‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident;Chapitre 158 sur 263 · SCOT ÉRIGÈNE · texte numérisé non relu

SCOT ÉRIGÈNE

ses livres, commentaires qui ne nous sont parvenus qu'en partie.

Donc, tandis qu'Erigène cultivait la science au service de son royal protecteur, et qu'au moyen de ces études et notamment de celles de l'œuvre de Denis, il formait son système philosophique qu'il exposa ensuite dans un grand ouvrage original, il fut impliqué par Ilincmar, nous l'avons dit, dans cette lutte théologique qui agitait si vivement à cette époque la France de l'ouest (8ol). Attaqué de beaucoup de côtés, surtout par les théologiens de Lyon, Hincmar espérait trouver le plus puissant appui dans la grande érudition d'Érigène qu'il connaissait à coup sur comme un adversaire de l'opinion de 'Gottschalk. Mais Erigèue, qui de son point de vue philosophique s'élevait au-dessus des deux partis, se brouilla avec les deux, et s'attira surtout les attaques des adversaires d'Hincmar qui dénoncèrent, dans des écrits pleins de fiel, le philosophe comme hérétique, et qui firent même condamner, par différents synodes, les opinions hétérodoxes qu'il avait déposées dans son livre sur la prédestination. Il est probable que ce furent ces attaques qui le déterminèrent à abandonner la direction de l'école impériale, quoiqu'il restât lui-même à la cour, qu'il y continuât ses leçons et qu'il jouît, comme avant, de la faveur du roi (1). Ce fut même en vain que le pape, au commencement de la sixième décade, demanda au monarque d'envoyer à Rome, pour s'y expliquer, Erigène, qui était soupçonné d'hérésie^ et qui avait publié, sans son <( approbation, » la traduction de Denis; il exigeait du roi pour le moins de l'éloigner de l'école de la cour, dont, disait-on, il avait été précédemment le chef, afin que l'ivraie ne fût pas semée parmi le froment (2j. Mais, à l'honneur de Charles le Chauve, le philosophe ne fut pas inquiété. Nous ne connaissons plus rien

1. Tout cela résulte de la lettre pontificale citée dans la remarque suivante.

2. Le pape conclut sa lettre : «Hincest quod dilectioni vestrae vehementer rogantes mandamus, quatenus apostolatui nostro praedictuin Joannem repraesentari facialis, aut certe Parisius in studio, cujus capital jam olim fuisse perhibetur, morari non sinatis^ ne cum tritico sacri eloquii grana zizaniae et lolii miscere dignoscatur et panem quaerentibus venenumporrigat. » Floss, p. 1025.

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de positif sur sa vie ultérieure; mais il ;i (mcore vraisenihhiblement, en 877, adressé un poème au roi, son prolecteur (1), auquel sans doute il ne survécut pas longtemps. Des fables d'une époque postérieure qui le font aller, après la mort de Charles, à la cour lettrée d'Alfred, ne résisteni pas à la critique (2).

Le principal ouvrage du philosophe, dans lequel il développe son système d'une manière suivie, a pour titre : Ihp'^ cpÛŒso)? p.Ep'.ctxoù, id est, De divmone nalurae . Cet ouvrage, achevé sans doute au commencement de la sixième décade (3) et dédié à Wulfad, son ami et son collaborateur dans les études de la sagesse, a une g-rande signilication historique. Pour la première fois, en effet, il place la philosophie à côté de la théologie, comme science de même condition. Or, pour diflerentes que soient les idées de notre auteur de celles de la spéculation postérieure du moyen âge, il renferme néanmoins, en lui, les g-ermes de cette spéculation dans ses tendances les plus diverses, tout aussi bien par rapport à la scolastique dialectique (et spécialement au réalisme comme au nominalisme) que par rapport aussi au mysticisme spéculatif. Les éléments qui composent ce système, comme aussi les idées principales qui en font la base, ne sont, en majeure partie il est vrai, que des emprunts faits soit au néoplatonisme christianisé des Pères grecs, comme Origène, saint Grégoire àe Nazianze et, notamment, Denis l'Aréopagite et ses commentateurs, soit à saint Augustin; mais la systématisation elle-même, la forme rigoureuse et syllogistique du développement appartient à notre auteur qui y montre une faculté de penser et une liberté d'esprit étonnantes pour cette époque, et même une indépendance hardie de caractère. 11 essaie, il est vrai, d'asseoir un système philosophique compatible avec la tradition ecclésiastique qui formait alors les limites de la pensée, mais il ne fait pas pour cela de la philosophie la servante de la théologie. Bien plus,

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