Cf. plus haut, p
[197-8.] POKMKS OO]
Féglogue y est déjà a])andoiiii6, et de plus il poiic U; tiUe dr, Certamen ou débat, et ce débat a lieu entre la Kose et le Lis Rosae Liliique[{)\ il comprend cinquante bexamètres. Ici même, nous voyons le Printemps prendre part à la lutte (2). Tout comme dans les débats français postérieurs, le poêle prépare en quelques vers la scène de l'action. La Rose a la parole la première. Elle vante sa couleur : la couleur de pourpre donne la royauté , le blanc est la couleur de la misère. Le Lis réplique que le bel Apollon l'aime, lui, tleur à la chevelure dorée et ornement de la terre; le rouge de la ros(.' est le rouge de la honte et témoigne d'une mauvaise conscience. La Rose prétend par contre qu'elle est la sœur de TAurore; son rouge est la beauté de la modestie virginale. Alors le Lis lui reproche d'avoir des épines. La lutte s'accuse et tourne à l'aigreur. Or, ajoute maintenant le poète en continuant son récit, voici qu'un jeune homme, qui reposait sur le gazon, la tète couronnée de fleurs, fait entendre sa voix: c'est le Printemps : « Chers enfants, s*écrie-t-il, pourquoi cette querelle? reconnaisssz-vous comme frère et sœur! A chacun ce qui lui appartient. » Et il termine son rôle de médiateur en disant : « Toi, Rose, tu donnes aux martyrs la palme brillante; et vous, Lis, vous servez d'ornement aux phalanges de ceux qui sont revêtus de l'étole de la virginité* »
Nous possédons en outre vingt poèmes de Sédulius, qui sont réunis à un de ses ouvrages en prose dont l'intérêt est réel pour nous. C'est un miroir des princes chrétiens, qui a pour titre : De rectoribiis christiams{3). Il est adressé à un « seigneur et roi, » jeune apparemment et monté depuis peu sur le trône; c'est même par amour pour lui que le poète l'a composé (4); probablement il s'agit ici de Lothaire II, et la
1. Le titre témoigne également de rautlienticité en faveur de Sédulius: u De Rosae Liliique certamine idem Sédulius cecinit. » (Ciwm. quadr. c. 40)
2. Le vers 29: « ïunc ver florigcra invenis pausabat in herba » rappelle d'une manière éloignée le vers 0* du conflidm « ver quoque florigero succinctus stemmate venit. » (Cf. plus haut p. 79.)
3. Dans un manuscrit, il est aussi intitulé Via regia, tout comme l'uuvrage de Smaragde. V. plus haut, p. 125.
4. C'est ce qui ressort d'un appendice au dernier chapitre; il débute ainsi: « Has autem paucas de multis, divinas et humanas historias percur-
222 SEDÜLIUS SCOTUS [198-9.]
composition remonterait, en ce cas, à l'an 800. ('e livre, composé de vingt chapitres, a pour but d'enseigner, en s'appuyant sur l'histoire biblique comme sur l'histoire profane, quelles doivent être les qualités d'un pieux monarque [Rector). La forme est calquée sur celle de Boèce dans le livre De consolattone philosophiae , et chaque chapitre, le dernier excepté, se termine par un poème qui ne fait, en règle générale, que récapituler le principal argument de la prose (1). Ici comme là, l'ouvrage est précédé d'une introduction en vers. Les poèmes otFrent différents mètres, ce qui accuse encore l'intluence de l'ouvrage de Boèce; ils en difïerent toutefois eu ce que, dans Sédulius, les mètres sont tout auti'es en majeure partie; ils sont plus simples et moins compliqués (2). On y voit que la variété métrique qui nous étonne dans plusieurs poésies de cette époque doit être attribuée non seulement à l'influence des hymnes de Prudence, mais encore à celle du livre célèbre du dernier philosophe romain. Quelques-uns seulement de ces poèmes de Sédulius ont une indépendance poétique qui leur donne un certain charme.
fensj vestrae, domine rex, excellentiae commonitorhis obtuli litteras, testro amore ad hoc opusculum instigatus, sciens me debitorem esse vestrae celsitudinis obsequio. » Et plus loin : « Hos itaque apices velut enchiridion vestri sagacitas ingenii saepius transcurrendo perlegat. »
1. Que Boëce ait été, sous ce rapport, son modèle immédiat, c'est ce qui ressort très clairement de la fin de la première partie de la prose (c. 1). La voici : « Sed haec quae breviter stilo prosali diximus, aliqua versuum dulce^ f^mt' concludamus. » Voici maintenant ce que dit Boëce (L IV, Prosa 6, à la fin): <( Sed video te jam dudum et pondère quaestionis oneratum et rationis prolixitate fatigatum aliqmim carminis expectare dulcedlnem. » On voit donc que, dans Sédulius comme dans Boëce, c'est le même motif qui a présidé à cet encadrement de poèmes dans l'ouvrage en prose. (Cf. vol. I., p. 529 rem. 1.)
2. Ce sont les mètres suivants: Hexamètres seuls (Praef.) ; distiques (c. 1, 2, 6, 10, 14, 19); vers asclépiades mineurs catalecliques (c. 7); anapestes dimètres catalectiques (c. 12). Ce sont là les seuls mètres communs entre le livre de Sédulius efc la Consolation de la philosophie de Boëce. Ensuite: Strophes saphiques (c. 3, 4, 16); hexamètres, avec iambes dimètres acatalectiques (c. 5) ; trochaïques tetramètres catalectiques (c. 9^ 19); Asclépiades mineurs (c. H, 17) non employés seuls dans Boëce; iambiques dimètres acatalectiques (c. 15) et catalecliques (c. 13), et, enfin, dactyliques tetramètres catalectiques en dissyllabes (c. 8).
[199-200.] DE KKCTOUIBÜS CIIIUSTIAMS 22:{
Esquissons donc le contenu de l'ouvrage duiiL la inarcJi«; n'est nullement sûre, ne fut-ce qu'à cause des digressions que se permet l'auteur. Le premier chapitre forme une sorte de Prooemiiun, très caractéristique pour l'auteur comme pour l'ouvrage : dès que le monarque chrétien a franchi les degrés du trône, il doit en remercier Dieu en faisant une dotation à l'Eglise. Chapitre deuxième, Sédulius passe au sujet luimême et exige, à bon droit et avant tout, que celui qui est appelé à gouverner les autres se gouverne lui-même, qu'il évite le mal qu'il punira dans les autres comme souverain, et qu'il s'efforce de pratiquer le bien qu'il ordonne aux autres de faire. Un souverain a donc à observer six règles principales pour atteindre ce but : il doit réprimer les pensées coupables, prendre en considération les conseils salutaires, éviter les discours inutiles et nuisibles, aimer à « goûter » les sentences des princes illustres et celles de la Bible, craindre de commettre une action honteuse et, en sixième lieu, faire briller sa lumière par des actions et des discours magnifiques. C'est ainsi (c. 3) que le prince acquerra la grâce de Dieu, laquelle seule donnera une certaine stabilité à sa domination passagère. L'ornement de la puissance royale est la sagesse qui éleva Salomon au-dessus de tous les rois. Elle ne se montre pas seulement en ce que le monarque se gouverne luimême, mais en ce que, de plus, il gouverne sagement sa maison et son peuple. Sous ce premier rapport, l'auteur n'esquisse ici (c. o) que le portrait d'une bonne ménagère, et, pour cela, il prend modèle dans Placilla, l'épouse de Théodose. Mais, sous le rapport du gouvernement de l'État, cet art si difiicile, le prince a trois règles à observer (c. 6) : premièrement, il doit préférer ce qui est divin à ce qui est humain, parce qu'il faut obéir plutôt à Dieu qu'aux hommes ; secondement, il s'abandonnera moins à son propre jugement qu'à celui de ses plus sages conseillers, à l'appui de quoi Fauteur cite des sentences de l'empereur « Antonin (1) » et de Salomon; enfin, ilne doit pas
1. (C Unde illa Antonini imperatoris praecipua seraper in consiliis fuit sententia: Aequius est, ut ego tot et talium amicoruin consihum sequar, ({uam uL toL et taies amici aieam unius voluntatera sequantur. »
224 sÉDULius scoïus [200-1.]
avoir de faux et pernicieux conseillers. Il doit les fuir comme on fuit des dragons ainsi que la panthère nous l'apprend par son exemple (1). Ensuite Sédulius caractérise les bons «amis» du prince.
Dans les chapitres suivants (7 et 8), l'auteur esquisse, comme leçon, un portrait des souverains impies, après avoir dit ce qui peut gâter les bons : c'est la liberté qu'ils ont, les richesses, le mauvais entourage et l'ignorance des choses publiques (icpioranùa rerum public arma). De tel souverains, qu'un châtiment divin n'a pas manqué d'atteindre, sont Pharaon, Antiochus, Hérode, Pilate (2), Néron, Egée (3), Julien et Théodoric, sur lequel l'auteur appuie longuement en rapportant d'après saint Grégoire (4) le châtiment de ce «roi très cruel », sans faire cependant (chose remarquable) mention de Boëce à ce sujet. Par contre, le roi pacifique, rex pacificus, celui qui dans la gloire de sa souveraineté partage ses présents et ses « bénéfices » dans la salle royale, par conséquent le prince du peuple en Allemagne (o), fait partie de ces sept choses que, d'après le dire des philosophes (6), on appelle les sept merveilles du monde. Les six autres sont un ciel sans nuages, le soleil, la lune, un champ de blé, la mer avec flux et reflux, le chœur de ceux que réunit une même foi. Comme modèles de ce prince idéal, du souverain noble et juste^ l'auteur nomme Auguste, les Antonius, Constantin le Grand, les deux Théodose, Charlemagne et « Ludovicus piissimus. » D'après
1. (( Absit vero ut crudeles tyrannos tamquam infestos dracones bonus habeat princeps amicos, qiiod pantheris exemple animalis adstruitur. Siquidem panther, genus quadrupedis, est, utphysici perhibent, omnium animaliuin amicus excepto dracone. » C'est Icà une allusion intéressante aux physiologues d'après lesquels, sur la foi de cette fable, la panthère est le type du Christ.
2. De lui, comme des deux précédents, il est dit: « Quis nescit quanta districti judicis ultio perculit? » Il résulte de là que la légende de Pilate était alors très répandue. Cf. vol. I, p. 679 rem.
3. L'édition de Maï porte: « de... Aegea, » ce qui ne peut être qu'une faute d'impression.