‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 5)Chapitre 60 sur 353 · DE SODOMA ET DE JONA · texte numérisé non relu

DE SODOMA ET DE JONA

Ces poésies sur L'Ancien-Testament se rattachenl immédiatement, par la manière dont elles sont traitées, à Y Historie Evangelica. Elles ne font, en général, que reproduire, en hexamètres, le texte biblique, quoique avec moins de persistance et de fidélité, à cause de l'importance, relativement moins grande pour les chrétiens, de l' Ancien-Testament.

Dans la même période, on les voit suivre d'autres poésies qui traitent en vers héroïques et d'une manière plus libre de diverses parties de l'Ecriture sainte. En premier lieu, citons les deux poèmes étroitement liés ensemble, même pour l'époque delà composition, De Sodoma et De Jona (1), et dont le sujet n'est autre chose que le sort qui fut réservé à Sodome et celui que détourna Ninive, en faisantpénitence. La Genèse (v. 1-29), a fourni la matière du premier poème (166 hexamètres) et le livre de Jonas celle du deuxième, qui est inachevé et ne comprend que cent cinq vers : la délivrance de Jonas du ventre de la baleine n'y est pas même racontée. Les rapports respectifs des deux poèmes, tels que je les ai indiqués et qui font de l'un le pendant de l'autre, sont clairement exprimés dans l'introduction du deuxième ; voilà pourquoi le titre De Ni-

sans le nommer comme en étant l'auteur, quoique d'ailleurs il nomme les auteurs dont il cite les vers et qu'il nomme spécialement Juvencus à un autre endroit (§ 3), en produisant une citation de VHistoria evangelica. Il dit simplement, en parlant du cantique : « Hujus (metri) exemplum. » On pourrait donc croire que Bède n'en a pas connu l'auteur. Au reste la citation présente quelques variantes remarquables. Enfin Alcuin, qui nomme Juvencus en citant ces poésies, donne dans ses lettres tout un passage de cette suite se rapportant à l'Exode, c. 3, sans en indiquer l'auteur. Cf. Monurn. Alcidniana, éd. Jaffé, p. 802,

1. Dans l'éd. de saint Cyprien par Hartel (v. plus haut, p. 67, .rem. 2), Pars III, p. 289 et suiv. et 297 et s. — Pour les poèmes de Tertullien, de Sodoma et de Jona, v. le Rheinisches Museum, nouv. suite, vol. XXII, par Lucien Müller.

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nive, qui, «lu reste, se trouve dans un Codex, serait bien mieux approprié à cel ouvrage I . !><• cette circonstance, il mite déjà que le deuxième poème n'est qu'un torse : ce qui restait précisément à raconter, c'est la pénitence que fil Ninive et le pardon que Dieu Lui accorda. Les deux poèmes sont toujours réunis dans les manuscrits el il rsi d'autant plus certain qu'ils sont d'un seul et même auteur, qu'ils se ressemblent complètement non seulement dans la langue, le style el le mètre, mais encore dans la manière donl le récit biblique est Iraité. La gTandeur seule des poèmes, comparée aux passages corn b pondants de la Hilde, montre la liberté et l'indépendance du poète : aux vers l!)-!>7 du fragment de .louas, correspondent seulement les versets 3-16 ebap. I du prophète Jenas, par conséquent soixante-dix-huit hexamètres pour treize versets de la Hilde, ol le rapport est le même dans l'autre opuscule. L'élargissement de la matière esl amené par le récil détaillé des descriptions (dans le premier poème, par exemple, la description de la mer Morte : celle de la tempête, dans le second : ces descriptions sunt aussi vivantes et vraies qu'elles sont poétiques. On y trouve des images et des comparaisons heureuses, et parfois des métaphores qui ont presque un caractère moderne (2). C'est ainsi que la narration de ces gracieux poèmes, comme les appelle avec raison Luc Muller, esl aussi originale qu'entraînante, malgré les défauts de la langue et du mètre qu'il faut rejeter sur le compte de la transmission corrompue : spirituel partout, le premier contraste considérablement, sous ce rapport, avec la partie correspondante de la Genèse attribuée à Juvencus; elle est ici très abrégée el n'a

1. C'est l'opinion de Luc. .Mutier qui, le premier, reconnut les rapports respectifs des deux poèmes. Mais je ne partage pas plus que lui l'opinion que le titre De Ninive soit le titre original. Les motifs qu'il en donne sont moins convaincants pour moi que la matière biblique elle-même qui devait être d'un poids bien décisif pour le titre.

2. Il y est tlit de la baleine (Jon. v. 91) : « Cumque viro codi rabiena pélagique voravit ; » voici pour l'esprit : « Nec mare vivit ibi, mors est maris ipsa maris pax » (Sod. v. 139), dit-il de la mer Morte dans la description de laquelle il a, au reste, mis Solin à profit ; bien réussie est la comparaison de Sod., v. 62 et s. L. Müller a déjà montré combien la construction du vers relève le pittoresque de la narration; v. surtout Jon., v. 92.

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rien de commun avec le poème Sodoma. Il y a encore ;t remarquer, dans ce dernier, que le poète ramène le mythe de la chute de Phaéton à l'embrasement de Sodome et de Gomorrhe et qu'il oppose, comme la vérité à la fable, aux antiques métamorphoses le changement de la femme de Loth en une statue de sel à laquelle il attribue en outre de merveilleuses qualités (1) : ainsi laisse-t-il apparaître son poème comme un pendant chrétien aux célèbres ouvrages d'Ovide. Parla nous voyons, dans tout son jour, la culture classique de l'auteur. Il y a, dans les deux ouvrages, un trait particulier et qui, encore un coup, plaide en faveur d'un seul auteur, c'est la propension à rendre d'une manière symbolique les récits de l' Ancien-Testament : le châtiment de Sodome et de Gomorrhe est le symbole des peines de l'enfer (2), et le sort de Jonas celui de la résurrection du Christ et de l'immortalité (3) corroborée par elle : cette dernière circonstance confirme avec évidence cette assertion que le second poème est un fragment (4). Le Carmen de fratribus Septem Macc/iabœis interfectis ah Antiocho Epiphane (5) attribué le plus généralement à Vietorin (6), nous montre une manière encore bien plus libre

1. La statue de sel subsiste encore, affirme l'auteur; tronquée, elle se rajuste d'elle-même ; bien plus, elle montre toujours sa nature féminine par les Menses qui durent encore. Sod., v. 121 et s.

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