‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident;Chapitre 109 sur 263 · Namque magisterio vix uno subditus anno · texte numérisé non relu

Namque magisterio vix uno subditus anno

2. Car ce n'est qu'alors que Gottschalk commença à pencher vers la doctrine de saint Augustin touchant la prédestination; voilà pourquoi il demandait conseil. De plus, il se trouvait dans un cloître, ainsi que le montre le passage suivant, dont il est question aussi plus haut : « Ut saltem hinc fingere ternas — Litterulas liceat, quoniam imperium Patris instat — Ad patrandum aliquid, cum hoc, tum protinus illud. » Enfin un autre passage, précédemment traduit, ne pouvait alors se rapporter qu'à la Franco de l'ouest; le voici : « Denique sunt muiti. Domino donante, magistri — Uw: regionc siti, ingenio locuplete beati, — Unde palatina pleri([uc morantur in aula. « On serait tenté de croire, d'après cela, que ce n'est qu'après Tan 840, c'est-à-dire après le début du règne de Charles le Chauve que Gottschalk avait conçu, ou du moins communiqué, son système de doctrine, quoiqu'il l'eût déjà longtemps promené avec lui.

3. Dans les derniers vers, il parle encore de la différence entre les élus et les réprouvés.

cette nature profonde et passionnée ne manquait pas de sentiment poétique : cela résulte de plusieurs passages.

Ce dernier point ressort encore plus clairement de deux poèmes rythmiques conservés, sous le nom do Gottschalk, dans un manuscrit du x*^ siècle (1). Dans Tun [0 Dens miseri), le poète prie Dieu d'avoir pitié de son misérable serviteur; il fait l'aveu de ses fautes, et conjure tous les saints, en particulier la sainte Yierge Marie, saint Michel, saint Pierre, les Martyrs, les Patriarches et les Prophètes, les Vierges et les Confesseurs de vouloir appuyer sa demande auprès de Dieu. C'est un long poème de vingt strophes, comprenant chacune sept lignes courtes et monorimes. L'autre poème [0 quid jubé s ^ pusiole), de dix strophes à sept lignes courtes chacune, a un caractère profane; il est adressé à un jeune disciple, de noble famille, à ce qu'il semble, lequel provoque le poète « à chanter un doux cantique. » Celui-ci refuse d'abord : à lui, si loin de sa patrie, il conviendrait plutôt de pleurer et de gémir, et au disciple de mêler ses larmes aux siennes : n'étart-il pas défendu aux Juifs de chanter à Babylone? Mais comme le jeune ami persiste, le poète chante Dieu en trois personnes, à qui il fait entendre ses plaintes et ses soupirs vers la patrie; depuis deux ans, en effets il est dans une île, en pleine mer. Ce poème est, lui aussi, rimé d'un bout à l'autre. Plus loin, en étudiant dans un coup d'oeil .d'ensemble les poèmes rythmiques, je reviendrai sur la forme des vers et de la rime ; mais je Veux faire remarquer ici qu'on trouve, dans ces poèmes de Gottschalkj tout comme dans le mètre lyrique des épîtres que nous avons déjà étudiées de lui, une prédilection pour la rime et la même manière de l'employer; ce point parle même en faveur de leur authenticité que ne contredit nullement le contenu (2).

1. Dans Du Ménl. Poésies populaires latines antérieures äüXIh siècle. Pâtis, 1843, p. 177 sq. et 253 sq.

2. J'ai déjà fait remarquer plus haut (p. 141) que Gottschalk voyagea pendant longtemps et séjourna notamment en Italie et dans le Frioul. On peut donc penser, avec Du Méril, qu'il s'agit, au deuxième chant, d'un séjour dans une île de l'Adriatique.

CHAriTRE QUATRIÈME

ERMOLDUS NIGELLUS.

L'^action de la culture esthétique du siècle de Charlcmagne se montre encore, pendant la jeunesse de Walahfrid^ dans un autre poète : il n'est point lui-même Allemand, mais son origine est pourtant germanique (i), et il apparaît comme un représentant remarquable de-cette poésie épique profane, à laquelle le grand empereur avait donné la première impulsion ; c'est Ermoldus Nigellus(2). Son poème sur les exploits de l'empereur Louis est aussi remarquable pour l'épopée populaire de la littérature nationale du moyen âge. Sa personnalité ne nous est connue que par quelques rares notices de ses poèmes. Moine aquitain, Nigellus étaiten très bonnes relations avec le roi Pépin, fils de Louis le Débonnaire, qui régnait alors précisément en Aquitaine; il doit avoir occupé à la cour une position très influente : peut-être avait-il été le précepteur du monarque et devint-il plus tard son chancelier (3). Il accompagna même, armé de pied en cap. Pépin dans son expédition contre les Bretons, en 824* Il semble môme avoir aiguillonné l'ambition du jeune roi à tel point, qu'on voit celui-ci s'en

1. Son nom d'Ertnold parle en faveur de cette origine, mais bien plus encore la connaissance qu'il montre de la langue allemande dans les étymologies des noms propres (voy. 1. I, v. 47 sq., l'étymologie de Ludwig)^ on bien encore la connaissance qu'il suppose de cette langue chez le lecteur quand il dit (1. IV, v. 657 sq.), saris autre explication, en parlant de « Theutrammus » : JSomine dignus.

2. Dans les Moniim. Germaniae hist. Scriptor., t. II, p. 464 sq. ; — traduction de Pfund dans les Gcschichtschreiber der deutschen Vorzeil, q. Jrt/trÄ., vol. III, Berlin, 1856 (introduction); —Henkel, Uebey'den historichen Werthder Gedichte des Ermoldus Nigellus (Programme de l'école supérieure municipale d'Eulenburg, 1876) ; — Dümmler, JV". A., p. 260 sq.

3. Dümmler pense, lui aussi, que très vraisemblemenl Ermold est le même que le chancelier Hermoldus, dont le nom se trouve, en 838, dans plusieurs chartes de Pépin.

192 ERMOLDUS MGELLUS [l'^l-l^H

prévaloir même contre son père. Aussi Louis éloigna-t-il Ermold de l'entourage de Pépin ; il fut exilé à Strasbourg et placé sous la surveillance de Févêque Bernold, qui, par amour pour Pépin, le traita en ami. C'est pendant son exil qu'Ermold écrivit les poèmes qui nous restent de lui, et c'est cet exil luimême qui lui fit prendre la plume. Ces poèmes sont : d'abord cette épopée déjà mentionnée et au moyen de laquelle il espérait obtenir de Tempereur un acte de clémence qui mettrait un terme à son bannissement ; elle fut composée à la fin de 826 ou au commencement de 827 (i); — ensuite deux élégies adressées à Pépin, et dont la seconde pour le moins est écrite après le poème épique. Selon toute probabilité, Ermold fut mis en liberté après la victoire des fils sur le père, en 830.

Le poème épique, pour lequel il n'y a pas de meilleur titre que celui de De r/estis Liidovici Caesaris{2)j est écrit en distiques et comprend quatre livres. Il est de plus précédé d'une préface de trente-cinq hexamètres, laquelle esta la fois acrostique et télestique, c'est-à-dire que les premières et les dernières lettres de ces vers donnent l'hexamètre suivant : « Ermoldus cecinlt Ludovici Caesaris arma ». Dans ce prologue, le poète implore l'assistance du fils de Dieu et celle du chantre David pour « raconter les actions glorieuses du noble empereur » ; il ne veut pas, en effets invoquer les Muses, ni Phébus, ni Apollon (3), ainsi que le faisaient les Anciens en démence; une vaine sagesse aveuglait leur esprit et le démon régnait

1. Non seulement il ne consacre pas une seule ligne, mais il ne fait même pas une seule allusion à des événements postérieurs, alors qu'on le devrait attendre de lui, comme par exemple au sujet du bannissement de Harald.

2. En se basant sur le prologue, notamment sur les vers 9 sq... Quo possim Cttesms in hoc .. . Carminé ö^esto loqui. Cf. aussi 1. I, v. 15 et 29. Le premier éditeur (Muratori) a intitulé ce poème : De rebus gestis Ludovici Impcratoris.

3. Nec rogo Piérides, nec Phœbi tramite limen Ingrediar capturus opem, nec Appollinis almi.

Praef. v. 13 sq .

De même que l'auteur fait ici deux dieux de Phoehiis Apollo, ainsi fait-il (1. I, V. 18) deux auteurs -de TuUim Cicero ; cette dernière confusion se retrouve aussi fréquemment dans la littérature postérieure du moyen âge. Mais l'une et l'autre ne laissent pas que d'être caractéristiques pour la culture scientifique d'Ermoid.

[I"'^.J L)i: GKSTIS LUDOVICI CAESAllIS 193

dans leur cœur. Avec le secours qu'il implore, il espi-re «pir SCS vers lui obtiendront la délivrance de son lieu d'exil. Ku terminant, il s'adresse à l'empereur lui-même, dont il exalte la piété, en le conjurant d'accepter^ gracieusement l'ouvrage, et de le relever lui-même, lui le serviteur déchu. Donnons d'abord une courte analyse du poème.

Abstraction faite de l'introduction, dans laquelle le poète explique encore son intention de chanter les exploits de Louis tout en déclarant cependant ne pouvoir les chanter tous en particulier, le livre premier, composé de six cent seize veis, est consacré presque entièrement, à partir du vers soixantecinquième, à la prise de Barcelone par Louis, en qualité de rni d'Aquitaine (801). Il parle auparavant, mais rapidement, de son élévation sur ce trône, de la signification de son nom «4 de la défaite des Basques (v. 31-64).

Dans le livre deuxième (six cent deux vers), l'auteur rapporte d'abord le couronnement de Louis par Charlemagn(% en 803 (v. 1-84), puis il raconte, après un court souvenir consacré à la mort de Charles, le voyage de Louis à Aix-la-Chapelle : ce voyage ressemble à un cortège triomphal, tant est grande la foule qui accourt de toutes parts pour rendre hommage au monarque. L'auteur en fait une description poétique, exagérée peut-être, mais très vivante. Viennent ensuite les premiers actes de son gouvernement : grâces accordées, envois de messagers royaux; à tout cela se rattache un éloge de l'empereur (v. 85-196). L'auteur nous raconte ensuite l'arrivée du pape Etienne dans l'empire des Francs, sur l'ordre de l'empereur, et le couronnement du monarque par le pontife, en 816 (v 197-480). Ce récit occupe, surtout parles longs discours des deux personnages, la moitié du livre, et en forme, pour ainsi dire, le noyau. La fin traite des aspirations réformatrices de Louis par rapport au clergé et aux monastères, surtout des instructions des ambassadeurs, Missi, envoyés à ce sujet (817 ), et des relations de l'empereur avec Benoit d'Aniane (v. 481-

Le livre troisième comprend six cent vingt-huit vers. L.i majeure partie en est consacrée au récit de la campagne d«' Louis contre le prince breton Mnrman, eu 818. aiinre par

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laquelle débute le livre ; l'auteur parle d'abord de la défaite de ce prince, de sa mort et de la soumission des Bretons (v. 1o02); et, après cela, du rapport que font les ambassadeurs royaux, déjà de retour. A partir du vers cinq cent quarantetroisième, le poète nous fait le tableau d'un duel qui eut lieu, comme jug-ement de Dieu, en 820, entre le comte Bera de Barcelone, ancien compagnon de l'empereur et le comte Sanila ; comme les deux champions étaient d'origine gothique, il se battirent à la manière des Goths, c'est-à-dire à cheval, avec le javelot et le glaive. y

Les efforts de Louis pour convertir les Danois forment le sujet principal du livre quatrième (sept cent soixante-huit vers.) Après quelques détails caractéristiques sur les Danois ou Normands (1), le poète commence aussitôt par le récit de l'envoi d'Ebbon, archevêque de Reims, auprès du roi Harald, en 823, en qualité de missionnaire (v. 25-112). Dès que le poète a brièvement dépeint une nouvelle campagne contre les Bretons révoltés, en 824, campagne à laquelle prend part Pçpin d'Aquitaine et, avec lui, Ermold lui-même (v. 113-146), il nous fait le récit des résultats obtenus par le zèle d'Ebbon ; Harald apparaît, en 826, à la tête d'une flotte considérable, à la résidence impériale de Ingelheim, pour y recevoir le baptême et devenir le vassal de Louis. Ce récit est précédé d'une description, fort intéressante, du palais de Ingelheim et de son église, notamment des tableaux qui servent d'ornement à ces deux monuments (v. 181 sq.). Le baptême, les fêtes auxquelles il donne lieu, la prestation du serment de fidélité du roi danois sont racontés en détail et peints avec de vives couleurs (v. 622). Après avoir parlé du départ de Harald, Ermold félicite Louis de sa conquête pacifique : il possède ce que n'a eu ni la puissante Rome, ni la couronne franque; et ici le

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