HINCMAR
lequel s'appelait le repos des saints. Il aperçoit aussi un puits horrible qui vomit des flammes et de la fumée, et une eau noire comme la poix, et des âmes conduites par le démon comme un vil bétail. Mais les âmes qu'il rencontre l'envoient à ceux qui vivent encore, Charles à Hincmar, par exemple, afin qu'ils les délivrent par leur intercession. Chose curieuse, Bernold s'acquitte de ces commissions dans la vision ellemême, et les voit couronnées de succès. Hincmar, qui écrivit cette vision, d'après le récit du prêtre, et qui la répandit (1), selon toute apparence, dans son intérêt personnel (2), la tient pour vraie, comme il dit, eu égard aux visions plus anciennes qu'il a lues dans les Dialogues de saint Grégoire, dans Y Histoire des Angles de Bède, dans les écrits de saint Boniface, visions même dont a été favorisé Wettin, au siècle oîi il écrit (3).
Après de tels ouvrages, on ne devrait pas s'attendre à rencontrer Hincmar parmi les plus célèbres annalistes de son siècle : cette activité de l'auteur dans l'histoire profane, à laquelle l'avaient, du reste, admirablement bien préparé ses talents politiques et sa participation aux affaires de l'État, nous ne Fétudierons que plus loin et dans le rapport qu'elle offre avec l'histoire ultérieure des annales impériales en général (4).
1. « Quam visionem domnus Hincmarus... per loca ubi necesse visum est exponens, ad multorum notitiam pervenire fecit.» Flodoard. Eist, eccles. Rem.f 1. III, c. 18.
2. Charles le Chauve dit qu'il ne fait pénitence de ses fautes que pour n'avoir pas suivi les conseils d'Hincmar. — Lui seul peut le délivrer.
3. Hincmar rapporte donc ici les visions connues de son temps ; nous en avons parlé déjà (v. vol. I, p. 522, 599) et plus haut (p. 168 du Tome II). La vision de Bernois elle-même, dans ses traits principaux, se rattache à l'exposition de saint Grégoire.
4. Hincmar s'est également essayé dans la versification; il nous reste de lui quelques épigrammes et un long poème en distiques à la vierge Marie que Maï a édité dans le recueil : Classlcor. auctor, e Vaticanis codd. editor. t. V, p. 452 sq. Ce poème n'est pas sans intérêt par rapport à l'histoire dogmatique, et ici même la naissance du Sauveur est donnée comme ayant eu lieu « utero clauso » (v. 10). Quant à la poésie, il n'y en a pas la moindre trace dans les vers d'Hincmar dont la langue est raide et obscure.
[257-8. J SCOT ÉlUGÈNE. VIE