‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 5)Chapitre 6 sur 353 · II. , \i l.i\ RE PREMIER I · texte numérisé non relu

II. , \i l.i\ RE PREMIER I

vis-à-vis de la famille. La science mel L'avortemenl au rang du meurtre; exposer les enfants esl tenu pour un crime, L'Etat, du moins à partir de Trajan, reconnaissait ces enfants comme libres. Au\ esclaves eux-mêmes on accorda les droits naturels de l'homme, el la législation mit »1rs bornes à la cruauté des maîtres. Enfin, l'Étal favorisa directemenl I «-s lendances humanitaires en nourrissanl les enfants pauvres avec les deniers publics.

Mais (jnols que fussent, au cours du u* siècle el au oommencementdu m0, les progrès opérés par le cosmopolitisme dans la législation : quels que fussent 1rs résultats moraux qu'il ail produits dans Le cercle de «tun qui avaient reçu une éducation philosophique, son influence sur l'Etal romain n'en lui pas moins, en dernière analyse, pernicieuse, dissolvante et démoralisatrice. Do même que le système de nivellement introduit par les empereurs avait l'ail disparaître le sentiment des conditions, ainsi la disparition de la différence politique cuire le peuple souverain cl les peuples soumis porta un coup mortel au sentiment national des Romains : lu i triction de la puissance paternelle devait mèine affaiblir plus encore la conscience du citoyen de Hume. La puissance absolue dans sa propre maison avait de. en quelque Borte, le gage delà participation à la puissance de L'Etat, c;n' L'Etal était fondé sur la famille. .Mais L'État lui-même, depuis qu'il était devenu L'empire du monde, était aussi devenu de plus en plus une sorte de machine bureaucratique qui ne pouvait être bien dirigée que par la main d'un seul : cel empire universel ne pouvait être qu'une monarchie universelle. Or, la monarchie elle-même revêtait de plus en plus, surtout depuis Commode et depuis Septime-Sévère, le caractère semioriental d'un Elal militaire despotique ; et, ici même, c'était L'antique empire d'Alexandre, qui, par l'intermédiaire de successeurs, donnait le ion: c'est de l'Orienl que venait la coutume de voir un dieu dans l'empereur, de même qu'en etail venue L'introduction d'une COUr. ÀUgUSte avail déjà

enlevé au peuple romain la participation effective au gouvernement; il avail tari de lasorte la source propre de L'éducation nationale, car la grandeur du peuple romain avail préci-

16 [NTRODüCTION [7, 8.

sèment sa base dans ce caractère exclusif (l'une éducation purement politique; néanmoins, le peuple romain armé (1) avait encore dans les cohortes prétoriennes, une influence, tantôt tacite et indirecte pour mettre quelqu'un sur le trône, tantôt même manifestée hautement, et absolument décisive dans les circonstances critiques. -Mais sous l'influence du principe cosmopolite, cette dernière influence lui fut enlevée, quand l'Africain Septime-Sévère eut fait des prétoriens une garde composée des soldats les meilleurs de toutes les légions de l'empire : dans ce nombre, lesbarbares qui n'étaient pas romanisés devaient d'autant mieux prendre le dessus, qu'ils étaient doués d'une pins grande force physique ; on sait en effet qu'en perdant la force morale, les Romains et les peuples italiques avaient perdu aussi la force physique. Pour ce motif, le trône devait maintenant échoir bien vite à des provinciaux : aussi voyons-nous avant peu, dans les rangs des compétiteurs, jusqu'à des Germains et des Orientaux, lesquels avaient reçu à peine un vernis d'éducation hellénique et ignoraient tout de l'éducation romaine. Au demeurant, les Adrien et les Marc- Aurèle étaient plutôt Grecs que Romains par leur éducation ; mais, avec Héliogabale, on eut un pur Asiatique, un Asiatique en qui se rencontraient les formes les plus excentriques du despotisme oriental. Comme l'esprit romain devait se sentir déchu dans les cœurs où il possédait encore une place! Et pendant que les légions de soldats étrangers et mercenaires disposaient ainsi de la puissance souveraine, l'empire était déjà, depuis le commencement du me siècle, menacé de décomposition et de destruction. On avait déjà songé, dès la mort de Septime-Sévère, à un partage de l'empire; aussi, après le meurtre d'Alexandre Sévère et jusqu'à Dioclétien (235- 284) il n'y eut plus de gouvernement stable ni solide: c'était avec une rapidité inouïe qu'un général succédait sur le trône à un autre général, et il fut si peu rare d'en voir plusieurs se faire appeler Augustes en môme temps, qu'à l'époque de Gallien, dix-neuf gouverneurs se déclarèrent à la fois indé-

1. Cf. Tac, Annal., IV, c. 5. : « Novem prœtoriœ cohortes, Etruria ferme Umbria délecta aut vetere Latio et colonis anliquitus Romanis.

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pendants. Sur ces entrefaites, éclataient des révolutions dans 1rs provinces, en Gaule notamment, où se manifestai! déjà la tendance à Becouer le joug de L'empire et à obtenir l'indépendance politique. Pendant ce temps 1rs ennemis extérieurs franchissaient, avec plus de hardiesse, les Frontières, en Occident comme en Orient; dans un combat contre les Gotha on \ii tomber on Imperator vaincu 231); h ili\ ans plus tard nu autre, défait par les Perses, était traîné en captivité. Dès lors il n'y a plus qu'un luit poursuivi par L'État : l'intérêt de sa conservation en lare des ennemis du dehors et «lu dedans. Tel Fut même le point de départ d'une nouvelle constitution d»' L'État par Dioctétien : ce précurseur <1<' Constantin transporta déjà le centre de l'Empire en Orient, et lit de Nicomédie I«' siège du premier Auguste.

Que, dans ers temps où L'orgueil de la Rome éternelle se sentait si humilié, le sentiment de la caducité et de la fragilité des choses terrestres pénétoftl toujours davantage les couches sociales ; qu'il détruisît même celte naïve jouissance du présent, telle que la comprenait le monde antique tombé dans la vieillesse et la décrépitude, c'est chose d'autant plus facile à comprendre, que L'avenir de l'empire était des plus sombres et qu'on ne voyait poindre à l'horizon aucun rayon d'espérance. Les hautes classes trouvaient des raisons suffisantes dans les motifs de Tordre moral, et les motifs matériels en fournissaient d'identiques aux classes inférieures; c'était sur ces dernières que pesaient les impôts, plus lourds d'année en année: elles étaient frappées, d'une manière plus immédiate et plus accablante, par la ruine de L'agriculture, du commerce et de l'industrie. On cherchait une cou-., dation soit dans le souvenir d'un passé déjà lointain et dans la grandeur de l'ancienne République, qu'on voyait sous un jour d'autant plus idéal que Le temps présent était plus triste ; soit dans L'espérance d'un autre avenir par delà le tombeau : cet espoir était même le suprême adoucissement en face de la mort qui menaçait de toutes parts : aussi semblait-on la considérer moins comme le plus grand des maux, que comme Le plus sûr et L'unique remède à tant de calamités. Dans le [dus intime de la nature humaine naissait un sentiment élevé et religieux, qui

18 INTlUtlil I no« !), Kl.

pénétrait le inonde païen. En présence des ébranlements terribles et incessants de La vie politique qui renversaient tout ce qu'il v avait (Je vénérable pour élever sur le pavois ce qu'il y avait de plus abject; en présence de tant et de si grands malheurs, qui fondaient sur l'empire et contre lesquels l'État en lambeaux: se trouvai! impuissant à olîrir un secours, il y avait un sentiment qui s'affirmait chaque jour davantage et qui devenait de plus eu plus vivant: c'était le sentiment que l'homme dépend de puissances supérieures et qu'il est responsable des ruines de sa conscience. Les Romains vraiment instruits cherchaient déjà, de longue date, une consolation dans la philosophie, principalement dans la philosophie stoïcienne qui apprenait le mépris dos choses extérieures, la soumission au destin qui règle tout, le renoncement ascétique et même le suicide en tant que tout cela était nécessaire pour conserver la liberté de l'âme; mais elle supposait une confiance de soimême, une énergie de l'âme qui devenaient de plus en plus rares dans le malade moral que voulait guérir le stoïcisme, car c'est bien ainsi que comprenaient la vocation de la philosophie un Musonius, un Epiclète (1). D'une part, cette philosophie était dépourvue de consolation ; et, d'autre part, comme suflirait à en témoigner Marc-Aurèlc (2), elle prit cette direction mystico-religieusc que favorisaient en tout point le pythagorisme et le platonisme, dans l'Orient grec, et qui consistait à abandonner le terrain de la science pure pour appeler à son aide une l'évélation immédiate et divine.

Si donc les circonstancespouvaient éveiller, dans les classes lettrées des païens, un tel besoin religieux, un besoin qui répugnait si complètement à la satisfaction personnelle de la culture antique, combien plus devait-il en être ainsi pour la foule des demi-lettrés et pour la masse du peuple ! Or la religion nationale romaine de cette époque était absolument incapable d'y donner satisfaction. En se développant avec l'Etat, la religion nationale des Romains avait pris un caractère es-

1. Zeller, 0. c, p. 655 et 662; Ixrpstix èffriv xb toO ^Xotôçou ayo'ux est-il dit dans Epictète {Dissert.).

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