‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 5)Chapitre 93 sur 353 · hymnes · texte numérisé non relu

hymnes

poésie hymniqueihristiano-grecque, el spécialement celle qui était consacrée aus louanges du Christ. Noua ne pouvons rien conclure de Là néanmoins quant a la forme de ces hymnes. Cette poésie recul une impulsion particulière des hérétiques qui B'en servirent poux populariser leurs croyances el qui l'introduisirent les premiers dans le service divin, afin de lui donner un charme esthétique tout particulier. Il va Bans dire, • ■H effet, qu'à la forme métrique empruntée à l'antiquité se rattachait étroitement la manière dont Les Grecs exécutaient ces hymnes: un chant modulé fut substitué a la récitation hébraïque qui avait servi à rendre les hymnes sans mètre, comme les ùîat Kveu|urttxa(. Ce sont les Ariens spécialement, qui cultivèrent la poésie hymnique dans Le sens que nous venons d'indiquer : il semble même que c'est précisément cette circonstance qui engagea saint Silaire à composer, pendant son séjour en Orient, son livre d'hymnes latines, comme un antidote contre L'hérésie. L'on sait, en effet, que sa vie entière fut consacrée a combattre l'arianisme. C'est aussi la poésie hymnique des Ariens qui a très certainement engagé saint Âmbroise à composer des hymnes; il avait sous les yeux l'exemple de saint Qilaire, et, de plus, il avait à poursuivre un but tout particulier el que ne devait pas avoir son devancier, celui de les introduire dans l'église. Toute L'activité Littéraire de saint Ambroise vise exclusivement eu effet le côté pratique Aussi te voyons-nous seulement composer ses hymnes lorsque sa lutte contre L'arianisme est arrivée à sa période aiguë el lorsqu'il se propose d'élargir et d'enrichir la Liturgie qu'il introduisit à cette époque : il voulait agir sur le peuple en se servant de moyens empruntés à son ennemi lui-même. La cour arienne de Valentinien 11 et de sa mère Justine renouvela, en 386, à l'occasion de la tète de Pâques, les prétentions qu'elle avait déjà manifestées l'année précédente; elle exigea la remise de la basilique Portiana, de Milan, a L'évèque arien Anxence. Saint Ambroise refusa une seconde fois de se rendre à cet ordre. Il lit. dans cette situation critique, un sermon contre Auveuce : ce sermon, publié' dans la collection de ses lettres (§ :U I . contient les paroles suivantes, qu'on a 1. Après la lettre 21.

peu remarquées jusqu'ici , et qui sonl d'une haute importance pour notre '''Inde : Hymnorum quoque meorum carminibw deceptitm populum fern ni. Plane //ce hoc abnuo. Grande Carmen istudesi (1), quo nihil potentius quam co?ifessio Trinitatis quse quoiidie totius populi ore celebratur? Certatim ornnes student /idem fateri, Patron et Filium et Spiritum Sanctum nom ut versibus prœdicare. Facti sunt igitur onïnes magistri qui ri.r poterant esse discipuli. Il ressort incontestablement de ces paroles que saint Ambroise, aux prises avec l'arianisme, composa d'abord ses hymnes dans l'intérêt de la doctrine orthodoxe. Une se justifie pas du reproche que lui avaient fait les Ariens; il ressort de plus qu'il les introduisit dans le service divin, et enfin que le peuple lui-même contribua au chant des hymnes: il insiste particulièrement dans la dernière phrase, sur ce détail que le chant des hymnes n'était pas seulement exécuté parles ecclésiastiques. Le mot certatim peut enfin signifier un chant antiphonique ou alternatif.

Ces renseignements sur les hymnes de saint Ambroise sonl les plus anciens que nous possédions, et leur importance est d'autant plus grande qu'ils émanent de l'auteur lui-môme. Il faut les compléter cependant à l'aide d'un passage bien connu, mais non toujours bien compris,, des Confessions de saint Augustin: ce sont les premiers détails que nous trouvions, après saint Ambroise, sur la matière. Or, saint Augustin raconte (à la fin du c. 6, liv. 9) combien il a été saisi par les hymnes et cantiques de l'église, hymniet ccmtica, à l'occasion de son baptême par saint Ambroise (Pâques, 387). Il ajoute, dans le chapitre suivant, qu'il n'y a qu'un an que l'Eglise de Milan entreprit de célébrer ce genre de consolation et d'exhortation, à l'occasion des poursuites de Justine contre saint Ambroise, dans l'aifaire de l'hérésie arienne. La pieuse communauté chrétienne passa la nuit en prières dans l'église, prête à mourir avec son évèque. Sa mère, Monique, était une des plus zélées, et lui-même, Augustin, bien qu'il n'ait pas encore ressenti la chaleur de l'Esprit de Dieu, fut pourtant

1. Le jeu de mots ne peut guère échapper au lecteur : carmen est pris ici dans le sens de « charme ».

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->;iisi de la frayeur et de l'angoisse qui s'étaient emparées de la ville. Tune hymni et psalmi ut canerentur secundum niorem orientalium partium, ne populus mosroris Uedio contabesceret, institutum rst. Cet usage persista dans la Buite, ajoute-t-il ; presque toutes Les paroisses du monde L'imitèrent. Dans le passage original que nous venons de reproduire, sainl A.uguslin <lil (Jeux choses, ainsi que le montre du reste le rapporl de ce passage avec le précédent, à savoir que Les hymnes furenl alors pour la première fois introduites, en Occident, dans le servier divin ; et, en second lieu, que les hymnes el les psaumes se chaulèrent alors pour la première fois d'après la manière orientale. Mais, dans L'expression orientalium partium, il faut sans nul doute entendre spécialement l'Eglise s\ riaque(l). Le texte lui convient mieux qu'à l'Eglise grecque. L'Eglise de Syrie revendiquait aussi pour elle l'honneur d'avoir la première introduit les Antienne*, et, d'autre pari, l'ami de saint Uasile le Grand, saint Ephrem, avait fait passer le premier, dans la liturgie des orthodoxes, des hymnes au sens strict du mot. c'est-à-dire, différentes de celles de la Bible : lui-même en avait composé pour sa communauté, l'Église d'I'Mcsse (laquelle aimait beaucoup le chant et la musique), afin de la prémunir plus facilement contre les plaisirs mondains dont cet art entrelient Le goût. Il mil à profit de vieilles mélodies de L'hérétique Harmonius el les adapta a des textes orthodoxes. Or saint Ephrem était contemporain de sainl Ambroise ; il mourut en 'M'A.

Au renseignement fourni par saint Augustin et à la communication de saint Ambroise joignons encore les détails que nous donne le biographe de ce dernier. Paulin, milanais qui faisait partie de son clergé. Dans son Histoire de lu vie de saint Ambroise, Paulin parle du conflil de L'évêque avec la cour arienne, puis du siège de L'église fait par les soldats, et il ajoute : Hoc in tempore prùnum antiphonae, hymniet vigiliae in ecclesict Mediolanensi celebrari cœperunt. Il remarque ensuite, comme saint Augustin, que l'usage s'en conserva non

1. Ou bien l'expression embrasse en même temps l'Eglise syriaque et l'Kglise grecque, l'Église orthodoxe, bien entendu.

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seulement dans cette Eglise, maisqu'il se répandit dans presque toutes les provinces de l'Occident (1). Cette communication sert de complément et d'explication aux deux autres. Elle prouve, en effet, comme nous l'avons fait remarquer plus haut, non seulement que saint Ambroise introduisit alors dans son église les hymnes, mais encore qu'il enrichit la liturgie en général. C'est ainsi qu'il adopta un office spécial aux ariens, l'office nocturne des Vigiles ; il est possible aussi que la cause de cet usage ait été tout extérieure et qu'elle soit seulement un résultat des veilles que le peuple, aux heures de danger, passait avec son évèque dans l'église. La manière dont Paulin cite les antiennes à côté des hymnes explique les paroles de saint Augustin : l'introduction du chant orientai des antiennes eut lieu, à la vérité, en même temps que celle des hymnes; mais elle ne se borna pas à ces dernières. Saint Ambroise fit aussi chanter les psaumes à la manière des antiennes. L'exécution des antiennes et le chant alternatif des hymnes avaient été introduits tous deux dans l'Église, d'abord en Orient. L'exécution antiphonique des psaumes existait déjà depuis longtemps chez les Juifs, et la forme spéciale de cette poésie hébraïque, le parallélisme, aurait dû lui-même l'indiquer. D'autre part, lejchant/alternatifj n'était pas moins primordiaux dans la poésie lyrique des chœurs grecs, ainsi que le montrent le chant des chœurs de la Tragédie, quoiqu'il ne faille pas perdre de vue que Yantiphonie de la ligne et de la strophe est un peu différente. Rechercher comment le chant antiphonique des psaumes et celui des hymnes fut exécuté dans l'église de saint Ambroise est une tâche en dehors de mon étude littéraire, non moins que de ma compétence (2).

Parmi les hymnes « ambrosiennes » qui nous restent, il y en a quatre seulement dont la paternité puisse être sûrement attribuée à saint Ambroise. La seule qualification de hymnus Ambrosianus, qui est donnée à plusieurs d'entre elles même de la part d'écrivains anciens, tels que Bède, ne saurait être un témoignagne suffisant pour établir leur authenticité (3).

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