V. Ep. 125, ad Rusticvm, c
prêtres séculiers. Celte lettre était destinée à faire delà propagande pour ce genre de vie: elle atteignit effectivement son but.
Mais saint Jérôme ne devait ressentir que trop tôt et trop cruellement les misères de cette vie monastique, les querelles et le fanatisme, misères qui mirent un terme à son séjour au désert. II revint à Antioche, où, à proprement parler, il débuta dans sa carrière littéraire, avec son livre contre Lucifer le scbismatique. Dès lors la littérature fut sa vocation. II reçut la prêtrise dans cette ville, mais il y mit pour condition d'être délié des fonctions du ministère. Vers 380, il alla à Constantinople où, sous la direction du célèbre Grégoire de Nazianze, il se perfectionna dans l'exégèse et dans la langue grecque. La traduction qu'il y fit de la Chronique d'Eusèbe est un des fruits les plus importants qu'ait produits en lui l'étude de cette langue. Deux ans plus tard il se fixa à Rome et il mil sa plume et son érudition au service du pape saint Damase, surtout à l'occasion du concile qui y fut tenu à cette époque.
Ce séjour à Rome, qui pourtant ne dura que trois ans, fut, pour lui, de la plus grande importance. Au centre de la chrétienté de l'Occident, dans un poste des plus en vue, saint Jérôme déploya une activité extrême et eut une grande inlluence. Celte influence revenait en première ligne au savant qui, à la prière du pape saint Damase, avait commencé la revision du texte latin de la Bible. C'est à Rome qu'il acheva en partie cette édition nouvelle, appelée, dans la suite, la Vulyate; il y acheva du moins la revision des quatre Evangiles, dont la préface est adressée à saint Damase, ainsi que la revision des psaumes. Il devait, en second lieu, cette influence à sa qualité de moine et d'ascète : comme tel, il écrivit alors son livre contre Helvidius, un laïque qui avait composé un livre contre la doctrine de la perpétuelle virginité de la sainte Vierge. Mais, en somme, il la devait encore plus au prestige personnel qu'il exerçait dans les cercles les plus élevés de la société, qu'à son talent d'écrivain. Le sentiment de la vie ascétique et l'intérêt pour la vie religieuse étaient encore loin d'avoir pénétré dans la société romaine. Nulle part la culture païenne ne se conserva dans toute son intégrité plus longtemps
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qu'à Rome el Burtoul dans les premières familles. La vie monastique était du reste très peu connue en Occident, el Le nom de moine, peut-être pour le même motif que celui des Cyniques, représentai! dans l'opinion publique quelque chose
de lias.
11 y avait alors, a Rome, trois femmes remarquables el de la première noblesse, veuves toutes trois, el toutes trois centre
de ces sociétés foncièrement chrétiennes. Elles s.- prirent d'un enthousiasme d'autant plus grand pour . ette vie de renonciation au monde et consacrée à la gloire de Dieu, que la société semblait plus ^àiée par l'influence, passagère il est vrai mais démoralisatrice, de cette lutte entre la culture païenne el la culture chrétienne. La société d'alors avait une physionomie semblable à celle qu'elle eut à l'époque de la Renaissance. De jeunes ecclésiastiques, d'une suprême élégance, les doigts chargés de bagues, les cheveux Brisés, juraient par Jupiter et par Hercule, papillonnaient autour des femmes dans les salons, déclamaient des comédies et chantaient des chansons erotiques !
L'ascétisme qui devait réagir contre celle frivolité, n'en trouvait qu'un sol plus préparé (I). Les trois femmes qui prenaient pour ainsi dire l'ascétisme sous leur patronage étaient Marcella, Melanie et Paula : elles appartenaient aux premières familles patriciennes. A Rome, ainsi que s'exprime sainl Jérôme 2 , Marcella montra, la première, au paganisme plein de confusion, ce qu'est le veuvage chrétien. Elle n'avait vécu que sept mois dans les liens du mariage; mais elle n'en repoussa pas moins toutes les nouvelles propositions qu'on lui lit. Renonçant au luxe pour elle-même, elle n'employa ses richesses qu'au soulagement des pauvres. Avec sa mère et sa sœur Asella, elle vivait retirée sur le mont Aventin : elle n'admettait autour d'elle qu'un cercle d'hommes et de femmes qui partageaient ses sentiments et auxquels des prêtres fugitifs d'Alexandrie vinrent porter la première et merveilleuse
1. Vu surtout qu'à cette époque saint Ambroise agissait si puissamment en ce sens et que son influence s'étendait fort au loin.