‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 5)Chapitre 326 sur 353 · VIES DE SAINTS · texte numérisé non relu

VIES DE SAINTS

L'unique branche de la littérature qui fleurisse en France, au \ir et au vm* siècles, jusqu'à l'époque de Charlemagne, et à laquelle vient se réduire peu à peu toute la littérature, est la légende, la vie «les Saints 5). A cesépoques de barbarie, les cloîtres étaienl les seuls asiles où l'on s'intéressât encore à la littérature et où l'on trouvai les moyens do s'instruire, ainsi qu un abri contre les tempêtes qui bouleversaient cet empire déchiré- par des guerres intestines el par la lutte des partis.

1. Par exempte : « Africé nascilur inde tertia particula. » Il n'y a rien d'étonnant à ce qu'on y rencontre parfois des vers corrects au point de vue de la quantité.

2. Dans le premier casr elle esl toujours en a, une fois seulement, v. 100 sq., en Ut; la rime m a venait pour ainsi dire d'elle-même à cause des nombreux noms de pays terminés en a.

3. Comme aussi déjà dans Grégoire de Tours, v. plus haut p. <Hi-. r. 1; niais ici les fautes sonl souvent constatées par le vers. C'est ainsi que cet opuscule mérite notre attention même au pomt de vue de la langue.

i. De ii même époque, c'est-à-dire du premier tiers du vin* siècle, nous possédons dans le même mètre un poème à la louange de la ville de Milan; il débute ainsi : <> Alla urbs et spaciosa manet in Italia. » La meilleure édition est celle de Dummler in Poetae iatini ami Çarolini, tom. I, Berlin, 1881 Monum. Germ, hist.).

5. V. là-dessus, en général, l'étude complète dans Ampère, op. cit., II, \>.

(i'ili VIES DE SAINTS [^""-]

Les cloîtres ne s'adonnaient à ce genre de littérature que pour leur propre avantage ; ils recueillaient les actions d'éclat de Leurs Saints pour illustrer le cloître lui-même et pour favoriser le culte des reliques qu'ils possédaient; ce procédé leur rapportait des avantages réels, et ce genre de littérature était en même temps comme un modèle et un exemple proposés à l'imitation des moines. C'est doncainsique ces légendes ont été, pour la plupart, composées par des moines, à l'instigation de leurs Abbés ; elles s'adressent, en premier lieu, à des moines qui les liront ou en entendront la lecture. Le rôle important que jouaient alors les cloîtres dans la vie publique donnait fréquemment à ces Vies de Saints un grand intérêt historique ; aussi comblent-elles des lacunes importantes dans l'histoire politique. Des ecclésiastiques, qui occupaient une position importante dans l'Etat et qui soupiraient après le repos et la retraite, se retiraient dans ces cloîtres; c'est là aussi qu'on en bannissait d'autres, afin de paralyser leur influence politique; ce fut là souvent aussi le sort des grands du siècle, de princes dépossédés mêmes auxquels on imposait la vie du cloître, de sorte que les couvents devinrent assez souvent un lieu de détention pour les prisonniers d'État. D'autre part, les moines déployaient alors, précisément en France, une remarquable activité pour les missions ; cette impulsion venait principalement de l'extérieur etees missionnaires, avec saint Golumban, à leur tête, appartenaient à l'Irlande.

Parmi ces Vies de Saints, dont un bon nombre nous ont été conservées dans des rédactions postérieures, nous nous contenterons d'en faire remarquer seulement quelques-unes qui appartiennent sûrement à cette époque, et qui paraissent avoir une importance particulière, ou qui, de plus, peuvent représenter cette branche multiple d'une littérature joignant la variété du fond à la diversité de la forme. C'est ainsi que deux Vies de saint Léguer, évêque d'Autun(678), ont une valeur particulière, tant au point de vue historique qu'au point de vue littéraire. Elles ont été écrites par deux contemporains de l'évêque (1), tandis que la translation des reliques de ce saint,

1 . Acta sanctorum ordinis S. Benedicti in saeculor. classes distri-

[878. | vu: hl sunt LÉGEH 6 Ï7

jointe peut-être à une Passion (I) qui avait pour auteur Audulfe, abbé de Saint-Maxence, et qui avait été mise à profil par ces «!<■ n x auteurs, ne dous a pas été conservée. L'une de

ces deux vies esl composée par u ïne anonyme de Saint-

Symphorien d'Àutun, à l'instigation d'Erménarius, autrefois abbé de ce couvent, <i ni avait succédé au saint sur le siège épiscopal d'Autun; c'est à lui également qu'elle esl dédiée. L'auteur écrit en partie comme lémoln oculaire. Sa vie, qui est très détaillée, a beaucoup de valeur comme source historique. L'action politique <le saint Léger, qui détermina seule son sort, occupe complètement le premier plan. C'est ainsi qu'on lit. en grande parti(\ celte vie comme un chapitre d'histoire politique. Le récit se distingue par la liaison des faits, par sa vivacité, de même que par un style un peu forcé et maniéré, il est vrai, mais sans tomber dans l'exagération ni le pathos. L'autre vie, composée par le prieur de Ligugé, LTrsin, à la prière d'Ansoald, évéque de Poitiers, et d'Audulfe, cidessus mentionné, offre un tout autre caractère. On sait en effet que saint Léger avait débuté à Poitiers dans sa carrière ecclésiastique. Cette vie est plus courte et l'intérêt politique v est relégué au second plan : célébrer la constance seule du martyr, tel semble être L'unique but de l'auteur. Le style de celte vie est plus simple ; l'auteur visait précisément à se faire comprendre aussi des ignorants. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner de la voir servir de base à un des plus anciens poèmes français que nous possédions. L'auteur anonyme de l'autre vie croit, par contre, n'avoir pas fait assez de style, et il prie l'abbé, Ermenaire, de retoucher encore son travail, avant qu'il ne le répande dans des cercles plus éloignés.

Nous avons rencontré antérieurement, dans ce domaine de la littérature, cette aspiration diverse vers le style artistique

buta. Collegit L. d'Achéry, ad. F. Mabillon (Prologg.). Paris, 1668 sq. Ensuite, Venise, 17:53 sq. fol. Saec. II, p. 648 sq.

1. Le moine de Saint-Symphorien (à ta lin du c. 17) parte delà relation de cotte translation; <1. Paris {Romania, tom. I, p. 298) indique une Passion, composée par Audulfe, comme source commune des deux Vies, probablement, je pense, à cause de la concordance de ces vies dans la partie précisément qui plaide en faveur de la composition d'une telle Passion.

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