Le paradigme est celui-ci
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2. Cf. [)ar exemple la troisième strophe de la eouclusion avec la première de la préface.
212 WANDALBERT [J90J
plus libre et moins forcé et qu'il a plus de fraîcheur (1). La dérivation du nom du mois est empruntée à saint Isidore [Ety- 77îoL,l. V., c. 33), (2), avec cette nuance que Wandalbert donne Junon pour marraine (3) au mois de juin. A ce premier appendice vient se joindre encore un sujet entièrement prosaïque, un Horologium pour les douze mois ; ily détermine, pour chaque mois en particulier, les heures du jour par la longueur de l'ombre que projette le corps humain ; mais, pour les mois euxmêmes, il eu met toujours deux sur le même pied, le premier et le douzième, le deuxième et le onzième , etc.
Enfin, voici le deuxième appendice, avec ce titre : De créatione mundi : il comprend deux cent quatre-vingt-cinq vers pliérécratiens(4). Le poète y fait un court tableau des six jours de la création du monde et il exhorte ensuite l'homme, qui est lui-même un monde, dun ordre bien supérieur, à étudier le sens profond et mystique de l'œuvre de la création. Telle est la conclusion de ce poème qui, dans son entier,, ne compte pas moins de dix-neuf cent dix-neuf vers.
Nous avons aussi de Wandalbert un ouvrage en prose, une Vie de Saint : elle n'est, dans son premier livre, que Félaboralion. soignée quant au style, d'une rédaction plus ancienne qui n'était plus en rapport avec les progrès littéraires de l'époque ; mais, par contre, elle est originale dans le livre deuxième qui
1. Donnons-en un exemple pris au hasard: il y est dit du mois de janvier .
Tum tempus, campis lepores lustrare nivosis, Arlibus et variisjpictas captare volueres; Per campos volitant collesque et flumina circum. Tum capus accipiterque placet, curisque solutis Per brumam genio vacat indulgere, domique Di versos usus veri proferre futuro.
2. Sur le compte duquel on doit mettre l'étymologie étrange qu'on trouve encore plus lard au moyen âge, comme dans Philippe de (Thaiin (Compot); cette étymologie fait donc dériver September et les mois suivants de la composition du mot avec imher.
3. A la fin de ce poème des mois, l'auteur se nomme (Voy. le passage plus haut, p. 208, rem. 2) et il fait observer qu'il a entendu parler de l'agriculture gauloise; toutefois il aura compris, sous le nom de Gaule, le pays jusqu'au Rhin.
4. Vers qui, d'après la préface, devraient au nombre de trois former toujours une strophe, ce qui n"a lieu toutefois que par exception.
[*^0-J] VTTA S. GOARIS ^l.'l
traite des miraclos opérés par le Saint à son tombeau depuis la translation de ses reliques dans l'église bâtie en son bonneur. C'est la Vie de saint Goar {Vita S. Goaris), composée par Wandalbert, en 839, à la prière de son abbé Marcward. Le monastère de Prüm avait un intérêt tout spécial, pour le Saint et pour son culte, parce qu'il avait reçu de Pépin, père de Charlemag-ne, la celle de saint Goar. D'après cette Vie, le Saint était originaire de l'Aquitaine ; il était venu sur les bords du Rhin, déjà au vi'^ siècle, sous Cbildebert I. 11 y avait exercé les fonctions de missionnaire, secondé qu'il était par la vertu d'hospitalité qui le distinguait à un haut degré et qui le faisait aimer de tout le monde. Seul, le clergé indigène, jaloux de la popularité de Fétrang-er, lui suscita beaucoup d'embarras. Il fut accusé de s'adonner outre mesure au manger et au boire, tout en partageant avec les voyageurs et les pauvres, et, pour ce fait, il fut cité devant l'évêque do Trêves. Or, la sainteté du bon personnage, qui vivait et laissait vivre, n'est pas attestée ici d'une manière moins merveilleuse que la vie équivoque de l'évêque, en sorte que ce dernier dut renoncer à son évêché, lequel fut offert, mais en vain, à Goar (1). C'est ainsi que la légende célèbre la victoire du missionnaire sur l'évêque.
Parmi les miracles racontés au livre deuxième et dont l'auteur dit n'avoir eu connaissance que par le récit tradition nel de témoins oculaires, on trouve, à côté de bien des choses insignifiantes, quelques faits remarquables au point de vue historique, témoin, au c. 25, le récit d'un voyage de Charlemagne et de ses fils sur le Rhin. Ce récit confirme encore une fois que ce grand prince n'était pas un dévot. Signalons encore (c. 11) le récit de la haine patriotique d'un noble Allemand contre tous les Romans (2). La prose de Wandalbert se distingue elle-même par la si)nplicité et la clarté d'expression.
1. Cf. Retlberg, Kirchengesch. Deutschlands, I, p. 481 sq. et 465; ici, l'auteur va un peu trop loin avec sa critique mordante.
2. Le passage me semble trop remarquable pour ne pas être cité ici : « Cum omnes Romanae nationis ac linguae hommes ita quodam gentilitio odio execraretur, ut ne videre quidem eorum aliquem aequanimiter vellet, ac si quos forte ex eadem familia comprehendere potuisset crudeliter nonnumquam afficeret. »
21 i sÉDrurs srorrs [^9*-J
Un autre représoiitaiit de la cultiire liltérairo en Lorraine, au milieu de rc siècle, est un Irlandais émigré, professeur à l'école épiscopale de saint Lambert, à Liège, je veux dire Sédulius Scotus ( 1 ). Les ouvrages qui nous restent de lui ont été écrits à peu près entre 840 et 868 ; ils sont aussi l'unique source de sa biographie. Sédulius, comme ils nous l'apprennent, était un de ses savants Irlandais qui émigraient volontiers pour chercher sur le continent un champ plus large à leur activité et une meilleure position sociale, et qui, en tout cas, abandonnaient leur patrie pour tenter la fortune : nous l'avons vu plus haut. C'est donc ainsi que, par un temps glacial et pendant une tourmente déneige, Sédulius, accompagné de deux compatriotes, « savants grammairiens et saints prêtres, » arriva fatigué, transi de froid et affamé, au séminaire de la cathédrale de Liège ; ce n'est pas seulement une retraite temporaire qu'il y demandait pour lui et ses compagnons, mais il désirait y faire un séjour définitif. C'est aussi pour cet accueil durable que, dans son poème, Sédulius remercie Tévèque Hartgar (840- 854) (2). Cette demeure enfumée, sans fenêtre et sans serrure, était, il est vrai, surtout en comparaison du magnifique palais de l'évéque, une caverne de Cacus : aussi, dans un chant écrit en vers asclépiades mineurs catalectiques et plein d'une
1. Fünf Gedi'.hffi des Sédulius Scottus an den Marhgrafen Eberhard von Friaidy zum erstenmale herausgeg. von E. Diimmler. Dans le Jahrbuch für Vaterland. Geschichte. 1 Jahrg. Vienne, 1861; — Sedulii Scoti carminacd. ab Aem. Grosse. Kcenigsberg, 1866. (Progr. pour la fête du collège Friedrich); — Sedulii Scoti Carmina quadrayinta ex. cod. Braxellensie(\.ü.h. E. Dümtnler. Halle 1869. (Progr. de l'université.): — Carmina medii aevi maximam partem inedita, ex bibliothecis Helvetirif; collecta ed. H. Hagen. Berne, 1877, p. 1-10; — Seduli Scoti Liber de rectoribus christianis dans le spicilegium romanum, tom. VIII. Rome, 1842: — Dümmler, X A. p. 31;") sq.; — Pirenne, Scdulius de Liège. Bruxelles, 1882. (Extraits des mémoires de l'Acad. roy. de Belgique, t. 33). Un appendice contient les Carminn inedita de Sédulius.
2. \'ov. Carmina quadrag., c. 1 et rf. Carmina ed. Grosse, c. 1, surtout V. 39 sq.
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joyeuse humour el do couleurs brillaulos, n.»lro polît«, commencc-t-il par chanter saint Lambert; il le prie do rasseuihlor plutôt tous ses aveugles dans cette maison qui conviont niioux aux hiboux et aux taupes qu'aux « savants » [sophistop) : ceux-ci aiment les rayons de la lumière (1). Maintrs h'tlros poétiques plaisantes adressées à révèquo pour lui domandcidu vin, de Fhydromel, du pain et de la viande (;1) montrent que le ménag-e du pauvre maître irlandais était parfois bien peu garni, et aussi que Sédulius n était pas insensible aux jouissances corporelles ; il aimait surtout à avoir le verre en main pour invoquer les muses (3). Outre la poésie, Sédulius cultivait encore la musique avec prédilection ; il se montre aussi par là un vrai Irlandais ; il se compare bien une fois à Orphée et appelle Calliope sa musica conjux (4) ; la musique était alors, il est vrai, une partie essentielle de l'érudition. Pour le fond comme pour la forme, au point do vue du mètre, de la langue et des connaissances de la mythologie antique, ces poèmes nous montrent que Sédulius avait fait de bonnes études grammaticales. Virgile surtout, ainsi qu'en témoignent maintes réminiscences, a exercé sur lui une grande influence; Sédulius n'allait-il pas jusqu'à se nommer lui-même le « Virgile de Liège ?..)) Il semble même avoir possédé quelques notions de langue grecque, ce qui doit moins nous étonner de la part d'un Irlandais; la copie d'un psautier grec, écrit de sa main, nous a été conservée et l'on trouve, même dans ses poèmes, des indications et des traces d'une telle connaissance (5). Sédulius resta encore quelque temps à Liège sous le successeur de Hartgar, Franco (854-901) qu'il exalte dans ses vers à l'égal de son prédécesseur. Suivi de ses compatriotes, il alla ensuite en Italie et y fut accueilli par Tadon archevêque de Milan (860-868) (6). Il sut, par ses vers, se