MARTYROLOGE
bien çà et là une explication erronée de la prosodie aiiticjue, mais il y a lieu néanmoins d'èlre étonné des connaissances que possède Fauteur sur la métrique de l'antiquité et d'admirer son habileté à s'en servir.
Le poème débute par une invocation : c'est une prière au
Christ en vers asclépiades choriambiques ( ^ o - -
u u - U u), comprenant onze strophes de quatre lignes. Le poète y prie le Sauveur de lui pardonner ses fautes, eu égard aux mérites des saints, auxquels il consacre son ouvrage. Vient ensuite Vallocution, sorte de harangue au lecteur, en soixante-huit vers du même mètre, avec la différence toutefois qu'il est ici catalectique. Les saints y sont proposés pour modèles et le poète en parcourt toutes les classes : prophètes, apôtres^ martyrs, docteurs; ceux qui renoncèrent aux plaisirs charnels; ceux qui, étant mariés, renoncèrent au mariage, ou du moins consacrèrent leurs enfants à Dieu; viennent ensuite les ermites^ les moines et ceux qui consacrèrent leurs richesses au Christ : « Tant est riche et variée la source du mérite des bienheureux. » Yoilà ceux que le lecteur doit s'efforcer d'imiter. En troisième lieu, arrive la recommandation (commendatio)^ en deux poèmes; Fun de trente-six vers phaléciens, lesquels doivent former, d'après la préface, des strophes à quatre lignes, recommande le hvre à l'ami Otrich ; et l'autre, en quarante-deux vers adonîques, réunis en strophes de six lignes, le recommande à l'empereur Lothaire (1). Dans celui-ci, Wandalbert chante les louanges du monarque, et dans celui-là, il parle des auteurs chrétiens les plus distingués, à qui leurs ouvrages procurèrent une riche moisson de gloire; en dernier lieu, il traite de Prudence qui, parla variété de son mètre, exerça incontestablement une influence toute spéciale sur notre poète.
Nous allons arriver enfin au Martyrologe lui-même, écrit eu hexamètres ; mais le poète^ avant de l'aborder, donne cn-
1. Lequel a déjà ce Litre depuis vingt-cinq ans : de là résulLe l'époque de la composition de l'ouvrage, ou du moins celle de sa publication; le dernier événement dont il y est fait mention date dp. l'année 844. Voy. ///^'. liiiêv,^ L c, p. 380.
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core en hexamètres et sous le titre de Proposition l'argument de son ouvrage et sous le titre de Comprensio tempo- 7 um la. division du temps, l'année, les mois, les semaines. Le Martyrologe, qui a neuf cent quarante vers, nous présente, mois par mois et jour par jour, un ou plusieurs saints; ce sont d'abord les martyrs auxquels le jour est consacré, comme étant le jour de leur mort, c'est-à-dire le jour de leur naissance à la vie éternelle; cette liste est suivie parfois de courtes remarques. L'auteur parle en même temps des autres fêtes de l'Eglise consacrées à Jésus-Christ et aux apôtres ; par exemple, au 1" janvier, ou fête de la Circoncision et au 25 du même mois, ou fête de la Conversion de saint Paul. Cette poésie de calendrier n'a de commun avec la vraie poésie que le vers, et, çà et là, l'expression; il n'en saurait guère être autrement, du reste; quelques efforts que fasse l'auteur pour varier ses expressions, on voit forcément reparaître les mêmes tournures (1). Malgré cela, le récit est infiniment au-dessus de celui des autres martyrologes en vers, et, parmi ces derniers, l'un du moins, dont le manuscrit provient de saint Riquier, avait vu le jour précédemment, surtout s'il a été composé, comme il est probable, par Micon, maître de l'école du monastère (2). Ce martyrologe a^, du reste, un caractère plus antique que celui de Wandalbert : il ne comprend que quelques jours particuliers, et, à chaque jour n'est consacré qu'un seul vers. Le besoin de venir en aide à la mémoire explique seul, en général, la versification des martyrologes (3).
1. On ne saurait bien déterminer jusqu'à quel point Bède a mis à profit le martyrologe de Wandalbert, avant de connaître exactement les additions faites par Florus à l'ouvrage de Bède.
2. Dans le même codex, on trouve déjà un poème du même auteur, écrit en 825. Voy., sur le codex et sur Micon, Dümmler, N. A., p. 515 sq., notamment 516 et 520.
3. Quel autre but pouvaient donc avoir des vers tels que celui-ci de Wandalbert : '
Martis Donatus tenet Albinusque Calendas?
Et ceux-là mêmes q ui étaient accompagnés d'une légende, comme au 10 août : Quartis (idibus), Laurent!, merito splendescis opimo, Ignern qui passus tortorem vincis iniquum.
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Après le martyrologe wlanl Isl conclmio?i, eu huit st^iphcs de trois lignes, dans le môme mètre choriambique nue l*rudence a employé pour la préface de ses ouvrages (1); le fond de quelques passages de la conclusion rappelle aussi cette préface (2). Comme récompense de son ouvrage sur lecniel il jette ici un regard rétrospectif, le poète espère obtenir uu jour grâce devant Jésus-Christ, par le moyen de l'intercession des saints, pensée qu'il a déjà exprimée dans l'invocation et (pi'il répète encore, après la conclusion, dans une hymne d«; Imil strophes saphiques. Ces deux poèmes de la fin sont adressés à Jésus-Christ.
Viennent enfin deux appendices, [lesquels, comme le dit expressément la préface, font partie de l'ensemble de l'ouvrage. Le premier, composé de quatre cent cinquante hexamètres, a un caractère complètement profane et respire un souffle de vraie poésie, en sorte que, à en juger d'après lui, nous devons regretter effectivement la perte des poèmes profanes de Wandalbert. Quant au fond, cet appendice se rattache à la courte Comprensio temponim. Le poète y traite d'abord des mois pris isolément; il y donne constamment l'origine du nom, la constellation correspondante et les occupations du cultivateur, tout comme on le fait encore de nos jours dans beaucoup de calendriers. Quant à ce qui est de ces occupations, elles concernent non seulement l'agriculture elle jardinage^ mais encore la chasse; elles donnent lieu à des descriptions courtes, mais parfois bien agréables, dans une forme rarement élégante à cette époque; ces peintures, écrites dans des vers faciles et coulants, se lisent aujourd'hui encore avec plaisir. Dans cette partie de son poème^ Wandalbert se révèle avec les qualités d'esprit de l'auteur de VHortuhis ; il y a toutefois cette dilïérence que son style est