‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident;Chapitre 104 sur 263 · Cf. plus haut, p · texte numérisé non relu

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2. Le poème déJ3ule par un tableau saisissant de cette époque '.

Temporis infausta sub potestate dolendi, Dum fraudis commenta pios populumque patremque Opprimèrent, sanctamque fidem delere pararent Praescripta exsiliis, odio, vi, carcere, ferro : Tune jacuere boni nebula moeroris']opaci, Solaque per gremium regni nutantis ineptos Perfidia exseruit terrore tyrannidis ausus...

Canisius, p. 234. Migne, /. c, p. 1096. H. Gesch. des ostfisenk. Reichs, I, p. 95 et cf. Simson, op. c. II, p. 99.

•'IGOi.J lîlPITRES. ÉPÎORAMMKS. POÉSIK LYIUOUK 181

une époque oii la fidélilé n'(^\islait plus, en nous faisant voir au milieu de quelles ditTicultés et de quels grands dangers ce brave serviteur de l'empereur avait bravé cl le passage des Alpes et les embûches des ennemis (1), pour aller chercher Judith, en Italie, et la remettre en liberté. Faisons encore r«-marquer^ quoique appartenant à une époque postérieure, un poème adressé à Lothaire (cinquante hexamètres) (2), dans lequel Wahihfrid, chassé de Reichenau et alors à Spire, implore l'assistance du monarque et exprime, à cette occasion, ses sentiments monarchiques, ainsi que la douleur que lui a causée la mort de son protecteur, Louis le Débonnaire.

Walahfrid a composé, en outre, des Épù/rammps et principalement des Inscriptions ; parmi celles-là, il faut en citer quelques-unes du genre badin (3). Il s'est même essayé dans la poésie lyrique. Nous possédons de lui ^ enelfet, un court dithyrambe, en vers phaléciens de onze syllabes, en l'honneur d^Adélaïde , Tépouse de Conrad dont nous avons parlé cidessus; mais tout autre est l'intérêt d'un poème plus long, en vers glyconiens(4), et comprenant dix strophes de six lignes. Il a pour titre : De carnis petidantia et le poète, dans une série de tableaux, nous y montre la nécessité d'opposer à temps une barrière à ce défaut. Ce poème a un caractère populaire qui

1. Voici, par exemple, quelques jolis vers relatifs aux efforts de ce serviteur fidèle :

Nox obscura diem, nocLem lux ipsa timebat; Nulladomo campove quies, timor undique pulsans : Sola fides rectique sibi meus conscia tantum Suasit opus, docuitque aliquam sperare salutem.

Canisius, p. 239. Migne, /. c, p, 1101.

2. Dümmler l'a édité le premier dans la Zeitschr. f. deutsch. Alterth. N. F. VII, p. 462.

3. Par exemple, un billet à un poète, un Écossais : Versibus atquc mctrts par est donare poetam, dans Canisius, p. 242, et Migne, /. c, p. 1104.

4. Mètre que nous trouvons également dans le Peristephanon de Prudence, mais seulement en strophes de cinq lignes. Voici le début de WalahlVi.l :

Quisquis tramite pendulo Declivique spheram loco Plana ponit in area, Ni prensum teneat manu :

» Statim cernit ad infima

Cursu nare volubili.

Canis., p. 252, Migne, /. <\, p. Uli.

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tient de la chanson, quoiqu'il soit écrit en vers métriques et que la rime n'y soit qu'accidentelle : elle ne s'y montre , du reste , qu'en deux endroits. Notre poète composa enfin un poème de plus longue haleine encore, en strophes saphiques; il y déplore, après avoir quitté Raban, sa triste situation au cœur d'un hiver rigoureux et dans une solitude, apparemment dans une cellule de Fulda, et il trouve des expressions pleines de tendresse et de sentiment pour dépeindre le violent désir qu'il éprouve de retourner à Reichenau, ce lieu si plein de charmes (1).

Walahfrid composa même des hymnes^ dont deux dans le mètre de Sapho : l'une est sur la naissance de Jésus-Christ, et le poète y implore, en terminant, la bénédiction du Sauveur pour l'empereur Louis, pour Judith et pour son fils; l'autre a pour sujet la translation des restes de saint Janvier à Reichenau par l'empereur Lothaire (2). Bien autrement grande est l'importance d'une hymne, en trente-trois strophes de quatre lignes, composée dans le style du Péiistéphanon de Prudence et apparemment d'après ce modèle. Elle est consacrée aux martyrs d'Agaunum, aujourd'hui saint Maurice, en Valais, à cette légion Thébaine, comme on l'appelle, qui, d'après une tradition de l'Orient, fut anéantie en cet endroit, en 28o, sur un ordre impérial, malgré la bravoure qu'elle déploya. Les discours du « chef » [diix) et des soldats sont particulièrement remarquables, et, en général, l'hymne est écrite dans un style et dans un vers vigoureux. Walahfrid a, en général et dans ce poème en particulier, choisi Prudence pour modèle, de préférence aux autres poètes chrétiens, surtout au point de vue du mètre, ainsi que nous Tavons déjà dit.

Parmi les ouvrages en prose de Walahfrid, un seul est indépendant, remarquable, et offre en même temps un intérêt général ; c'est le livre De ecclesiasticarum verum exordih et

1 . J'ai, le premier, édité ce poème dans l'appendice de ma dissertation, p. 109sq.

2. La première dans Canisius, p. 223 sq. Migne, /. c, p. 1085; la deuxième est éditée par Diimmler dans \ Anzeiger für Kunde der deutschen Vorzeit T. F., vol. XXIII (1876), p. 178 sq.; Walahfrid a aussi composé une hymme ïnnatnlem S. Mammae, dans le niètre ambrosien, mais elle est peu importante.

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incremcntu. D'après la préface, cet ouvrage fut composé à la prière de Regimbert, le savant|bibliothécaire de Reichenau, (i) dans le but spécial de suppléer des écrits aniérieurs sur la liturgie. Walabfrid, le premier, a essayé de doimcr ici une étude historique et critique de cette science, en recherchant comme il le dit dans la préface, « d'où provient que ceci ou cela passa en habitude et prit dans le cours des siècles telle ou telle forme ; » il se propose donc de donner l'histoire du développement de quelques choses spéciales qui appartiennent au culte. Cet ouvrage, n'étant qu'un supplément, ne traite que des points déterminés, et par là s'expliquent le caractère épisodique de la narration, le manque d'une disposition systématique, de même que mainte digression, comme aussi l'absence de l'explication mystique. L'auteur débute par les lieux qui servent aux cultes : les temples et les autels; le chapitre cinquième traite des cloches et le chapitre sixième est consacré à l'explication des noms latins des édifices ecclésiastiques et de leurs parties. Celui qui vient après offre un intérêt tout particulier : il renferme l'explication du nom allemand de la maison de Dieu. L'auteur en agit ainsi, comme il le dit, au risque de paraître ridicule aux Latins, dont il raille l'orgueil avec une ironie enjouée qui reflète ses sentiments patriotiques (2). Ses compatriotes seuls doivent le lire et ils y verront qu'en beaucoup de choses ils imitent la sagesse des Grecs et des Romains. Cette sagesse consiste, pour le cas présent, à emprunter aux autres peuples, avec les choses, les noms de ces choses elles-mêmes. De même que les Grecs et les Latins en ont agi ainsi par rapport aux Hébreux, et les Latins par rapport aux Grecs, ainsi les Allemands le font à leur tour par rapport aux Latins. Ceci s'applique spécialement à presque tous les objets ecclésiastiques, mais la langue vulgaire elle-

1. Voy., sur lui, Kœnig, o]9, c, p. 372 sq., et cf., du même auteur, D/c Reichenauer Bibliothek, dans le quatrième vol. de l'ouvrage :Freibitrg. Diœcesan- Archiv., principalement p. 223 sq.

2. (( Dicam tamen etiam secundum nostram barbariem, quae est Theotisca, quo nomine eadem domus Dei^ appellatur : ridiculo futurus Latinis, si qui forte haec legerint, qui velint simiarum informes natos inter augustorum liberos computare. Scimus tamen et Salomoni (qui in multis typum gessitDominiSalvatoris)interpavonessimias fuisse delatas » {UlBf(j.,c. fO.)

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même a beaucoup emprunté à la langue latine, qui dérive du grec, comme père, mère. C'est donc ainsi qu'il tire par dérivation le mot Kirche (église) de Kyriaca. L'introduction des mots dérivés du grec dans la langue allemande fut favorisée par les Barbares au service des armées romaines et par leur conversion, surtout par les Gotlis dont la traduction de la Bible, encore conservée, est mentionnée par Walahfrid.

Le chapitre huitième avait un intérêt d'actualité; il a, en effet, pour sujet les images et le culte qu'on leur rend, et Walahfrid s'y montre le représentant de l'opinion des Allemands, opinion raisonnable et conciliante. Plus loin (c. 14 sq.), l'auteur traite en détail de la messe, et, à cette occasion, il parle aussi des hymnes (c. 2o), principalement de leur his> toire, et cela même'avec des détails très complets, ce qui montre bien que l'auteur avait une connaissance approfondie de ce genre de littérature. Il est digne de remarque de voir Walahfrid, à côté des hymnes proprement dites, distinguer les hymnes métriques et rythmiques, comme aussi les hymnes au sens général du terme (1).

Accordons encore une mention particulière au chapitre final (31), qui a une valeur réelle pour Thistorien : il contient, en effet, une comparaison entre les dignités ecclésiastiques et les dignités profanes; le pape y est mis en parallèle avec Tempereur, les patriarches avec les patriciens, en souvenir assurément de la condition des rois Francs avant l'empire de Charlemagne, les archevêques avec les rois, les métropolitains avec les ducs. L'auteur poursuit cette énumération en descendant jusqu'aux acolytes, lecteurs, cliantres et psalmistes auxquels il fait correspondre, dans le monde, les « Yeredarii (cour-

1. « Notandum, hymnos dici non tantum qui metiis vel rythmis decurrunt. . . verum etiam caeteras laudationes, quae verbis convenientibus et sonis dulcibus proferuntur. Unde et liber Psalmorum apud Hebraeos liber hymmorum vocatur. Et quamvis in quibusdam ecclesiis hymni metrici non cantentur, tamen in omnibus générales hymni, id est, laudes dlcuniur. >^ Walahfrid fait même preuve de critique historique et littéraire en distinguant, parmi les hymnes Ambrosiennes , celles qui sont l'œuvre de saint Ambroise lui-même de celles qui sont dues à la plume de ses imitateurs, et en disant que celles-ci diffèrent souvent de celles-là, par le fond comme par la forme. Cf. vol. I, p. 195.

[164-').] ÉLAROHATION DK VIKS DK SAINTS IS.*;

riers), Conimoiüarieiises, Ludorinn oxliihiiorcs. (larminum pompatici relatores (1) ».

Mais là où noire auteur se nionlre le moins iiKicpundanl, c'est dans son ouvrage purement tliéologique et le plus volumineux de tous, la Glose ordinaire i(}lossa ordinaria] ouvia-'o qui lui acquit ;le plus de renommée et resta en honneur jusqu'au xvir siècle : c'est un commentaire de la Hihic tout entière, extrait en majeure partie] des commentaires de Kaban, lesquels ne sont eux-mêmes, nous l'avons vu, presque qu'une compilation; malgré tout, c'est là un ouvrage d'une? application étonnante, lequel élargi encore par d'autres, lesla au moyen âge la ressource la plus appréciée pour expliquer la Bible. Dans ce livre, Walahfrid ne démentit pas son litie d'élève de Raban.

La culture intellectuelle de notre auteur lui fit en outre entreprendre le remaniement et la publication d'ouvrages d'autrui. C'est ainsi que nous le voyons d'abord, à la prière de Gozbert, nbbé de Saint-Gall, retoucher l'ancienne Vie de mint Gall, et ensuite deux ouvrages hagiographiques d'un neveu de cet abbé, le diacre Gozbert, qui désirait lui-même celte élaboration : le premier était une continuation de la Vie de saint Gall^ livre relatant les miracles qui avaient eu lieu après la mort du saint, et le second, la vie du premier abbé du monastère, saint Othmar (2). Ces refontes visaient la forme; elles avaient pour but de donner à l'ancien ouvrage un vêtement mieux stylé, ou bien encore de le corriger, par exemple dans les écrits de Gozbert. Le fait de voir Walahfrid laisser de côté les noms eux-mêmes des témoins des miracles du saint plutôt que de ternir « l'honneur de l'expression latine, » en reproduisant leurs formes barbares, ce fait, dis-je, nous montre jusqu'à quel point il s'efforça de donner à ses œuvres une teinte latine (Y. S. Gain, 1. II, c. 10). Ensuite, Tauteur a aussi abrégé et,

1. Les deux dignités profanes nommées en dernier lieu sont particulièrement intéressantes; on ne peut comprendre par là que les jongleurs et les chanteurs, les jaculatores notamment, qui étaient placés ù la cour.

2. Voy. les deux derniers ouvrages in Monum. German. hiatnr. SeripL, t. II, p. 21 sq. et p. 41 sq.; le premier est dans Mabillon, Ada S. S. nnl. Bcned., Saec. IL

suivant le cas, condensé la matière, pour éviter l'ennui^, comme il le dit lui-même, et enfin, dans Tancienne Vie du moins, il a introduit une division par chapitres, afin d'en faciliter l'intelligence. Dans la préface de ce dernier ouvrage, on trouve une courte digression géog-raphique et critique sur la patrie de notre auteur, l'Alamannie, et ce travail est personnel à Walahfrid. Il avait du reste l'intention de mettre également en vers métriques la Vie de saint Gall, mais il ne donna pas suite à ce projet. Walahfrid prépara une nouvelle édition de la Vie de Charlemagne ^ par Eginhard^ et la divisa en chapitres auxquels il donna un titre spécial, afin d'en faciliter les recherches, comme il le dit lui-même. Il y ajouta en même temps un prologue, assez court, mais qui renferme un grand sens, dans lequel il nous donne une notice biographique succinte, et très précieuse aujourd'hui, de même qu'une description excellente du caractère de l'auteur (1).

Si Ton considère que AValahfrid mourut dans la force de l'âge, son activité littéraire, si grande et si multiple, semble doublement remarquable. Avec cela il a en même temps exercé, et certainement avec succès, les fonctions de professeur, en élevant Charles le Chauve, ce protecteur influent des sciences et de la culture littéraire, et en maintenant dans un état florissant l'excellente école de Reichenau, à laquelle il devait tant lui-même. Non seulement^Walahfrid nous apparaît comme un homme d'un talent élevé et créateur, qui sait aussi se frayer une route à lui, mais encore comme une personnalité aimable, ainsi que témoignent maints traits isolés de ses ouvrages, parmi lesquels on en trouve aussi quelques-uns qui sont assaisonnés par une humeur tout enjouée.

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