Ainsi qu'il faut lire, à coup sûr, au lieu de : et mari
[219-20.] DE DIVISIONE TMPERIT. LIRER APOLOOETICUS 2iö
fait du serment politique. Jusqu'où en est-on arrive? Au lieu de s'agrandir en faisant la guerre contre les nations barbares l'Empu-e cbrétien se concentre plutôt pour se livrer à la guerre civile (1) ; ce ne sont pas lesbarbares qu'on soumet et^'qu'on convertit, non, ce sont les sujets chrétiens qu'on précipite dans la barbarie (2). Avec son aveuglement, Louis aime ceux qui le haïssent, et il hait ceux qui l'aiment. Ne dit-on pas que certaines personnes de son entourage ne désirent l'anéantissement des fils que pour se tourner ensuite contre l'empereur et se partager son empire? Dieu seul peut apporter un secours opportun , sans quoi l'empire deviendra la proie d'ennemis extérieurs ou d'un grand nombre de tyrans. On dit aussi que l'impératrice passe le temps à des jeux d'enfant, auxquels des prêtres eux-mêmes prennent part; on dit bien que ce n'est pas une intrigante, mais une personne gracieuse et aimable; à quoi la Bible répond : «Trompeuse est la grâce, vaine est' la beauté : seule, la femme qui craint Dieu est louable ! » Enfin, saint Agobard supplie tous ceux qui craignent Dieu et qui aiment l'empereur et FEmpire d'unir leurs efforts pour cicatriser les anciennes blessures, sans guerre et sans effusion de sang.
L'autre écrit, formé par les sept autres chapitres du Liber apologeticiis (3), fut composé après la fin de la campagne de
1. « Cum enim deberent exercitus mitti adversus exteras génies et ipse imperator adversus barbaras nationes dimicare, ut eas fidei subjugaret ad dilatandum terminum regni fidelium... nunc e contrario omne regnum cum extremitatibus suis conglobatur in unum in niedio sui, diversa tarnen intentione, dum alii parantur ad intestina viscera disrumpenda, alii ad pacandam, si fieri potest, injustissimam discordiam. »
2. « (Ecclesia) orat ut christianissimo imperatori barbari subjiciantm\ non ut subjecti conturbentur et barbarizentiir. » Le jeu de mots n'est pas susceptible d'être rendu.
3. Il est très douteux, et même peu probable, que le livre y soit conservé en son entier. En reliant cet écrit au précédent, on aura, pour le moins, mis de côté l'introduction. Il est singulier que cet écrit, qui justifie la trahison dans levChamp du mensonge, » débute ici par une considération sur le mensonge lui-même, dans laquelle l'auteur déclare que ce vice ne consiste pas seulement en paroles [dictis), mais même en actions {factis)l C'est bien apparemment sous ce dernier rapport que l'empereur s'est rendu coupable. Ne semble-t-il pas que ce soit là une réponse à ceux qui avaient
X reproché cette faute aux enfants ?
iSi WALAHFRTD STRABO [163-4.]
même a beaucoup emprunté h la langue latine, qui dérive du grec, comme père, mère. C'est donc ainsi qu'il tire par dérivation le mot Kirche (église) de Kyriaca. L'introduction des mots dérivés du grec dans la langue allemande fut favorisée par les Barbares au service des armées romaines et par leur conversion, surtout par les Gotbs dont la traduction de la Bible, encore conservée, est mentionnée par Walahfrid.
Le chapitre huitième avait un intérêt d'actualité; il a, en effet, pour sujet les images et le culte qu'on leur rend, et Walahfi'id s'y montre le représentant de l'opinion des Allemands, opinion raisonnable et conciliante. Plus loin (c. 14 sq.), l'auteur traite en détail de la messe, et, à cette occasion, il parle aussi des hymnes (c. 25), principalement de leur histoire, et cela même'avec des détails très complets, ce qui montre bien que l'auteur avait une connaissance approfondie de ce genre de littérature. Il est digne de remarque de voir Walahfrid, à côté des hymnes proprement dites, distinguer les hymnes métriques et rythmiques, comme aussi les hymnes au sens général du terme (1).
Accordons encore une mention particulière au chapitre final (31), qui a une valeur réelle pour l'historien : il contient, en elfet, une comparaison entre les dignités ecclésiastiques et les dignités profanes; le pape y est mis en parallèle avec Tempereur, les patriarches avec les patriciens, en souvenir assurément de la condition des rois Francs avant l'empire de Charlemagne, les archevêques avec les rois, les métropolitains avec les ducs. L'auteur poursuit cette énumération en descendant jusqu'aux acolytes, lecteurs, cliantres et psalmistes auxquels il fait correspondre, dans le monde, les « Yeredarii (cour-
1. « Notandum, hymnos dici non tantum qui metiis vel rythmis decurrunt... vprum etiam caeteras laudaliones, quae verbis convenientibus et sonis dulcibus proleruntiir. Unde et liber Psalmorum apud Hebraeos liber hymmocum vocatur. Et (juamvis in quibusdain ecclesiis liymni metrici non caiilt'iitnr, lanicn in omnibus {/cnrrales hymni, id est, laudes dicimlur. » Walahlrid fait mOme preuve de critique historique et littéraire en distinguant, parmi les hymnos Ambrosiennos, celles (jui sont l'œuvre de saint Ambroisf lui-mèmo de colles qui sont dues à la plume de ses imitateurs, et en disant (juo colles-ci dilTèrent souvent de celles-là, par le fond comme par la forme. Cf. vol. 1, p. 1<)5.
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riers), Commentarienses, Ludorum exhibitores, Carminum pompatici rela tores (1) ».
Mais là où notre auteur se montre le moins indépendant, c'est dans son ouvrage purement théologique et le plus volumineux de tous, la Glose ordinaire (Glossa ordinaria)^ ouvrage qui lui acquit [le plus de renommée et resta en honneur jusqu'au xvn«^ siècle : c^est un commentaire de la Bible tout entière, extrait en majeure partie] des commentaires de Raban, lesquels ne sont eux-mêmes, nous l'avons vu, presque qu'une compilation; malgré tout, c'est là un ouvrage d'une application étonnante, lequel élargi encore par d'autres, resta au moyen âge la ressource la plus appréciée pour expliquer la Bible. Dans ce livre, Walalifrid ne démentit pas son titre d'élève de Raban.
La culture intellectuelle de notre auteur lui fit en outre entreprendre le remaniement et la publication d'ouvrages d'autrui. C'est ainsi que nous le voyons d'abord, à la prière de Gozbert, abbé de Saint-Gall, retoucher l'ancienne Vie de mint Gall, et ensuite deux ouvrages hagiographiques d'un neveu de cet abbé, le diacre Gozbert, qui désirait lui-même cette élaboration : le premier était une continuation de la Vie de saint Gall, livre relatant les miracles qui avaient eu lieu après la mort du saint, et le second, la vie du premier abbé du monastère, saint Otlimar (2). Ces refontes visaient la forme; elles avaient pour but de donner à l'ancien ouvrage im vêtement mieux stylé, ou bien encore de le corriger, par exemple dans les écrits de Gozbert. Le fait de voir Walahfrid laisser de côté les noms eux-mêmes des témoins des miracles du saint plutôt que de ternir « l'honneur de l'expression latine, » en reproduisant leurs formes barbares, ce fait, dis-je, nous montre jusqu'à quel point il s'efforça de donner à ses œuvres une teinte latine (Y. S. Gain, 1. II, c. 10). Ensuite, l'auteur a aussi abrégé et,
1. Les deux dignités profanes nommées en dernier lieu sont particulièrement intéressantes; on ne peut comprendre par là que les jongleurs et les chanteurs, les jacidatores notamment, qui étaient placés à la cour.
2. Voy. les deux derniers ouvrages in Monum. German. histor. Script., t. II, p. 21 sq. et p. 41 sq.; le premier est dans Mabillon, Acta S. S. ord. Bcned., Saec. II.