‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident;Chapitre 147 sur 263 · Cf. plus haut, p · texte numérisé non relu

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3. «Fatentur enim, quod numquam in judicio alicujus personam inspexerit : neque juxta proverbium vulgi aureo pugno sit murus ejus animi fractus. Solus, ut aiunt, potuit flumen transire AcheronLis avarj et sine discrimine

[238-9.] VTTA ADALÏIAHDI 20.')

semblables à des brigands, répaudaienl I;i icrrciir [»armi le peuple. L'auteur ne parle ici qu'en passani, cl sculrmciil en deux phrases destinées à prouver une des vertus d'Adallianl, de son action politique pendant plusieurs années, car Kadhert oublie de nous dire que cette action s'étendit encore à la période qui suivit la mort de Pépin : mais cette manière d(^ procéder montre bien que l'intérêt politique était loin d'entrer dans le plan de son ouvrage et que le seul but qu'il sepnqjose dans ce panégyrique est la gloire du saint religieux, qui auiail dû rester étranger aux choses profanes.

Aussi sont-ce les ennemis de la justice et de la vérité, aiguillonnés par la jalousie de Satan, qui poussèrent Louis, une fois monté sur le trône, à exiler Adalhard dans un monastère éloigné, à l'embouchure de la Loire (c. 30) : Radbert n'en donne pas d'autre motif. Presque tous ses frères et sœurs furent aussi atteints par la persécution (c. 32 sq.) : l'auteur consacre à chacun d'eux un souvenir. Après sept ans d'exil» pendant lesquels il déploya une activité couronnée des plus grands succès, Adalhard retourna à son monastère pour y oc~ cuper son ancienne dignité. Radbert attribue à son influence le repentir de l'empereur et sa pénitence publique à Attigny : celle-ci semblait annoncer la renaissance de l'Empire et le retour du siècle de Saturne. Ensuite notre auteur passe à l'éloge de son héros d'après les règles de la rhétorique (1), en traitant, avec plus de détails pour l'un et moins pour l'autre, de son nom, de sa patrie, de sa race, de sa dignité, etc. Remarquons en particulier l'éloge qu'il fait de son éloquence (c. 63), éloge qu'il renouvelle encore une fois plus loin (c. 77), en faisant remarquer qtie cette éloquence s'affirmait aussi dans la langue allemande (2). Là encore il fait mention de l'élégance de son style épistolaire. En outre, lorsqu'il loue les qualités

caecitatis ex alpibus remeare per annos. » Cette dernière remarque est d'un intérêt général.

1. Juxta or (dores, dit-iî, en voulant donner « ce qu'on appelle y^:i.çy.xrr,^<.(î-

u,oç. »

2. «... Vel quis sine mentis scrupulo polerit epistolarum ejus nitorem eloquentiae recitare ? quem si vulgo audisses, dulcitluus emanabat; sivero idem barbara, quam Teutiscam dicunt, lingua loqueretur, praeminebat claritatis eloquio. »

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do son cœur (afîeclus), il Iraito de la fondation do Covbio, le Corhela allemand , par Adalliard lui-même, une année après son retour (822), et il fait une description exacte de ce lieu (c. 65 sq.). Cette nouvelle fondation était la plus grande joie des dernières années de sa vie. Radbert passe ensuite (c. 73) au récit détaillé de sa mort et il y rattaclie un discours plaintif et consolant qu'il adresse tantôt à Adalliard, tantôt à ses moines(l). Enfin il consacre encore un souvenir à son tombeau. Dix ans après Adalliard, mourut son frère Wala qui était plus jeune que lui (836) ; et ce fut peu de temps après que Radbert se mit à la composition de son Epitaphium^ nom qu'il donne lui-même à cette Vie, d'après le procédé de saint Jérôme; mais il n'écrivit d'abord qu'un livre, qui va jusqu'à l'année 826 : ce ne fut qu'après 851 qu'il le fit suivre d'un deuxième livre. Cet ouvrage a la forme d'une conversation, d'un entretien entre Radbert (Paschasius) et quelques-uns de ses confrères de Corbie (2). Cette forme a été déterminée certainement parles dialogues de Sulpice Sévère sur saint Martin (3), bien que là elle soit appliquée d'une manière différente. \]x\. de ces moines, Adéodat, a provoqué Paschase, (c'est ainsi que débute le premier livre) à faire un portrait du caractère de Wala, nommé ici Arsenius (4), d'après le genre de Zeuxis, afin que les siècles y trouvent un souvenir, et la

1. Il raconte ici (c. 84) la fable d'Orphée descendant aux enfers, exemple que les moines n'avaient pas lieu d'imiter: u Neque igilur juxta quod labulae ferunt Treiciiim fecisse vatem, g-emimus apud inferos conjug^is mortem, sed super astra toHinms Patris nomen, » etc.

2. Adeodatus, Severus et Chrêmes, au liv. I": que ce soient là des noms de guerre, c'est ce qui semble ressortir surtout du dernier, lequel est apparemment emprunté à ïérence, d'ailleurs souvent cité; de môme, le caractère de Sévère, qui moralise souvent, correspond à ce que son nom signifie.

3. C'est ce que semblent indiquer aussi particulièrement les froides railleries sur quchpies-uns des. interlocuteurs, railleries qu'on trouve ici comme là. Wala avait encore un lien particulierde.parenté avec saint Martin ; tous deux avaisnt été soldats avant de prendre l'habit religieux,

4. D'après ce savant et pieux diacre romain, (jui, nommé par Théodose précepteur d'Arcadius, fut persécuté par celui-ci et se retira dans le désert de l'Egypte. Adalliard par contre s'appelle ici Antonius, comme l'appelait déjà Alcuin; v. p. 234, rem. 1. Paschase parle aussi de ce nom dans la vie d'Adalhard, c. 21.

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postérité un miroir. Quoique peu de confiance (juc Pasc'liasr ait eu lui-même pour mener cette tûche à bonin! lin, il veut bien commencer toutefois le récit de ce qu'il a vu de ses propres yeux, entendu de ses oreilles, et connu plus complî'tement par la réflexion (1). Adéodat pense que, par rapport à un défunt, ce qu'il y aurait do mieux à faire serait de rcpassrr dans son esprit l'exemple de ses vertus, lesquelles fleurissent toujours et ne meurent point avec lui. Paschase n'a plus qu'une crainte ; c'est de scandaliser par son récit nombre; de personnes, et de n'être pas cru si, comme l'exige Sévère, un des interloculeurs, il montre comment Wala réunissait en lui les traits caractéristiques de l'ancien Arsène, de saint Benoît et de Jérémic.

Après de tels préambules, longuement développés, Pascbase commence le cliapitre premier par l'éloge de Wala. Car cette Vie elle-même est un panégyrique, comme l'autre, et comme l'étaient également les Épitaphes àa saint Jérôme (2), avec cette diflérence cependant que celles-ci avaient la forme de la narration épistolaire; mais c'est un panégyrique d'un caractère entièrement apologétique et, ainsi que Rodenberg l'a fait remarquer à bon droit. Fauteur a cboisi avec beaucoup d'habileté à cet effet la forme de la conversation, qui ressemble parfois à un plaidoyer. Elle se prêtait admirablement bien à formuler les objections, à produire les difficultés comme aussi les accusations, afin de les réfuter et d'établir en même temps la vérité par la déposition des témoins (c'est-à-dire des interlocuteurs), comme le dit Paschase une fois (3). En outre, ces témoins sont à même de fournir, par leur propre expérience, des documents pour ce portrait. De la nature et de l'histoire du héros résultait spontanément le caractère apologétique de l'ouvrage. Wala aurait pu se vanter lui aussi d'être un des hommes les plus haïs. C'était une nature énergique, mais pas-

1. u Unde exordiar narrare partim quae perspex his oculis, partim quae accepi auribus et mente plenius intellexi. »

2; Voy. vol. I, p. 212, où je les caractérise comme panégyriques.

3. Au début du livre deuxième, à l'occasion de la reconstitution de la société : « Quatenws et veritas quasi sub tribus testibus melius commendetur. »

268 RADBERT [241.1

sionnée. Né pour être soldat, il embrassa d'abord cette carrièro en même temps que la carrière politique ; c'était un homme que la méfiance de Louis, récemment monté sur le trône, força à se retirer du monde et à chercher un refuge dans le monastère de Corbie, mais qui, même sous le froc, consei'va ses sentiments belliqueux et put les satisfaire complètement, en qualité d'homme d'État, pendant les conflits intérieurs du royaume. 11 joua un des rôles les plus importants, pendant les désastreuses guerres civiles, à l'époque de Louis le Débonnaire.

Souvent le fil de la narration se perd complètement, dans ce récit extrêmement prolixe et qui va, pour ainsi parler, de droite et de gauche, par suite de répétitions, de digressions, de considérations édifiantes et autres: c'est la copie fidèle d'une conversation, même dans le style négligé et incorrect. Malgré cela, on peut distinguer, dans le premier livre, trois sections principales. La première traite de la vie de Wala, jusqu'à son entrée dans le cloître, ou plutôt, elle est destinée à vanter les vertus qu'il montra au grand jour avant sa vie monastique ; on n'y trouve effectivement que çà et là de rares données biographiques. C'est ainsi que Fauteur parle de sa conception facile, de la sûreté de son jugement, de son éloquence dans les « deux langues », qualités qu'il montra dans le conseil d'Etat (1). Mais, pour lui, comme pour Scipion, cette activité ne reçut d'autre récompense que l'ingratitude du public (c. !)• C'est ainsi également que Radbert fait le récit de l'éducation desajeunesseàlacour, où il s'adonna aux « études libérales », mais où Dieu permit qu'il éprouvât une humiliation, afin de lui faire gagner ensuite d'autant plus l'affection de Tempe-

1 . K Eloquentiam quoque utrarumque linguarum, qua sapientia plerumque j::..tur, et copiam dicendi ad persuadendum quae vellet modestam nimis <:e' abebat » (c'est ainsi assurément qu'il faut lire, à la place de debebat, lequel c.-l incompréhensible). Comme toute cette exposition débute par « In senatu q-iidem prae cunctis pollebat », je ne puis comprendre la phrase que je re- ]'i-- luis qu'avec le sens dont je me suis servi dans le texte, et ne voir dans ces di-üx langues que le latin et l'allemand; il n'y saurait être question du i::vc. Avec cette manière de voir concorde également l'éloquence vantée iTAdalhard dans ces deux langues (v. plus haut, p. 265, rem. 2). Et où donc W ;da aurait-il eu occasion d'étaler son éloquence dans la langue grecque?

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reur, cn sorte que, pciidaiit la paix comme pendant la guerre, on lui confia les charges les plus importantes (c. 6). Après avoir montré ensuite que la vertu de Wala n'a point eu à souffrir de l'état laïque, et que c'est parmi les laïques que TK^^'use a trouvé les évèquesles plus célèbres, un saint Ambroise et un saint Hilaire (c. 7), l'auteur loue la vie monastique de Wala (c. 10 sq.), et ici commence la deuxième section. Ce qui m fait le fond principal, c'est le parallèle de Wala et de son frère Adalbard et la participation des deux à la fondation de Corvey, pour laquelle Radbert adjuge à Wala la part du lion (1). Quelque sujet qu'on ait de douter de la vérité du récit de Pascbase, relativement à ce dernier point, il faut bien reconnaître pourtant que le premier point est conforme à la vérité. Adalbard, plus avancé en âge, a une réflexion plus calme, un coup d'œil plus étendu; il mesure mieux les suites des faits et il aplus de charité; Wala, plus jeune, est plus sagace, plus prêt au combat et plus violent pour ce qu'il regarde comme le droit (2). Celui-ci est à celui-là ce qu'est un fils par rapport à son père (c. 12). Un trait même de Wala, qui n'est pas ici mis en relief, mérite d'être pris en considération : c'est le vif sentiment de sa race. Il le conserva, même sous le froc, et il n'oublia pas qu'il était Saxon. C'est ainsi qu'il voulait bien s'habiller avec du drap dont usaient ses compatriotes, bien qu'il fût de qualité inférieure, et qu'il portait leurs chaussures, ce que ne permit pas Adalhard(c. 16). Toutefois, il n'appartenait à la Saxe que par le côté maternel. Il est aisé de concevoir qu'il fût trèsaimé des Saxons. L'on peut faire commencer la troisième section avec le chapitre 21, et l'étendre à tout ce qui reste du premier livre. Wala y est célébré comme Abbé; l'auteur y loue notamment la discipline que lui, né pour le commandement, s'entendait à faire régner ; mais il n'oublie pas non plus son amour de la justice, dont il raconte divers exemples. Le deuxième livre, composé beaucoup plus tard, a un

1. 11 est parlé ici de l'étroite amiûé qui unissait Radl^ert aux deux frères (c. 14, fin et c. 15). Sévère dit, au pre:nier de ces passages : « Quae omnia melius fortasse Paschasius novit, qui eis (à Adalbard et Wala) conies luit in omnibus specialis et quasi tertius in omni negolio. »

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