six chapitres) ne traite que des cinq premiers versets du premier chapitre du livre de .Job; il recommence, en eilet, trois fois de suite son explication d'après le triple genre d'exégèse qu'il a précédemment admis. Les sept lils de Job, par exemple, signifient, une fois, les douze apôtres d'après l'interprétation allégorique, et, une deuxième fois, ils sont le symbole des vertus, d'après l'interprétation morale. Tous les artifices de la scholastique des temps ultérieurs s'y montrent déjà pour rendre possible l'impossible lui-même, pour prouver, par exemple, que sept peut égaler douze (1). Mais Le côté important de cet ouvrage n'est pas, il est vrai, dans cette explication typique ; il faut le chercher plutôt, ainsi que l'exprime le titre et ainsi que le désiraient les élèves de saint Grégoire, dans les explications morales, dans les exhortations qui prennent souvent les proportions de longs épisodes et qui s'étendent presque à toutes les situations de la vie. Puisant ici à la source de sa riche expérience, saint Grégoire se laisse aller au courant d'une éloquence très simple, il est vrai, mais entraînante, qui témoigne de ses grandes aspirations morales : aussi, le style et la langue ont-ils plus de correction que dans les Dialogues. La nature sobre de saint Grégoire n'avait pas assurément à sa disposition l'élan inspiré de la narration ; mais, comme il le dit dans sa lettre à Léandre, c'est à dessein qu'il dédaignait
t. Écoutons-le parler: « A septenario quippe numéro in duodenarium surjjitur. Nam septenarius suis in se parlibus nuiltiplicatus ad duodenarium tenditur. Sive enim quatuor per tria, sive per quatuor tiia ducantur, septem in duodecim vertuntur. » L. I, c. 19.
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les fleurs de Lia. rhétorique profane, car il les considérait comme un verbiage stérile; on ne peut que lui donner raison, si l'on songe à l'enflure sans limites qui régnait alors dans l'éloquence. Quant à ce qu'il ajoute ensuite, lorsque, passant d'un extrême à l'autre, il dit qu'en considération de la Bible latine il n'évite môme pas les barbarismes et qu'il méprise d'observer les règles des prépositions, etc. (1), il y faut voir simplement une exagération assez inexplicable. Si l'on rapproche avec soin ce passage surtout de quelques autres empruntés à différents écrits de l'auteur (2), on n'en saurait déduire que le fait suivant : Saint Grégoire y laisse percer des sentiments qui s'éloignent beaucoup de la culture classique et qui font bien connaître la vicissitude des temps; mais on exagère néanmoins leur influence funeste (3).
Cet ouvrage était destiné tout d'abord à l'instruction du clergé. Mais saint Grégoire en composa un autre, plus petit, qui a absolument ce but tout pratique et qui eut, au moyen âge, une diffusion énorme et une influence durable : je veux parler de la règle des pasteurs, Regida pastoralis, sorte de manuel pour la direction des âmes. Encore au ixe siècle, les conciles, ceux surtout qu'on tint dans le royaume des
{. La leçon du passage est, en partie, certainement fausse.
2. On connaît la lettre (Epp. XI, 54) adressée à Désidérius, évèque de la Gaule, dans laquelle saint Grégoire gourmande le destinataire de ce qu'il enseigne la grammaire à quelques personnes. « Quia in uno se ore cum Jovis laudibus Christi laudes non capiunt. » Mais la phrase qui suit, et qu'on cite peu souvent, est encore plus importante : « Et quam grave nefandumque sit episcopis canere qiiod nec laico religioso conveniat, ipse considéra. » Saint Grégoire revient donc ici au point de vue de Tertullien (v. plus haut, p. 58) : les exemples de saint Augustin et de saint Jérôme étaient oubliés. Il dit encore, vers la fin de la lettre, qu'il remerciera Dieu si cette nouvelle est fausse « Nec vos nugis et saecularibus litteris studere constiterit. » Bien d'autres passages, moins remarqués que les précédents, sont en complète harmonie avec eux, par ex., la manière dont il exalte saint Benoît, pour avoir abandonné les études libérales : « Recessit igitur scienter nescius et sapienter indoctus. » (Dial. II, init.)
3. La meilleure preuve est que le contemporain de saint Grégoire, Grégoire de Tours, lequel possédait sur lui des renseignements directs et oraux, de même que ses biographes du vin0 et du ixe siècles, vante précisément saint Grégoire de ses connaissances dans les sciences profanes ; ces mêmes biographes disent en outre qu'il fut le protecteur de ces sciences.
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Francs, le recommandent aux ecclésiastiques comme la règle de leurs devoirs professionnels. Cet opuscule eal adressé à .l.-an, évêque de Ravenne. Celui-ci avait fall à l'auteur le reproche «l'avoir voulu se dérober à la dignité de pontife suprême; ce fui l'occasion de la composition de l'ouvrage. Saint Grégoire \ eut lui montrer que ce qui le guidait dans son refus c'était seulement la conscience qu'il avait de la difficulté de la profession de pasteur. Le livre comprend quatre parties, d'inégale grandeur, et où Boni traitées les questions suivantes: Gomment on doit arriver à celte charge, quelle doit être la \ ie du pasteur (saint Grégoire emploie L'expression Reetor), comment il doit instruire ou prêcher, et, enfin, comment il doit chaque jour rentrer en lui-même et considérer ses propres faiblesses, alin de pouvoir conserver l'humilité après avoir rempli tous les devoirs que saint drégoire-lui a indiqués. La seconde et la troisième parties sont plus variées que les deux autres et forment le noyau principal du livre; le contenu en est indiqué avec détails par l'auteur, dans l'introduction respective de chacune d'elles. (ï'est ainsi que, dans le premier chapitre de la seconde partie, saint Grégoire esquisse L'idéal du pasteur, et que, dans les chapitres suivants, il en développe les traits particuliers (1). La troisième partie occupe un espace double de celui des autres ensemble et la quatrième ne comprend qu'un seul chapitre. Dans la troisième, l'auteur montre avant tout comment les exhortations et les sermons doivent s'adapter, chaque fois, aux diverses classes des auditeurs ; il en distingue un certain nombre de catégories d'après le sexe, L'âge, l'état, l'éducation et le caractère. Il fait donc voir, en autant de chapitres particuliers, comment il faut reprendre les jeunes et les vieillards, les pauvres et les riches, les serviteurs et les maîtres, les chastes et les impudiques, les charitables et les envieux, etc. Il appelle souvent la Bible à son secours
1. « Sit ergo necesse est cogitatione mundus, actione praecipuus, discret us in silontio, ulilis in verbo, singulis compassione proximus, prae cunctis contemplatione suspensus, bene agentibus per bumilitalem socius, contra delinquentium vitia per zelum justitiae erectus, internorum curam in exteriorum occupatione non rainuens, exteriorum providentiam in internorum sollicitudine non relinquens. »
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et il tire des conclusions morales de l'explication allégorique de l'Ancien Testament. Ce livre, important au point de vue de la part qu'il prend dans l'éducation du moyen âge, est plein d'excellentes vérités dont quelques-unes même sont d'un genre peu ordinaire (1), et s'impose encore à notre attention en ce sens que nous voyons s'y refléter,, de la manière lapins fidèle, le caractère de l'auteur; l'expression, il est vrai, en est défectueuse et négligée.
Tels sont, parmi les ouvrages de saint Grégoire, les plus importants qu'il ait écrits en prose. Ses Homélies sur Ezéchiel et sur les Evangiles se rattachent à ses Morales, par l'explication allégorique qu'il fait de la Bible, en l'accompagnant d'exhortations morales. Elles n'ont pour nous aucun intérêt particulier. Faisons seulement remarquer que, dans les endroits où saint Grégoire jette un regard sur son siècle infortuné, la force de son éloquence s'élève à la hauteur du célèbre sermon qu'il prononça au temps de la peste et que nous ont conservé Grégoire de Tours et ses biographes. Cela s'applique surtout à la section finale (c. 22 sq.) de la sixième homélie (deuxième livre des homélies sur Ezéchiel) : saint Grégoire y fait un tableau effrayant de l'état de l'Italie, et de Rome en particulier, à la suite des guerres'des Goths et des Lombards : là, il sait se servir, d'une manière vraiment saisissante, du discours imagé des Prophètes, en donnant à leurs paroles une explication allégorique (2). Ses lettres, recueillies par lui-même et divisées en quatorze livres (Rcgistri), d'après les années de son pontificat, lettres qui sont au nombre de huit cent cinquante environ, présentent un très grand intérêt pour sa biographie et pour l'histoire de son temps; mais elles n'en ont presque aucun pour la littérature ; leur caractère est tout à fait officiel; aussi les passons-nous sous silence.
Quant aux hymnes de saint Grégoire, nous n'en possédons plus que quelques-unes, car, parmi celles qui nous restent, il s'en trouve quelques-unes qu'on lui attribua autrefois à tort(3),