SAINT COLUMBAN. ANTIPHONAIRE DE BANGOR
Les lettres se meurent en France avec Grégoire de Tours à la fin du vi° siècle; avec saint Grégoire le Grand, en Italie, au commencement du vu"; et en Espagne, vers le milieu de ce même siècle; avec elles la culture scientifique tombe au dernier lierre, dans le premier de ces pays; elle devient le partage de quelques cercles du clergé seul, dans le dernier: et, quant à l'Italie, elle s'y maintient jusqu'à un certain de^ie, mais tdle y reste dans un état de stérilité complète. Or c'est dans la deuxième moitié du vu" siècle et pendant que cette décadence s'accomplit que nous voyons la littérature chrétienne-latine s'implanter sur un autre sol tout nouveau et fertile, à savoir chez un peuple des Germains établi à l'extrémité du nord de l'Occident, aussi loin que s'était étendu autrefois l'Empire romain. Les Anglo-Saxons deviennent main-
1. Mabillon, op. cit., p. 108 Bq. On lui attribue encore la vie de Bertulf, troisième abbé de Bobbio, mise à faux sur le compte de Bède, et, de plus, celle de l'abbesse Burgundofara (.Mabillon, p. 150 sq. et 120 Bq.) ; cette opinion a pour elle des motifs extrinsèques; mais, pour le fond et la forme, ces deux vies sont bien loin d'atteindre à la hauteur des autres.
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tenant los représentants do la littérature universell«'; ils prennent en main la direction. Mais leurs voisins celtiques, les Irlandais, sont leurs précurseurs dans leurs produits littéraires et, en partie même, leurs maîtres.
Saint Columban (1) nous on fournit lui-même un exemple frappant. Malgré son ascétisme austère, il conserva, jusque dans la vieillesse, l'amour delà culture esthétique des anciens, que lui avait inspirée l'étude de la grammaire pendant sa jeunesse. C'est ce qui se voit dans deux poèmes dont il est assurément l'auteur. L'un est un acrostiche, adressé à un certain Hunald; saint Columban s'y fait connaître comme l'autour, parles lettres initiales. En considération de la caducité de la vie présente, il exhorte son ami à ne songer qu'à l'éternité et à renoncer à tout ce qui est inutile et superflu sur la terre. Tel est aussi le contenu de la longue lettre à Séthum, Epistola ad Sethum. Ici, également, l'ascète exhorte« au mépris des joies de la vie qui ne fait que passer, » au mépris de la richesse surtout : ce qui doit en tenir lieu, ce sont « les dogmes de la loi divine, c'est la vie chaste des saints Pères et tout ce qu'ont écrit auparavant les maîtres de la vie spirituelle, ou ce qu'ont chanté, dans leurs poèmes, des poètes savants et pleins d'éloquence (v. 41 sq.). » Saint Columban assigne donc une place, parmi les trésors impérissables, à la littérature et à la poésie, lors même qu'il ne parie ici que de la poésie chrétienne. Il faut penser à la vieillesse, continue-t-il ensuite ; et il fait un portrait si saisissant des infirmités de cet âge, qu'on sent bien qu'il parle d'expérience. Comme l'acrostiche, cette épître est en hexamètres. Mais en voici une autre, Epistola ad Fedolium,) qui est remarquable parle rythme; si l'on en excepte la fiu, où se trouvent six vers hexamètres, elle est en effet écrite en vers adoniques, peut-être à l'imitation du poème VII, 1. I, dans la Consolation deBoèce. Ces vers qui ne semblent qu'un pur jeu de forme (2), sont adressés à un ami de saint Columban et nous fournissent un trait caractéristique pour
1. In : Maxima Bibliotheca veterum patmm et antiquor. scriptor. ecclesiasticor. Ed. Lugduni, t. XII, 1677, in-fol., p. 33 et sq.