‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident;Chapitre 155 sur 263 · Notamment ses Moralia et ses Homélies · texte numérisé non relu

Notamment ses Moralia et ses Homélies

2. Malheureusement je ne saurais déterminer ce qu'il faut mettre ici sur le compte d'Hincmar, car on y trouve de nombreux et longs passages empruntés textuellement à saint Grégoire, notamment à ses Moralia. Les citations sont inexactes dans Sirmond, et Migne ne les a pas contrôlées ; il en a même omis plusieurs. Les Moralia de saint Grégoire sont un ouvrage trop considérable pour que je les parcoure dans un tel but.

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que l'auteur le connaissait davantage; elle est énergique, imagée. Viennent ensuite d'autres fautes et crimes^ comme la médisance, le parjure, l'infidélité en général (c. o); ce n'est qu'après cela que l'auteur en revient aux œuvres de miséricorde, qui lui avaient servi de point de départ (c. 6), afin d'en déterminer la valeur et de traiter de la contrition, du jugement dernier et des peines de l'enfer, de l'intercession des saints et du principal médiateur, Jésus-Christ, lequel s'offre chaque jour pour nous sur l'autel (c. lo). Dans la doctrine sur l'Eucharistie, Ilincmar rend hommage à la manière de voir de Paschasius Radbert, dont il partageait généralement la croyance au surnaturel (1).

Nous devons encore une mention honorable à un écrit politique d'Hincmar, composé après la mort de Charles le Chauve et qui, sous plusieurs rapports, forme un pendant à celui qui qui a pour titre : De recjïs persona et regio ministeiio; cette mention est d'autant plus juste que cet écrit est une source historique importante. C'est un mémoire adressé aux grands du royaume, en 882, alors que Carloman, petit-fils de Charles, réunit de nouveau sous son sceptre la France de l'ouest, après la mort de son frère Louis (2). A cette époque, est-il dit dans l'introduction de cet écrit, les grands ont convié Hincmar « à exposer, pour l'instruction du jeune roi et pour le relèvement de l'honneur et de la paix de l'Église et de l'Empire, l'organisation ecclésiastique et la disposition de la maison royale, comme il l'a entendu et vu lui-même (3). » Le roi doit reconnaître parla, croit Hincmar, quelles obligations il a maintenant, et il doit obéir aux exhortations du Roi des rois, lequel exige de lui une connaissance de ces obligations.

Là-dessus, Hincmar passe d'abord à l'organisation ecclésiastique : il distingue le haut et le bas clergé, les pontifes elles prêtres, disant que les premiers sont les successeurs des apôtres

1. C'est ainsi encore que, dans la polémique relative à la naissance du Christ, il embrasse l'opinion de Radbert. Voy. Noorden, p. 106, rem. 4.

2. Ad Proceres regni, pro institutione Carlomanni ^rgis et de ordine palatii.

3.... Ordinem ecclesiasticumet dispositionem domusregiaein sacropalatio, sicut audiviet vidi, demonstrem.

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dont ils occupent la place dans rÉglise. Doux piiissanc(;s régissent le monde : la sainto autorilé des grands pnHres et la puissance royale (c. 5). En faisant ici au roi un d<'voir d'observer les lois ecclésiastiques, Hincmar lui recommande d'une manière toute spéciale de mettre de côté toute considéialiou mondaine dans la nomination aux sièges épiscopaux et de ne se point laisser déterminer par des services rendus, des cadeaux ou bien par la parenté (c. 9). Il le convie ensuite k nommer les comtes et les juges qui haïssent la cupidité et qui aiment la justice (c. 10). A cette considération se rattacbcnt quelques règles générales pour tous ceux qui exercent un commandement, règles empruntées littéralement au livre faussement attribué à saint Cyprien, De duodecim abiisivis saeculi (c. 6). Au reste, pour de plus amples informations, il renvoie à des décisions synodales et à des capitulaires antérieurs (c. 11).

Mais jusqu'ici Hincmar n'a pas encore rempli la deuxième partie de sa tâche : il n'a rien dit de la disposition de la maison royale (1). Ce n'est que dans les chapitres suivants qu'il le fera en élaborant, et en appropriant à son époque, un écrit d'Adalhard : De oi^dine palatii^ écrit qui ne traitait pas seulement de Tadministration du palais, mais encore de celle de l'empire et comprenait par suite deux parties. Hincmar les prend aussi toutes deux en considération. On trouve ici les communications les plus importantes sur les diverses fonctions de la cour et de l'État et sur les devoirs qu'elles imposent, de même que sur les diètes de l'empire (2) : cette peinture est, en même temps, comme une image reflétée par un miroir, à l'usage de l'époque actuelle, oii était éteint, dans les employés comme dans les rois eux-mêmes, le sentiment du devoir, et où;, à la place d'un procédé déterminé, hien ordonné et légal, régnait un régime anarchique.Pour rétablir l'ancienne administration

1. Il s'est contenté, sous ce rapport, du^renvoi dont nous venons de ^parler (v. c. 11); malgré cela, il fait comme si, dans l'élaboration de l'écrit d'Adalhard, il voulait ajouter encore au-dessus de la mesure, en se référant à saint Luc, c. 10, v. 35.

2. V., là-dessus, Waitz, Deutsche Verfassungsgeschichte (vol. III, p. 412 sq.).

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de la cour et de FEtal, il fallait certes autre chose que le souvenir de son organisation et du caractère primitif des fonctions traditionnelles; il fallait avant tout,pourles revêtir, des personnalités capables et irréprochables. Voilà pourquoi, dans le dernier chapitre, Hincmar convie les Proceres à porterde ce côté leur attention; car il ne reste plus de tels employés du bon vieux temps d'autrefois; peut être en trouverait-on parmi les fils de ces derniers.

Hincmar a exercé aussi son activité dans le domaine de l'hagiographie; mais, ici même, ce n'est pas sans un intérêt personnel. C'est ainsi qu'il a refait à nouveau la Vie de saint Rémi, patron de l'église de Reims. Il a pris pour base de son travail une Vie attribuée àFortunat, Vie qui^ comme le prétend Hincmar en se fondant sur une tradition orale et vraisemblablement probable, n'était elle-même qu'une élaboration, par extraits, d'une Vie encore plus ancienne que fit oublier le travail de Fortunat, et qui par suite se perdit. Hincmar se donna donc toutes les peines du monde pour faire^ de cette Vie courte et composée seulement en vue du service divin, un livre digne de son héros. Il parvient en effet à lui donner une dimension de quatre-vingt-huit chapitres. Notre auteur semblait faire consister un peu la valeur des livres, même dans leur étendue. Certes le genre d'exécution est loin de mériter des éloges. Hincmar prenait ses matériaux partout où il les trouvait : dans des ouvrages historiques, tels que ceux de Grégoire de Tours et que les Gesta Francorum, comme aussi dans diverses brochures d'une nature manifestement légendaire (1), et enfin dans les affirmations recueillies de la bouche du peuple (2); tous ces matériaux, ainsi qu'il l'avoue luimême d'une manière assez naïve, il les jetait pêle-mêle, sans aucune critique dans le choix; il reproduisait même littéralement les sources, quand cela était possible, sans le moindre

1. Ainsi que Noorden le suppose avec raison (p. 394, rem. 2). Cf. ce qu'il en dit.

2. (( Verum et illa in série digerens quae vulgata relatione percepi : quia hand longe ante nos dictum est et etiam in sanctis scripturis, sed et in evangelica veritate comperitur : vera est lex historiae, simpliciter ea quae fama vulgantecolliguntur, adinstructionem posteritatis litteris commetidare. » Ce passage a aussi de l'intérêt par rapport aux annales d'Hincmar.

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égard pour la bigarrure du style qui, il le dit lui-même, était une suite nécessaire de sa manière de procéder. Outre' cela pour relever la valeur de son travail et certainement aussi pour lui donner plus de volume, Hincmar a souvent ajouté, d'aprèsrexemple,commeildit,de saint Grégoire (diî Tours) (1)', de longues considérations morales aux miracles qu'il rapporte, de même que des interprétations allégoriques, ainsi qu'il avait coutume de le faire en les accompagnant de force citations de la Bible. Dans tout cela, notre auteur ne perd pas de vue le but qu'il se propose et qui, au moyen de cet éclat du merveilleux qu'il répand autour de son héros, consiste à donner le plus de lustre possible à l'église de Reims; il n'oublie pas non plus de rappeler la situation politique de saint Rémi, comme aussi les donations à luifailespar Clovis(2). Hincmar entra encore en lice pour Tidentité de l'Aréopagite et de saint Denis, dans un écrit à Charles le Chauve, en 877, écrit où il donne une élaboration de la Vie de Sanctin, disciple du saint (3).

Nous avons encore à parler ici d'un petit écrit d'Hincmar. Il y fait le récit d'une vision d'un certain Bernold, un laïque de sa paroisse, qu'il connaissait personnellement; celui-ci avait fait part de la vision, qu'il avait eue au quatrième jour d'une grave maladie, au prêtre qu'on avait mandé à son chevet. Son âme, ayant déjà quitté ce monde, rencontra dans un certain lieu, le purgatoire apparemment, un grand nombre d'évêques (parmi lesquels il reconnaît Ebbon, le prédécesseur d'Hincmar) tourmentés tantôt par la chaleur, tantôt par le froid. Il voit de plus, entre autres personnages, le roi Charles le Chauve, dans la malpropreté et la pourriture, dévoré par les vers, en un lieu plein d'obscurité, mais où pénétraient les rayons et les parfums d'un autre lieu resplendissant de lumière,

1. Car à celui-là seul peut se rapporter ce qui suit : « Qui describens sancto- Tum acius pravorumque casus exhortatione inde assumpta... multa necessaria et utilia... interposuit. » Les mots imprimés en italiques ne sauraient se rapporter aux Dialogues de saint Grégoire le Grand.

2. V. c. 41. Remarquons encore ici que le c. 29 parle de la légende troyenne des Francs.

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