‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident;Chapitre 134 sur 263 · Voy. plus haut, p. 1.5 et cf. p · texte numérisé non relu

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2. « Non solum vero divinum déferre honorem quibus non licet, sed et ambitiöse honorare sanctorum memorias ob captandam gloriam populärem reprehensibile est. » (C. 17, init.) « Nec iterum ad sua lalibula fraudulenta recurrat astucia, ut dicat se non imagines sanctorum adorare, sed sanctos. Clamât enim Deus : Gloriam meam alteri non dabo, neclaudem meam sculptihbus. » (C. 35, init.)

3. De même qu'on ne saurait espérer recevoir des monceaux de blé ou des ruisseaux de vin de campagnards qui dans une peinture sèment ou vendangent; l'on doit tout aussi peu espérer recevoir du secours des images des anges, des apôtres, des martyrs. Et il remarque judicieusement : t( At quae hujus erroris causa? Fides de corde ablata, tota fiducia in rebus visibilibus collocata. » (Gap. 33.)

[214.] CONTRA EORUM SUPEUSTITIONEM, KTC. 239

encore régi par le code bourguignon du loi (jundobald, d'après lequel des Bourguignons seuls pouvaient témoigner contre des Bourguignons. L'une des conséquences de cotte loi était l'introduction du duel judiciaire, comme compensation à la preuve par témoins. Saint Agobard s'élève d'abord contre la diversité des lois parmi les chrétiens, qui sont dos frères dans le même empire, et en particulier contre cette loi bourguignonne (1), dont il montre 1' « absurdité ». Il fait voir non moins clairement ce que le duel, comme jugement de Dieu, offre d'insensé, puisque les faibles et les vieillards sont obligés de s'y soumettre pour les choses les plus méprisables, et que ceux-là même qui devraient s'aimer mutuellement sont forcés de se blesser pour de telles futilités. Or, l'on croit encore que Dieu est avec le vainqueur qui précipite son frère dans la plus profonde misère ! c'est là une erreur des plus funestes; c'est le renversement des choses, que de penser si indignement de Dieu. Les martyrs de la foi chrétienne montrent clairement combien peu le vainqueur doit avoir forcément raison. Ce n'est qu'au jour du jugement dernier que Dieu prononce la sentence. Le fidèle ne doit pas croire que Dieu dévoile en cette vie les secrets des hommes [occulta hominum) au moyen de l'eau ou du fer chaud ; à combien plus forte raison ne le fait-il donc pas par un duel inhumain! Nulle autorité, nul raisonnement ne permet de croire que la vérité ait ainsi besoin des armes pour se faire jour. En terminant, saint Agobard cite encore le jugement que porte saint Avite contre le roi Gundobald lui-même à propos de ce duel judiciaire, et, à cette occasion, il décerne le plus grand éloge à Tévèque de Yienne (2).

Saint Agobard traite encore le même sujet dans un autre écrit qui manifestement s'adresse au gros public (3). Il con-

i » Laquelle du reste existait aussi parmi les Saxons. Voy. plus haut,

2; Cap. 13. St Agobard fait ici, en passant, allusion à plusieurs ouvrages de cet auteur. Voy. sur St Avite j vol. 1, p. 419 sq.

3. Ainsi qUe le montre le débuts en forme de sermon : « In nomine Domini Dei et Salvatoris nostri Jesu Christi», lequel est suivi d'un long passage de la Bible.

240 s. AGOBARD [214-5.]

tient un recueil de sentences de la Bible destinées à prouver ce que le duel, comme jugement de Dieu, a de peu chrétien; de là son titre : De divinis senteiitiis. Il fait entrer, dans la réprobation qu'il en porte, les autres jugements de Dieu, et, outre ceux que nous avons déjà mentionnés plus haut, il nomme aussi le jugement de la croix. (1). Si Dieu avait permis de telles choses, il n'aurait pas ordonné d'instituer des juges, ni d'introduire les preuves parles témoins et par le serment.

liest singulier de voir un homme aussi éclairé se distinguer par son hostilité contre les juifs ; cette hostilité a provoqué plusieurs brochures de sa part, à une époque où le peuple du rnidi de la France et oii les fonctionnaires les plus haut placés dans l'Etat affichaient envers eux une tolérance surprenante (2). Louis le Débonnaire les favorisait par respect pour les patriarches, dumoins à ce que les juifs prétendaient; il est bien possible aussi que son entourage n'ait pas été inaccessible à leur argent. D'autre part, le droit et la justice étaient du côté des juifs, dans le combat que leur livrait saint Agobard. On faisait, en effet, de la propagande chrétienne parmi les esclaves païens des juifs; or, ces esclaves, une fois convertis, se croyaient en droit, apparemment suivant les promesses qu'on leur avait faites, de s'enfuir de chez leurs maîtres. C'est pour ce motif et conformément aux décrets des conciles antérieurs, qu'il n'était pas permis de conférer, contre la volonté de leur maître, le baptême à ces esclaves.

Le plus ancien écrit d'Agobard contre les juifs date probablement de l'année 822 (3) ; il est adressé aux Proceres palalii

1. (( Xeque smctuset innocens vir David perseculori Saul diceret : si Deus te incitât contra me, odoretur sacrificium etc. Sed potius diceret : Mitte unum de tuis qui congrediatur mecum singulari certamine, et probet me reum tibi esse, si occiderit; aut certe : jubé ferrum vel aquas calefieri, quos manibus illaesus attrectem, aut : constitue cnœes, ad quas staiis immobUis perseverem » (C. 1, fin.)

2. Voy. l'écrit De insolentia Judaeorum, dont nous parlons plus loin, ainsi que la lettre ad ]S'ibridium; et cf.. pour ce qui suit en général : Stobbe, Die Juden in Deutschland uœhrend des Mittelalters. Braunschweig, 1866.

3. Je suis ici les recherches de Simson : Zur Chronologie der Schriften des Erzbischofs Agobard von Lyon ivider die Juden. Y. Jahrb. d. frscnk. Beichs unter Ludwig dem Frommen. Vol. I, p. 393 sq.

[216.] CONTÜA EOIUJM SUPKUSTITIONKM, KTC. 'IW

et a pour titre : ConsuUatio et supplicalii) de haptisnto Judal^ comm mcmcipiorum . L'auteur y demande, relativement à cette question, l'avis des conseillers de l'empereur, Adallianl, Wala etnelisacliar,et il y établit, en même temps, (pie le baptême de tels esclaves ne saurait être prohibé. Kn conséquence du baptême, il admet comme toute naturelle l'émancipatiou des esclaves; il veut seulement que les juifs en reçoivent le prix. Or, c'est là ce qu'il leur a offert inutilement. Il résulte de là^ comme aussi du début de cet écrit, qu'Agobard avait déjà procédé, dans celte alîaire, avec sa propre autorité, et (pu,' les juifs s'étaient plaints à la cour, avecl'espoir du succès. Effectivement, il ne se fit pas attendre; un décret impérial défendit ce baptême. Dans un nouvel écrit aux Proceres (Ililduin et Wala), écrit qui a pour titre : Contra praeceptum impiumdc baptismoJudaicoriüninancipiorum, saint Agobard proteste cou Ire ce décret, mais sans obtenir le résultat désiré. Tout au contraire; l'archevêque ne cessant pas ses persécutions, l'on dut en définitive envoyer des messagers royaux particuliers pour protéger les juifs et prendre des mesures contre saint Agobard.

L'auteur en app3lle alors à l'empereur lui-même, dans un écrit ayant pour titre : De insolentiaJiidaeoriim. Prenant pour point de départ l'envoi des messcig-ers, saint Agobard donne ici les motifs qui lui attirent des désagréments de la part des (( protecteurs des juifs » : c'est pour avoir prêché aux fidèles de ne pas vendre aux juifs des esclaves chrétiens, de ne pas permettre aux juifs de les faire passer en Espagne ou de les avoir comme domestiques; c'est pour avoir dit que des femmes chrétiennes ne doivent pas fêler le sabbat avec eux et qu'elles ne devaient, le dimanche, ni travailler pour les juifs, ni manger avec eux aux jours de jeune; c'est pour avoir empêché qu'aucun chrétien n'achète chez eux du vin ni de la viande, par la raison que les juifs ont coutume de vendre ce qu'ils trouvent d'impur, et qu'ils l'appellent pour cela viande de chrétiens. Saint Agobard cherche donc, dans cet écrit, à se justifier de s'être mis apparemment eu contradiction, par de telles prédications, avec les lettres de protection délivrées

242 s. AGOBAKD [216-7.]

par Fenipereiir en faveur des juifs (1), et d'avoir continué de faire de l'agitation contre eux. Puisque les juifs maudissent le Christ, dit-il, il n'est pas permis aux chrétiens d'avoir avec eux de tels rapports ; au reste, ils ne doivent pas porter préjudice aux juifs. L'auteur toutefois ne revient pas ici sur la cause première de la polémique.

En même temps que cet écrit, Louis en reçut un autre composé par Saint Agohard^ en société de deux autres évèques, et ayant pour titre : De Judaicis superstitionibiis. C'est un complément du précédent qu'il a pour but de corroborer en produisant « quelques faits touchant les exemples de la vie des Pères de FEglise et leurs décisions, comme aussi empruntés à la Bible (2). » Cet écrit ne se borne pas toutefois à appuyer sur les points principaux du précédent ; mais il a surtout pour but de montrer d'une manière générale combien les juifs sont méprisables: or, pour atteindre ce but, les auteurs passent en revue les diverses superstitions juives (c. JO). A cette occasion, ils nous communiquent une biographie du Christ, telle que la racontent les juifs; elle ne manque pas d'intérêt (3).

Enfm, saint Agobard s'est encore occupé des Juifs dans une lettre à Nibridius, évèque de Narbonne (4). Il y expose les efforts qu'il fait, comme pasteur, pour empêcher les chrétiens de fréquenter les Juifs, de même que l'opposition qu'il a trouvée en cela auprès des autorités impériales; il demande donc à Nibridius, qui jouit d'une haute autorité, de vouloir bien l'assister. Il le prie de procéder comme il le fait lui-même et d'engager les évêques, ses voisins, à entrer dans la même voie. C'est ici qu' Agobard donne im libre cours à son animosité passionnée contre les Juifs, en détournant à leur adresse les passages terribles de l'Ancien Testament contre les païens.

1. Quelques-unes se sont conservées jusqu'aujourd'hui. V. Simson, Op. c, p. 395.

2. « Scribimus tantum pauca de exemplis et statutis Patruni ac deinde de Actis apostolicis sive de Evangeliis et veteris Testamenti scripturis... »

3. Le corps du Christ, ayant été enseveli près d'un aqueduc, aurait été emporté par une inondation, et, sur l'ordre de Pilate il aurait été clierclié, mais en vain, pendant douze mois; là-dessus Pilate aurait proclamé sa résurrection et ordonné aux Juifs de l'adorer.

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