HYMNES l!l."i
On donnait, en effet, ce nom $ hymnes ambrosiennes, a des poèmes occlésiatiquea composés d'après la forme el le modèle des hymnes de aainl Ambroise el qu'on chantait aussi de La même manière 1 1. C'est précisément Léchant qui devait être en cela décisif. Ce qualificatif hymne ambrosienne lui donc celui d'an genre «le la poésie chrétienne-latine, ou mieux, des cantiques de L'Église (2), el souvenl ne signifia pas une hymne de saiiii Ambroise. Les quatre hymnes authentiques <le saint Âmbroise sont: lu Dem ereator omnium; 2° /Eterne rerum conditor; 3° Jam surgit hora tertia; imites 1rs trois citées par saint Augustin comme authentiques (3); — i° Vent, redemptor gentium, confirmée peut-être aussi par saint Augustin, et. en tout cas, par d'autres témoignages certains de La première moitié du V siècle (4). Il est de la plus grande importance,
c. 25) : « In ofïiciis quoque, quffi beatus benedictus abbas, omni sanctitate praccipuus ordinavil, hyinni dicuntur per horas canonicas, quos Ambrosianos ipse nominans, vel illos vult intellegi, quos confecit Ambrosius, vel alios ad imitationem Àmbrosianorum compositos. Scitndum tarnen multos putari ab Ambrosio factos qui nequaquam ab Mo sunt editi. Incredibile enini videtur, illura taies aliquos fecisse, quales multi inveniuntur, idest, qui nullaru sensus consequentiam habentes insolitam Ambrosio in ipsis dictionibus ruslicitatem demonstrant. »
1. Bède dit, De arte metr., c. 11 : « Hyninos vero quos choris alternantibus canere oportet, necesse est singulis versibus ad purum esse distinctos, ut sunt omnes Ambrosiani. » L'enjambement (concatenatio) n'y était point toléré. Pour comprendre le passage de Bède, il faut bien remarquer que, par le terme versus, il comprend de longues lignes, et qu'il nomme oersieulilQB lignes courtes, de sorte que, étant donné ce mètre des hymnes, il comprend deux « vers » dans un versus; encore ne l'appelte-t-il pas « dimitriambique », mais « metrum iambicum tetrametrum ».
2. Comme le dit expressément saint Isidore dans la remarque 2, citée plus haut, page 187.
!ï. En citant les hymnes il nomme saint Ambroise comme en étant l'auteur; l'hymne l,dans les Confess. (IX, c. 12); l'hymne 2, dans Rétractât. (I, c. 21); l'hymne 3, dans De natura et gratta (c. 63 ). Saint Augustin se consolait de la mort de sa mère avec la première, ainsi qu'il le dit dans ce passage des Confessions. Sainte .Monique mourut en 387 : cette hymne est donc des plus anciennes de saint Ambroise. On peut invoquer aussi, pour l'authenticité de la 2e, la reproduction partielle qu'en fait saint Ambroise dans Y Ht'.xamèi'on (v. plus haut p. 166, rem. 2), quoique cette reproduction seule, on le comprend, ne fournisse pas une preuve suffisante,
i. Un sermon de saint Augustin, n° 372, dont l'authenticité n'est pas bien établie, y fait allusion. Le fragment de l'allocution du pape Cœlestin
pour l'histoire de ce genre de poésie qui intéresse au plus haut degré, de pénétrer profondément dans l'étude de ces quatre hymnes. Nous pouvons donc étudier ici le véritable point de départ de ce nouveau genre de poésie, car c'est vraiment, nous l'avons vu, avec les hymnes de saint Ambroiseque commence seulement l'histoire des hymnes latines.
Considérons-en d'abord la forme. Les quatre hymnes, de 32 vers chacune, sont composées en di mètres iambiques, réunis en strophes de quatre vers. Détail très important : le mètre est rigoureusement observé, la quantité exactement suivie (1), l'hiatus complètement banni ; le spondée lui-même admis seulement à la première et à la troisième place. L'opinion généralement reçue et qui prétend que la poésie lyrique chrétienne-latine débute avec des poèmes où l'on néglige le mètre et la quantité, est donc complètement fausse (2), sans parler que du même coup, elle donne une fausse idée de l'histoire entière de ce genre de poésie (3). La poésie hymnique remonte directement, quant à la forme, à la poésie artistique de l'antiquité païenne. L'iambe n'était pas, originairement, un mètre populaire de la poésie latine. Mais, à l'époque de saint Ambroise, il était, sous la forme du dimètre, un mètre à la mode dans la « littérature » : c'était celui qu'on donnait aux épopées, et la strophe courte de quatre lignes contribuait de plus à le rendre populaire. Il ne pouvait pas
aux évêques, de l'an 430, cite la première slrophe et en nomme saint Ambroise comme l'auteur; il en est de même de l'épître de Faustus à Gratus, en 445, qui en cite un seul vers. V. Daniel, Thés. IV, p. 4 et s. où se trouvent encore d'autres témoignages, entre autres deux de Cassiodore.
1. Une fois seulement une brève, dans l'arsis, se trouve allongée par l'ictus (accent métrique) « castus amor. .. » dans la première hymne, v. lo. Pour l'étude sur la quantité des ire et 4e hymnes on doit prendre pour base le texte de Mone, plus correct et basé sur les plus anciens manuscrits, et non celui de Daniel qui manque de critique.
2. Cette opinion est, à priori, déjà fort invraisemblable, à cause des rapports de la composition musicale et métrique, dans l'antiquité : avec un peu de réflexion, il eût été facile de s'apercevoir bientôt de cette invraisemblance.
3. C'est ainsi que l'exposition de Westphals, Mélr. Grecq., Ie éd., p. S9 et ss. est devenue complètement fausse : l'auteur assimile, sans aucune critique historique, les hymnes ambrosiennes avec les hymnes de saint Ambroise.
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déplaire au peuple par I«' f;iii d'avoir eu, dès L'origine, l'assentiment des savants. Le caractère artistique des hymnes de saint Ambroise s'affirme encore Burtoul dans l'opposition el la lutte fréquentes entre l'accent du mot et l'accent du vers,
meine à la lin du vers et sans que souvent le dernier temps fort (etrsis) coïncide avec un accent secondaire (i). L'exemple
de saint llilaire a été, je crois, décisif' pour sain I Ambroise, en ce qui concerne le ohoii du mètre el celui de La composition de la strophe ; on n'aurait point attribué sans cela à saint llilaire des hymnes dans la forme des hymnes ambrosiennes. Mais il me semble probable que saint llilaire a formé son mètre sur celui des hymnes grecques des ariens de L'Orient : ce mètre aurait bien pu aussi exercer sur saint Ambroise une inlluencedirecle.il ne nous est resté aucun renseignement sur celte mesure de vers. Ce qui est sur, c'est que le dimètre iambique (le catalectique, il est vrai) était non seulement très ancien chez Les Grecs, mais y était de plus très populaire : on s'en était servi même pour composer des airs de danse (2). Si, de la forme, nous passons maintenant à l'étude du fond de ces hymnes, nous voyons que les sentiments exprimés sonl aussi chrétiens que la forme en est païenne. Les trois premières sont destinées à trois heures du jour consacrées à la prière. La première est un chant du soir et correspond à la prière qu'014 fait en allant prendre son repos : on y remercie Dieu pour la journée écoulée et on lui demande sa protection contre les attaques du démon, pendant la nuit surtout, contre les assauts qui menacent la chasteté. La deuxième est un chant du matin où l'on salue, par des vœux pleins de piété. L'apparition de l'aurore; il correspond à la prière du réveil, dès le premier chant du coq. La troisième est destinée à la troisième heure (tertio) : c'était une heure de prière, parce que c'est
1. Ce dernier point était souvent impossible à éviter, vu le peu de dimension du vers ; c'est ce que les Epodes d'Horace montrent comme ces hymnes authentiques de saint Ambroise. Il est ben de rapprocher cette remarque de la citation de Westphals (p. tîl) indiquée plus haut ^p. 173, rem. 2 de l'édition allemande).
2. Comme celui des filles de Botliaca, dans Plutarque, Quœst. grée. 35: îtt»|t!vel< 'A'ir.va;; v. Weslphal, t.-c, p. 492, — Prudencea employé unefois ce mètre, Cuthem. VI,
Iï)8 SAINT AMBROISE 171-.').!
l'heure où le Christ fut cloué à. la croix, ainsi que le dit du reste L'hymne, dès le début. La quatrième cnlin est un chant <!<• Noël ; il fut d'abord chanté comme tel dans L'église de saint Ambroise, puis, plus tard, dans celles de la Gaule et d'Italie, ainsi qu'en témoigne Faustus à l'endroit cité plus haut. De ces quatre hymnes, la dernière est celle qui a le caractère le plus antique; par le style, elle représente aussi les plus anciennes hymnes de saint Ambroise. Elle est, en effet, purement dogmatique ; elle célèbre l'incarnation du Sauveur qui. Dieu luimême, est égal « au Père éternel » (œqualis xterno patri). Telle était la nature des plus anciennes hymnes chrétiennes, ainsi que nous le montrent les exemples grecs et que nous renseigne toute l'exposition du développement historique de cette poésie ; telles étaient aussi ces hymnes dont les Ariens accusaient saint Ambroise de s'être servi pour tromper le peuple : elles célébraient la Trinité, ainsi que cela ressort bien clairement du passage précédemment cité du discours de saint Ambroise contre Auxence.
Nous retrouvons aussi, dans notre quatrième hymne, cette citation, qui est comme une affirmation de la foi catholique (de Nicée) opposée àl'arianisme. Le style archaïque — et ce mot est pris ici dans un double sens : au point de vue de la langue et au point de vue du genre de poésie — s'y montre non seulement dans les figures empruntées à l'Ancien-Testajnent, mais surtout dans le parallélisme hébraïque des membres, dont la cinquième strophe nous offre un exemple très frappant : Ecjressus ejus a patine ; Regressus ejus ad patrem ; Excursus usque ad inferos; Recitrsus ad sedem Dei. C'est ainsi que cette hymne nous reporte, pour le fond comme pour la forme, aux plus anciennes hymnes de l'Eglise chrétienne en général, lesquelles se rattachent immédiatement aux 0)0 al -vej;j.a-'.-/.x{.
Les deux premières hymnes, au contraire, sont d'une nature purement parénétique et nous offrent en cela un caractère purement romain, qui correspond admirablement à celui de saint Ambroise. C'est bien aussi dans ce caractère moral et doctrinal que réside la force de la poésie lyrique d'Horace. La troisième hymne, qui a pour but de nous rappeler la mort du Sauveur sur la croix, a un fond dogmatique, il est vrai, mais