CHAPITRE TROISIEME
Un autre disciple célèbre de Raban mérite ici une mention spéciale, comme poète; on peut même dire que, comme tel,
\ . Voy. plus haut p. 105, rem. 3, l'édition de JalTé,
[166.] ÉPITRES POÉTIOUES A RATRAMN 187
il est particulièrement remarquable, quelque minime que soil le nombre de poèmes qui nous aient été conservés sous son nom : c'est GoiTScnALK (1). Nous avons déjà parlé précédemment (2) des principales circonstances de sa vie jusqu'à sa condamnation au synode de Mayence en 848, et nous reviendrons plusieurs fois encore à l'histoire de sa doctrine sur la prédestination quand nous parlerons, plus loin, de la littérature provoquée par cette doctrine, en tant que cette littérature appartient au cercle de notre étude. Sa condition ne fut améliorée en rien lorsque, selon la décision du synode, il eût été livré à l'archevêque de Reims. L'animosité du plus puissant prince de l'Eglise d'Allemagne passa dans le cœur du prince de l'Eglise de la France de l'ouest; Hincmar persécuta le moine inflexible aussi cruellement que l'avait fait Raban. Le synode de Quierzy condamna^ l'année suivante (849), pour la seconde fois la doctrine de Gottschalk, et son auteur, après avoir été fouetté à mort, fut condamné à être enfermé perpétuellement dans le monastère de Hautviller, à Reims. On lui permit d'abord d'écrire, ce qui le mettait encore en communication avec le monde extérieur; mais après quelques années on lui retira encore cette liberté qu'il avait mise à profit, il est vrai, pour attaquer personnellement Farchevéque qui le persécutait. Gottschalk mourut dans les dix dernières années du vF^siècle, fidèle jusqu'à la fin à ses opinions et sans se réconciher avec l'Église.
Ce qui nous reste de ses ouvrages en prose n'a aucune valeur littéraire, et n'avait, du reste, été écrit que pour sa défense personnelle. C'est ainsi que nous avons de cet auteur deux Confessions, dont la plus longue a pour but d'établir sa doctrine de la prédestination, exposée succintement, au moyen de passages empruntés à la Bible et aux Pères. Nous avons de plus un petit nombre de fragments du plaidoyer remis à Raban, au synode de Mayence, fragments que nous trouvons
i.Migne,Prt<ro%irt latim, tora. CXXI, p. 345 sq.; — Cellot, Historia Gotteschalki praedestiniani, Paris, 1665. (Append.);— Dümmler, Gesch. des ostfrœnk. Reiches, vol. I, p. 311 sq. et 384 sq.; — Dümmler, N. A., p. 320.