‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident;Chapitre 138 sur 263 · CHAPITRE NEUVIEME CLAUDIUS ET SES ADVERSAIRES. DUNGALUS ET JONAS · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME CLAUDIUS ET SES ADVERSAIRES. DUNGALUS ET JONAS

Claudius (2), évêque de Turin, était aussi un homme du progrès ; sans avoir la culture intellectuelle d'Agobard, il en avait la haine passionnée contre la ^superstition ecclésiastique. Il était né en Espagne et avait eu pour maître Félix d'Urgel dont il n'embrassa pas toutefois Tadoptianisme. Il fut pendant quelque temps attaché comme prêtre à la cour de Louis le Germanique, à l'époque où celui-ci était encore roi d'Aquitaine. Chargé d'enseigner la Bible aux ecclésiastiques de la cour, il se fît remarquer par l'étendue de ses connaissances bibliques : or, comme il ne se distinguait pas moins par ses prédications pleines d'enthousiasme, l'empereur Louis l'éleva (peut-être déjà en 813) sur le siège épiscopal italien, a afin qu'il y put enseigner la sainte doctrine à ce peuple devenu étranger à l'Evangile (3). » C'est précisément en Italie que régnait alors la superstition la plus grossière : c'est là que vivaient toujours, enveloppées dans un vêtement chrétien, les idées religieuses païennes et sensuelles de l'antiquité. C'est en Italie

1. Voy. sur les deux écrits, Leist. p. 16 sq., et, sur les pojmes qu'on lui attribue, Dümmler, N. A., p. 263 sq.

2. Claudii Taurinensis opiiscuUi qune supersiint, dans Mi^ne, Patrol. lat., t. 104 ; — Claudii Taur. episc. ineditorum operum specimina ; pracmissa de ejvs doctrina scriptisque dissertatione, exhibuit A. Rudelbach, Kopenhagen, 1824 ; — C. Schmidt, Claudius von Turin dans Illgens. Zeitschrift für d. histor. Theologie. Jahrg. 1843; — Simson, op. c, II, p. 245 sq; — Reuter, op. c., p. ^6 sq.

3. Ainsi que le dit l'adversaire de Claudius, Jonas, dans la préface de son ouvrage: Becultu imaginum.

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également quo l'adoration des images et des reli(jiios élait devenue, parmi le peuple, une idolâtrie. (Vêtait là pour Claudius un sujet d'abomination d'autant plus grand, que, disciple enthousiaste de saint Augustin, il considérait l'adoration de Dieu en esprit comme étant la véritable essence du christianisme, et qu'il voyait, dans le rapport immédiat à Dieu, dans l'abandon complet de sa propre personnalité à son amour, la perfection suprême du salut.

C'est donc ainsi qu'en qualité de pasteur. Claudius com])atlil cette superstition de Fadoration des images avec une énergie qui ne connut nuls ménagements, et qu'il fit, à ce qu'il paraît, retirer des églises les images, et même les croix. Il la combattit en même temps avec la plume, dans ses nombreux commentaires sur la Bible, quoiqu'ils ne soient en général que des compilations, partout où l'occasion s'en présenta. Il alla encore plus loin : se plaçant à son point de vue augustinien, il rejeta l'intercession des Saints et, par suite, leur culte en général, en quoi il se montrait d'accord avec saint Agobard. Bien plus, il nia même que la puissance de saint Pierre survive et qu'elle se rattache à un siège spécial. Aussi, se déclaret-il contre les pèlerinages àRome, comme l'avait déjà fait Théodulphe (1). Une lettre dissuasive d'un ancien disciple et ami, de l'abbé Théodemir, lequel avait déjà combattu sa doctrine, donna lieu, de la part de Claudius, à une réponse énergique dans un écrit apologétique très détaillé. Cette apologétique ne nous a été conservée qu'en détail, dans deux répliques, parDungalus et Jonas. Quelque grand que fût le scandale que Claudius donnât dans son diocèse (2) et même au delà des frontières, il n'en resta pas moins en possession de son évêché. Il mourut peu de temps après la composition de cet écrit, vers l'an 830 (3).

L'adversaire de Claudius, Dungalus(4), est un savant Irlan-

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