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CHAPITRE CINQUIÈME

ERMENRIG D'ELL'WANGEN.

C'est plutôt comme représentant de l'érudition, telle qu'on la cultivait dans les asiles de la science, à Fulda et h Reichenau, que comme auteur que nous voulons signaler ici un disciple de Walahfrid; il avait étudié lui aussi, à Fulda et à

1, Ermold fait ici allusion à son poème épique (v. 141 sq.).

2. Il est curieux de remarquer que Charles Martel, cité parmi les aïeux, est appelé ici (v. 131). Carolus magnus, ce qu'on trouve aussi ailleurs ; cette circonstance devait servir à identifier dans la légende Charles Martel à Charlemagne.

2' Er — modjiîata tibi conscripsit carmina — moldiis,

Nominis ut tamuli sis memor, aime, tui.

1170.] VITA SOU. VITA iiAuioi.n :2()l

8aint-Gall ot il avait ék'' sous la dirertiou spécial«' d'un ancini maître de Walahfrid. do rarchichapelaiu (Irimald {\ ] : il so nomme Ermenric d'Ellwangen (2), du nom nwMno du monastère auquel il appartenait. Sa vio ne nous ost coimue que par quelques notices oparses dans ses écrits. La plus ancienne est une Vie de saint Siialon (3), fondateur do Solonhofen sui' rAltmiihl, dont le nom latinisé était Solus (4). C'est à la prière de son ami Gundram, neveu de Raban et supériouide cette cella dépendante de Fulda, qu'Ermenric onlropril la composition de cette Vie, après s'être assuré d'avance du consentement de Raban : nous lisons cela dans une coi respondanco entre les deux amis, qui sert de prologue à cette Vie. La lettre de Gundram fait espérer à Ermenric que son professeur d'éloquence (5), le savant Rudolf de Fulda, lui prêtera son concours pour le style. C'est à ce dernier, en effet, que l'auteur adresse un prologue en vers adoniques. La Yie elle-même, dont les matériaux furent fournis par Gundram et par des témoins oculaires encore vivants (entre autres un domestique du Saint), est courte et insignifiante. Sualon était un de ces x\nglo-Saxons qui avaient suivi saint Boniface en Allemagne ; ordonné prêtre par lui, il préféra, comme beaucoup d'autres, embrasser la vie érémitique. Comme la renommée de sa sainteté commençait à se répandre, Cliarlemagne lui donna, pour s'établir,

1. Peut-être Ermenric fut-il quelque temps membre de la chapelle royale, comme le supposent Diimmler et Wattenbach.

2. Ermenrici Vita S. Solae dans Canisii lectiones antiquae (v. plus haut p. 164, rem. 2), T. II, pars 2, p. 161 ; — Yita S. Hariolfida.ns Monum. Germnmne histor. éd. Pertz, SciHptores, t. X, p. U sq. ; — Ermenrici Ephtohi adGrimaldum Archicapellanum ex cod. Gcdli, etc.,ed Diimmler. Halle, 1873 (cf. St Gallische Denkmale aus der Karoling. Zeit, édités par Diimmler. Dans Mittheilungen der antiqiiar. Gesellsch. in Zürich, (vol. XII, cahier 6.) ; — Diimmler, JJeher Ermenrichvon Ellwangen und seine Schriften dans Forschungen zur Deutschen Geschichte, vol. XIII, p. 473 sq. (supplément, vol. XIV, p. 405 sq.) ; — Wattenbach, Deutschi. Geschichtq. vol. I, p. 229 sq. ; — Diimmler, iV. A., p. 321 sq.

3. Cf. Rettberg', Kirchcngesch, v. Deutschland^ vol. II, p. 360 sq.

4. Ge n'est point seulement Ermenric, comme le croient Diimmler et Wattembach, mais encore Gundram qui le nomme ainsi, ot la forme de Solenhofen confirme cette opinion.

5. « Oratoris tui » ? — Dans une lettre que lui adresse Ermenric pour lui demander son appui, il l'appelle aussi son didascahis.

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un lieu qui reçut le nom de eel ermilo. Il exerça, du reste, dans les environs, le ministère de missionnaire, secondé en cela par deux de ses compatriotes. Il légua par testament ses possessions au monastère de Fulda. Les miracles, comme guéri son d'aveugles, de sourds-muets, n'offrent aucun intérêt; ne manquons pas de remarquer et d'apprendre que, déjà à l'époque d'Ermenric, « des tableaux suspendus » (dans l'église assurément) perpétuaient la mémoire d'un de ces miracles (!)• A cette Yie, l'auteur ajouta un hymne acrostiche en l'honneur du Saint, et les vers de cette pièce sont assez curieux (2). La Vie elle-même fut écrite avant 842, alors que l'auteur était encore diacre.

Une autre Vie, postérieure en date et écrite à Ellwangen par Ermenric, déjà prêtre, est dédiée à un autre de ses anciens maîtres, à Gozbald, évêque de Wurtzbourg à cette époque; elle a pour sujet principal la vie du fondateur d'Ellwangen, un parent de Gozbald : c'est Hariolf , plus tard évêque de Langres et successeur de son frère Erlolf sur le siège épiscopal de cette ville. Hariolf, laïque de distinction à la cour de Pépin, se trouvant à la chasse de l'élan, fut amené en cette contrée, ainsi que le raconte l'auteur. Obligé d'y passer la nuit, il entend, à plusieurs reprises, pendant son sommeil, le son des cloches. Il croit y voir un signe du ciel; et, conseillé par son frère déjà prêtre, il se fait moine et fonde un monastère dans cette vallée. Charlemagne l'eut plus tard en grande estime. Parmi ses miracles, on raconte en particulier qu'un de ses moines, nommé Grimald, vit, pendant la nuit, du feu sortir de la bouche d'Hariolf en prière et monter vers le ciel comme

1. «... Et continuo cecinit corani populo et sanatus est homo. Quod quidem tabulae pictoriae ibidem pendentes testantur. » (C. 8.)

2. Il est dans la forme du 2* asclépiade, avec une finale particulière, mais en vers rythmiques, car non seulement le poète néglige la quantité, mais il admet encore l'hiatus ; l'accent du mot y domine. Quelque étonnant que cela puisse paraître dans un auteur comme Ermenric, il n'y a pas moyen toutefois de lui contester la paternité de cette hymne, car elle porte partout le cachet de l'expression de l'auteur, y compris même le mélange de termes grecs, vu surtout qu'Ermenric a composé en vers asclépiades presque semblables, quoique métriques, un poème de l'épître que nous étudions plus loin.

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lallamme d'une torche: cette légende est digur d'Atie citer attendu que le même fait, bien que basé sur d'autres motifs, se trouve raconté en faveur d'autres héros, dans la poésie profane du moyen âg-e (1). L'auteur parle ensuite, avec autant de détails, de ce Grimald qu'il dit avoir été converti à la vie monastique^ de la même manière que son abbé (2). Cette Vie tVHariolf, qui se distingue des autres par la simplicité et le naturel de l'expression^ est spécialement remarquable au point de vue de la forme : elle est composée, en effet, sous forme de dialogue. Ermenric s'entretient avec un vieux moine, Mahtolf, dont il se dit le disciple (o/?/m?zî^5), et qui doit répondre, comme maître, aux questions qu'il lui adresse en qualité d'élève. C'est donc le cadre même de la méthode pédagogique d'Alcuin; Ermenric la connaissait depuis son séjour à Fulda. Il avait, au reste, un exemple bien plus direct de cette forme dans les célèbres Dialogues de Sulpice Sévère sur la Yie de saint Mar. tin ; mais son récit, bien dur parfois, est loin, cela va sans dire, d'égaler ce modèle (3),

Nous avons un écrit postérieur, composé vers le milieu du siècle, qui est plus important que ces deux Vies de Saints; c'est uneépître à Grimald, archichapelain de Louis le Germanique. Cette épître nous fournit un témoignage remarquable de la vaste culture scientifique de l'auteur, lequel se dit l'élève de tant de maîtres célèbres, et qui nous offre par suite un grand intérêt au point de vue de l'histoire de la civilisation. Cette épître, l'auteur le dit lui-même, est écrite en l'honneur de Grimald : abordant tous les domaines de la science et agrémentée de toutes les citations savantes possibles, elle a pour but de faire briller aux yeux du monde l'universalité de l'érudition du destinataire (4), mais plus encore apparemment

d. Par exemple, de Havelok le Danois, ce qui prouve son origine royale.

2. Il entend aussi les cloches, mais il reçoit en plus l'apparition d'un ange.

3. Si Ermenric {Epist. ad Grimaldum, p. 35) fait vramient allusion à la Consolation de la philosophie, de Boèce, comme ayant été son modèle, ainsi que l'admet Dümmler, il faut dire que c'est une vantardise de savant inventée après coup.

4.«Hincsane omnes, qui hanc epistolamlecturi sunt, rogone perturbentur nec felletenus irascantur, quod a deo tibi datae sapientiae tanta aseribimus. Si enim universalem prudentiam tiiam tam in dominicis quam etiam in pu-

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celle de l'écrivain. Par là s'explique ce fond bigarré qui montre que, dans les sciences les plus diverses enseignées par Fécole, l'auteur puisa, pour les discuter, des questions spéciales et des plus difficiles, dans la Grammaire et dans le Dogme, et qu'il offre son travail comme des friandises destinées à stimuler l'appétit de l'étude (1); mais l'auteur a aussi pour but d'exciter Tadmiration relativement à sa propre science et à celle du destinataire qu'il bonore comme son maître. Avec cela, l'auteur, semblable h unbomme ivre, ainsi qu'il le dit lui-même (2), va constamment d'un sujet à un autre.

Après un éloge ampoulé de Grimald et de Louis le Germanique, Ermenric débute par le principe fondamental de la morale chrétienne : « Aime Dieu et ton prochain, » principe auquel il doit l'amitié de Grimald. C'est avec ces deux « ailes de l'amour » que l'Ame s'élève vers le ciel (3), « portée sur le quadrige des quatre vertus cardinales. » Ce principe amène bientôt l'auteur à traiter la question suivante : Qu'est-ce que Fâme, à la différence de l'esprit? Et ici prennent place, les uns à la suite des autres, des extraits des écrits d'Alcuin [De arterh€i07\, et De anima), sans citation d'auteur, pas plus du reste que dans les autres passages. Ermenric pouvait, il est vrai, supposer que l'auteur n'était pas inconnu à Grimald. Ensuite, revenant à la pensée déjà indiquée, il en arrive à parler de l'amour et en particulier de l'amour des ennemis. Mais ce quadrige, dont les roues sont les quatre Evangiles (4)

blicis functionibus pensare voluissent... non haberent in hac sceda quid mirarentur. Malui tamen hanc epistolam inter primas vel secundam fore ad honorem timm scriptam. » (Page 31.)

1. Quapropter et si non omnia, tamen giistum ex aliquantis necessariis porrigo illis, qui nesciunt, vel qui ad legendum tardi sunt. » (Page 29.)

2. « Videsne, pater, quod quasi ebrius, via coepta relicta, in alias partes etiam devclvor tangendo quaedam ex his et ad intelligendum exponendo. » (P. 23.)

3. Ces allégories sont dignes de remarque, en ce qu'on en trouve de tout à fait semblables dans la poésie didactique postérieure du moyen âge ; par exemple ces pennae dUectionis dans le « Roman des Etes » de Raoul de Houdenc (cf. aussi, vol. I, p. 265, rem. 2} et le « Voyage de ITime sur un quadrige » dans VAntidmidinnus d'Alain ab Insulis.

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