‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 5)Chapitre 306 sur 353 · SAINT GRÉGOIRE DE TOURS · texte numérisé non relu

SAINT GRÉGOIRE DE TOURS

Sigebert, et ce monarque accorda à Grégoire Ja même faveur que lui avait accordée son père; l'évèque devint le conseiller et le soutien de la couronne, dans les affaires d'Ktat les plus importantes. Hautement en honneur dans toute la Gaule, saint Grégoire mourut en l'an 594.

Saint Grégoire de Tours fut un écrivain très actif et qui a beaucoup produit pour son temps, si l'on considère la grande activité pratique qu'il déploya dans les affaires ecclésiastiques et civiles, pour lesquelles il dut souvent entreprendre de longs voyages : il n'a pas composé moins de vingt « livres, » quoique sa carrière d'écrivain ne débute qu'avec son épiscopat et ne dure par conséquent que vingt ans. Une moitié de ces livres consiste en écrits ecclésiastiques, et l'histoire des Francs comprend l'autre moitié; mais entre cet ouvrage et ses écrits ecclésiastiques, il n'y a pas le contraste qu'on pourrait bien espérer y trouver. D'une part, en qualité d'histoires de Saints, les écrits ecclésiastiques ont, en grande partie, un caractère historique, et quelques-uns même ont le caractère spécial de son histoire des Francs ; de l'autre, l'élément ecclésiastique se trouve richement représenté lui aussi dans son ouvrage profane, et l'écrivain n'y dément jamais l'évèque.

C'est son histoire des Francs, Historia Francorum, qui forme avec raison son vrai titre de gloire. Commencé en 576, deux ans après la prise de possession de son siège épiscopal, cet ouvrage l'occupa presque jusqu'à sa mort. Il le termina en 592, mais il paraît l'avoir soumis, ainsi que ses autres écrits, à une nouvelle révision. La préface nous fait connaître déjà l'intention de saint Grégoire, pour la composition de son ouvrage. Il veut faire le tableau de l'histoire actuelle de son pays, afin que la connaissance n'en soit pas perdue pour la postérité. Et malgré les lacunes de son instruction grammaticale qu'il déplore lui-même, il s'est résolu à remplir cette lâche parce que, à cette époque de décadence littéraire, il ne se trouvait en Gaule aucun savant, au grand regret de plusieurs, qui voulût l'entreprendre. Une autre raison, c'est qu'un petit nombre seulement étaient en état de comprendre un « rhéteur philosophant, » tandis que, par contre, beaucoup comprenaient celui qui s'exprime d'une manière populaire

[542. | iiisioiuA i nwMiMM 607

[loquentem rusticum). Kl, cm effet, cel ouvrage a, dans Lignes principales, Le caractère des Mémoires t vu que fauteur y raconte ce qu'il a vu lui-même. C'est là le cas d'une partie du quatrième livre, el partoul depuis Le cinquième, tandis que les livres précédents ne forment qu'une introduction soil dans Le sens strict du mot, soit dans Le s. mis Le plus Large du mot. La division ou composition de col ouvrage est, en effet, la suivante.

Le livre premier, précédé d'un prologue dans lequel railleur fait sa profession de foi catholique, contient un abrégé de l'histoire universelle depuis Adam jusqu'à la mort de saint .Marlin. Ce travail a pourpoint d'appui la chronique d'Eusèbe saint Jérôme et celle d'Orose; il met à profit, en outre, la Bible, 1rs œuvres de Sulpice Sévère, l'histoire ecclésiastique d'Eusèbe et celle de Rufin, de même que des Légendes et t\r* L'assions (1), dans un autre but que de poser un fondement chronologique. L'auteur prend ti mies ces précautions. pour calmer ceux qui tremblaient déjà en pensant que la fin du monde était proche. Celte tendance chronologique explique aussi le fait que l'auteur, dans L'histoire jusqu'à Octavien, se contente de l'histoire des .luifs, enregistrant seulement après coup, sous forme de comparaison, quelques faits importants de l'histoire des peuples païens, en sorte que des rois de Home il passe tout à coup aux Imperator es. .Mais, à partir de la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ, ce sont l'histoire de L'Eglise, ses persécutions et sa propagation, qui forment le sujet du livre ; la Gaule y occupe une place d'honneur, et, dans le dernier tiers de l'ouvrage, c'est sur elle que se concentre tout l'intérêt.

Le deuxième livre débute par un récit de Briccius, successeur de saint Martin sur le siège épiseopal de Tours; L'auteur y traite, après cela, de l'invasion des Vandales, des persécutions qu'ils liront souffrir aux catholiques, et, enfin, de l'irruption subite des Huns. 11 y a ensuite d'anciennes notices empruntées à deux historiens des Francs dont les œuvres sont perdues pour nous, ainsi que des légendes populaires

Page 1