‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 5)Chapitre 324 sur 353 · FRÉDÉGAIRE; « GESTA REGUM FRANGORUM · texte numérisé non relu

FRÉDÉGAIRE; « GESTA REGUM FRANGORUM

DEUX COSMOGRAPHIES.

Cette remarque s'impose d'elle-même, pour ainsi dire, si, portant nos regards vers la France, nous étudions l'ouvrage du successeur de saint Grégoire de Tours; cet ouvrage fut achevé (1) quinze ans plus tôt (vers 660), et écrit par Frédégaire (2), puisque tel est le nom qu'on voulut bien donner à l'auteur. Cet ecclésiastique bourguignon prit l'histoire de saint Grégoire à la fin du sixième livre, à la mort de Chilpéric (il n'en connaissait pas davantage), et il la continua jusqu'à l'année 641. Sa continuation ne forme toutefois que le dernier livre d'un recueil de Chroniques qu'il composa, et qui comprend six chroniques particulières. Les cinq chroniques qui précèdent sa propre chronique sont chacune des extraits particuliers de celles de saint Jérôme, d'Idace. du livre qui a pour titre Liber generationis, de la chronique de saint Isidore et de l'histoire de saint Grégoire (jusqu'au sixième livre), et cette cinquième chronique a aussi le titre spécial de Gregorii Historia Francorum epitomata. Moins que dans les autres encore,

1. Écrit en 642 et retouché en 058, d'après Krusch, p. 459 (v. rem. suivante.)

2. In: Canisii lectiones perantiquae, éd. II. cur. J. Basnage, Anvers, 1725, tome II : Livres V et VI dans l'éd. de saint Grégoire par Ruinart (v. plus haut p. GO'i. rem. 2) ; — Brosien, Kritische Untersuchung der Quellen zur Geschichte des fraenk. Kœnigs Dagobert I, Gcettingen, 1868 Dissert.) Wattenbach, op. cit., p. 88; — Krusch, Die chronicae des sogenannten Fredegar im neuen Archiv für aeltere deutsche Gechichtskunde, vol. VII, 1882; Compilation dite de Frédégaire (texte). Reproduction littérale du mss. 10910 du fond latin de la Biblioth. nationale. Paris, 1880.

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Frédégaire ne s'j esl pas borné à do simples extraits; il s écrit môme différentes additions souvenl assez longues, dans lesquelles il rapporte des récits fabuleux lunchant les Francs et les Lombards 1 1 i. Dans sa propre chronique, Frédégaire acommencé, depuis l'an 631, à travailler d'une manière indépendante età rapporter des faits don! il étail le contemporain ; pour la partie qui précède, au contraire, il a puisé dans les souros écrites, notamment dans l<>s Annales bourguignonnes, toul en ajoutant néanmoins plusieurs faits qui ne reposaient que sur la tradition orale. Il raconte en premier lieu, comme on peut le supposer. 1rs événements qui se passèrent dans rempin' des Francs, H, en particulier, dans la lîourgogne; il étudie ensuite, autant qu'il le peut, les autres empires, et surtout ceux de Byzance et des Lombards.

L'ouvrage de Frédégaire n'a rien de l'art de l'histoire : dans les cinq premiers Livres, l'auteur n'a pas même su fondre m un toul les extraits qu'il faisait à ses cinq prédécesseurs, et il s'est contenté de les présenter les uns après les autres; de même, dans sa propre chronique, il n'a pas pu s'élever au dessus de la réunion chronologique des faits qu'il n'emprunte qu'à lui-même. Comme saint Grégoire, il se plaint, dans la préface du dernier livre, de sa propre ignorance et de celle de son époque; cette plainte est pleine d'une modeste sincérité el »die a plus- de raison d'être encore que dans saint Grégoire; le lai in de Frédégaire, en elfet, tel qu'il est dans les manuscrits surtout, annonce, si on le compare à celui de saint Grégoire, une rapide décadence de la culture savante, même dans une partie de la Gaule qui comptait parmi les plus romanisées. Ce qu'il y a de remarquable toutefois, c'est de voir, en même temps, l'élément populaire de l'histoire, la légende née de la tradition orale, pénétrer de plus en plus dans le récit historique et avec d'autant plus de facilité peut-être que L'auteur, dans

i. On y trouve encore cette tradition, que Frédégaire a déjà donnée en détail dans ses extraits de saint Jérôme, d'après laquelle les Francs tirent leur origine de Troie ; nous la verrons apparaître encore, sous une autre forme, dans les Gesta regum Francorum . V. là dessus Zarncke, lieber die Trojanersage der Franken, in den Berichten der Koen. saechs. Ges. der Wies., !866, p. 257 sq.

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son histoire, prend parti pour le luis peuple contre les grands. Un trait tout particulier de sa chronique et qui la distingua complètement de l'ouvrage de Grégoire de Tours, c'est qu'elle est composée à un point de vue tout politique ; Frédégaire

l'annonce lui-même, dans la préface, en disant qu'il veut écrire « les actions des rois et les guerres des peuples. » Il ne rencontre presque pas d'histoires ayant rapport aux saints ou aux miracles. Enfin, nous ne saurions nous empêcher de louer ses efforts pour arriver à l'exactitude chronologique.

Au siècle suivant, l'ouvrage de saint Grégoire eut encore une continuation indépendante de celle de Frédégaire. Ces! l'ouvrage connu sous le titre de Getto regum Francorum, dont l'auteur est resté inconnu (1). Cette chronique fut écrite en 72o. en >"eustrie. peut-être même à Paris 2), vu que 1 auteur, non content de donner toute son attention à ce royaume, prend décidément parti contre l'Austrasie. Ces Gesta donnent d'abord, comme le cinquième livre de Frédégaire, des extraits des six premiers livres de saint Grégoire, les seuls que connaisse aussi notre auteur: ils ont plus de sécheresse que dans Frédégaire, bien qu'il s'y mêle aussi des additions fabuleuses. A partir de la mort de Chilpérie 584), au sujet de laquelle nous voyons ici un récit fabuleux très détaillé, le chroniqueur travaille d'une manière indépendante, en s'appuyant surtout sur la tradition orale: son récit manque par conséquent de données chronologiques ; nous le voyons même les mépriser dans son abrégé de Grégoire de Tours; son œuvre a des lacunes et offre le mélange de la fable et de l'histoire : cette chronique s'étend jusqu'à l'année 720.

C'est également à l'époque de ces deux ouvrages historiques que nous devons rapporter deux cosmographies, composées, elles aussi, à ce qu'il semble, dans le pays de France. L'une est en prose, l'autre en vers. La première (3) se présente

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