Ermold lui donne les deux titres
3. (( Quae (gens) mihi nota nimis, etsibinotus ego, » v. 148. Expression qui caractérise très bien le héros.
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rémenl, il fait là allusion à la bataille d'Orbieii, en 793, où les Francs furent défaits, il est vrai, par un ennemi supérieur en nombre, mais où ils empêchèrent les Arabes de pénétrer plus avant, grâce au courage qu'ils déployèrent, eux et leur chef Guillaume (1). Ce dernier dit que la conquête de Barcelone mettra fin à la campagne ; elle seule peut assurer la paix : luimême veut en être le chef.
Le poète fait alors un tableau plein de vie de l'assaut de la ville; on y trouve beaucoup de traits vraiment épiques qui rappellent immédiatement Tépopée populaire carlovingienne, comme, par exemple, le rôle que jouent les chevaux de bataille des héros. C'est ainsi que Guillaume répond à un Maure (v. 401 sq.) qui dit d'un air moqueur, du haut du créneau, que la famine forcera bien les Francs à la retraite : « Je dévorerai mon magnifique coursier lui-même plutôt que de lever le siège. » Alors seulement les Maures se laissent gagner par reff"roi. L'émir abandonne la ville secrètement pour aller chercher du renfort ; mais les hennissements de son cheval le trahissent. Le poète avait déjà raconté auparavant (v. 207 sq.), sous forme d'épisode, que les Arabes, dans une sortie, avaient capturé la mère d'un Franc nommé Datus et l'avaient amenée dans une forteresse construite sur un rocher inexpugnable : en vain le fils cherche-t-il à la délivrer le glaive à la main: l'ennemi exige comme rançon le cheval du Franc; mais celuici laisse plutôt égorger sa mère sous ses yeux que de livrer son cheval, crime atroce, qu'il expiera en embrassant la vie d'ermite jusqu'à la mort. La vigueur de la narration est rehaussée non seulement par des discours entremêlés au récit, mais encore par plusieurs comparaisons remarquables ; c'est ainsi que les Maures se cachent devant la pluie de flèches et de pierres comme le font les oiseaux à l'approche de l'aigle qui saisit celui qui lève la tête (v. 505 sq.).
Le récit détaillé de la guerre contre les Bretons, au troisième livre, est également plein d'intérêt et offre aussi beaucoup do traits bien poétiques. Le poète avait pris part lui-même à
1. La chanson de ij^este : La bataille Allscans, consacrée au triomphe de Ouillaunie, clianle, comme on se le rappelle, cette bataille.
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la campagne conlro l«^s Rrclons, mais souIimucmiI à la campagne qui suivit celle-ci; aussi nous faiL-il revivre, dans un tableau plein de vie et de réalité, le pays, les hahilants, ainsi que le genre de guerre nécessité par leur nalun« spécial.' : dans ce terrain découpé, plein de marécages, de bois el de haies, il n'y avait pas moyen d'en venir aux mains en bataill«' rangée et décisive; c'était plutôt une guerre de partisans, faite de dévastation, de la part des Francs, et de surprises, d.la part des Bretons (v. 347 sq.). Mettons particulièrement en relief les pourparlers de Morman avec l'ambassadeur Franc et son départ pour le combat (v. 101 sq. etv. 3G1 sq.),aiusi que le passage où sa femme le détermine à opter pour la guerre au lieu de la paix et celui où il prend congé d'elle : ces scènes renferment plus d'un trait de beauté et d'importance (i). Dans ce livre également se trouvent des comparaisons magnifiqu.'ment exprimées. (Y. par exemple, vers 175 sq.).
On ne saurait donc nier qu'Ermold ne possédât un talent poétique, et même un talent épique; il est bien loin d'être un simple chroniqueur en vers, ainsi que le montre déjà le choix de son sujet; disons aussi que la tendance panégyrique ne dépare pas essentiellement son style épique. L'ouvrage de notre auteur est, malgré ses défauts contre la langue et le mètre (2), un produit remarquable pour cette époque, surtout si l'on considère qu'Ermold sait s'abtenir d'imiter en esclave le poème de Virgile, où de le mettre à profit d'une manière exa-
1. Le discours même, par lequel Morman renvoie l'ambassadeur, après avoir passé dans l'ivresse, avec sa femme, une nuit qu'il avait demandée comme délai pour se décider, est digne de remarque (I. III, v. 207 sq.) :
Ecce miser tandem potu somnoque sepultus
Murman adest, oculos vix aperire valens. Ebrius haec ructans labris vix orsa remotis
Voce sonat, numquam post placitura sibi : Perge, tuo régi celerans haec verba renarra :
Nec sua rura colo, nec sua jura volo.
nie habeat Francos, Brittonica regmina Murman
Rite tenet, censum sive tributa vetat, Bella scient Franci, confestim bella ciebo, Neve adeo imbellis dextera nostra manet.
2, Il n'y manque même pas d'hexamètres de sept pieds, quoique cependant ils ne soient pas très fréquents (par exemple, 1. III. v. 31.).
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gérée (1), quoiqu'il ait pris cet auteur pour modèle en certains passages et qu'il se réfère même une fois à l'Enéide (2).
Ermold a écrit aussi deux élégies dont l'une a un intérêt remarquable, au point de vue de l'histoire, et l'autre, au point de vue de la littérature. Dans celle-ci (deux cents vers), le poète envoie sa Muse, Thalie, chez le roi Pépin, tout comme Théodulphe renvoyait chez Modoin (3), et vraisemblablement d'après lui (4), quoiqu'il ait connu lui-même Télégie d'Ovide qui avait servi de modèle à Théodulphe. La déesse fait son apparition dans la résidence royale, sur la Charente, à la fête de Pâques, alors que le roi et son épouse sortent du palais avec un solennel cortège, sans doute pour se rendre à Téglise. Le poète rapporte ensuite l'entretien de sa Muse avec le roi : celui-ci demande des nouvelles de l'exilé ; il veut savoir dans quel pays, dans quelle ville il réside et quel est l'évêque de cette ville. Là-dessus, Thalie fait une peinture de l'Alsace, de l'abondance de grain et devin dont elle est redevable au Wasacus (les Vosges) et au Rhin, entre lesquels elle est située. Si le roi le désire, il apprendra de ces deux personnages euxmêmes ce que peut chacun d'eux, et lequel des deux est le plus utile à son peuple. Ces paroles de Thalie sont suivies d'un débat entre le Rhin et les Vosges en forme de dialogue. Le Rhin vante donc la route navigable qu'il offre à l'importation de précieuses marchandises, ainsi que ses poissons; Wasacus, par contre, qui est fouetté par la tempête et par la pluie, ne livre que du bois pour le foyer. Mais Wasacus réplique. Avec
1 . L'opinion contraire, soutenue par Dorn, De bellis Fmncorum mm Arahihus gestis (p. 52), n'est pas justifiable, ainsi que le montre le parallèle qu'il établit lui-même entre quelques passages. Pour un poète latin et épique postérieur à Virgile, les réminiscences étaient inévitables, mais elles ne ne sont pas criantes.
2. Dans le discours de l'ambassadeur franc à Morman, dans lequel le Franc fait remarquer que lors même que Morman recevrait autant de renforts qu'en reçut Turnus, il n'oserait pas cependant se mesurer avec les Francs (1. III, V. 144 sq.). Morman pouvait bien, pour le poète, être un autre Turnus, vu que Louis rappelait lui-même le pins ^neas par l'épithète de pius que lui donne Ermold. Cet ambassadeur franc était un abbé.