‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 5)Chapitre 307 sur 353 · G08 SAINT GRÉGOIRE DK TOURS · texte numérisé non relu

G08 SAINT GRÉGOIRE DK TOURS

allanl de Ghildéric jusqu'à la naissance de Clovis. Sainl Grégoire s'occupe aussi des évoques d'Avcrnaet de Tours, après quoi il fait, sans s'interrompre plus d'une fois, le récit de l'histoire de Clovis jusqu'à sa mort. La narration de l'auteur est décousue, elle se perd parfois dans la profusion des détails, et, parfois aussi, elle est d'une sécheresse extrême selon que les sources étaient plus ou moins abondantes, ou que l'écrivain avait un intérêt personnel et religieux de s'appesantir sur certains faits ; en un mot, l'auteur était peu au courant des exigences du métier cL 'écrivain. Toutefois on ne saurait méconnaître que le principe chronologique fait la base de l'agencement de la matière (1). Dès le début de ce livre, saint Grégoire se justifie d'avoir mêlé à l'histoire profane l'histoire légendaire et l'histoire ecclésiastique. Je reviendrai plus loin sur cette justification. Ce mélange s'étend d'ailleurs à l'ouvrage tout entier.

Le livre troisième poursuit l'histoire des Francs jusqu'à la mort de Theudebert I (548) ; le quatrième jusqu'à la fin de Sigebert (575), et, pour ce dernier, l'auteur puise, en partie, les faits dans sa propre expérience. Mais c'est seulement avec le cinquième livre, on peut le dire, que commence l'œuvre que s'est proposée l'auteur; ce livre débute (2) également par une introduction spéciale, où saint Grégoire déplore le malheur des guerres civiles; à partir de là, le récit suit une marche régulière, et l'auteur range sa matière d'après les années du règne de Childebert, qu'il considère toujours comme son roi. Ce livre va ensuite jusqu'à l'alliance de Childebert avec Chilpéric (581), date où commence le livre sixième, lequel s'étend jusqu'à la mort de Chilpéric (584). Les deux livres suivants (VII et VIII) enregistrent les événements arrivés jusqu'en 587 et, tandis que le neuvième va de 587 à 589, le dixième traite des années 590 et 591 , et se termine par un

1. Si les anciennes notices sur les Francs ne prennent place qu'après l'invasion des Huns en Gaule, il faut excuser le fait en se rappelant que c'est seulement avec l'invasion d'Attila que les Francs acquièient aux yeux de saint Grégoire une signification historique.

2. Le livre précédent (IV) se termine parle calcul des années écoulées depuis la création du monde.

[544.1 HiSTOBU prahcorum lin!»

chapitre complètement indépendanl ei détaillé dans Lequel saint Grégoire donne un aperçu historique sur 1rs évêquei <lc Tours, donl il nous transmel la série complète. En terminant, L'auteur parle aussi de Lui-même el profite de cette occasion pour dire un mol de ses œu> res.

Dans Lescinq derniers livres, qui forment le corps de l'ouvrage, on voit l'intérêl personnel «le l'auteur occuper davantage le premier plan, ce qui correspond au caractère des Mémoires ; mais la différence qui en résulte, par rapport à la narration des livres précédents (abstraction faite du premier, bien entendu), n'esl pas si grande qu'elle devrait l'être; la raison en esl que saint Grégoire, selon la judicieuse remarque de Loebell, prend d'abord et surtout intérêt à tout ce qui est personnel, et cet intérêt a rapport à la tendance morale et religieuse qu'il poursuit dans sa narration où, même dans cet ouvrage, ne se démenl jamais le pasteur des âmes. Ainsi qu'il le dit dans la préface, l'auteur veut mettre au jour les luttes (certamiîia) des impies el la vie des justes; il veut, dit-il encore au début du livre deuxième, parler soit des vertus des Saints, c'est-à-dire encore de leurs miracles, soit de la ruine [strages) des peuples :poursain1 Grégoire également, l'histoire universelle n'est autre chose que L'histoire du royaume de Dieu; l'Église est, pour ainsi parler, l'exposant de l'histoire universelle, el toul ce qui arrive n'a d'importance qu'autant qu'il se rapporte à l'Église. L'auteur voit l'action de la Providence dans Le destin des individus : tout réussit à Clovis, ce défenseur intrépide du catholicisme, tandis que les princes hérétiques périssent l'un après l'autre. L'intérêl qu'il prend à tout ce qui est personnel, à tout ce qui est individuel et qu'il peut contempler d'une manière immédiate, voilà ce qui donne juslenienl à l'ouvrage de saint Grégoire un charme particulier et entraînant, qui rachète toutes les faiblesses et tous les défauts qu'on y remarque. C'est là, suivant l'observation de Loebell, un caractère propre à l'histoire en décadence et aussi, selon moi, à L'histoire qui débute, ce qui constitue le Irait propre des Mémoires. Cette narration, qui résout l'histoire en des récits particuliers sans pouvoir même les rattacher par un lien intérieur, est inculte el peu habile, il est vrai : toutefois,

Page 1